‹ François Suarez, de la Compagnie de JésusChapitre 4 sur 38 · AVANT -PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT -PROPOS

Peu d'hommes ont autant que François Suarez bien mérité de la science catholique : il n'a pas été, dans une assez juste mesure, payé de retour. Depuis trois siècles, philosophes et théolog-iens, canonistes et légistes, moralistes et ascétiques, tous, professeurs ou écrivains, n'ont cessé, pour alimenter leurs cours ou pour enrichir leurs écrits, de puiser à pleines mains, dans ses ouvrag-es, la doctrine pure, ample, élevée, qui les remplit. C'était là assurément le meilleur hommag-e qui pût être rendu à son g-énie, parce que seules l'estime et l'admiration peuvent l'inspirer. Mais envers lui on s'est contenté, ou à peu près, de celui-là, alors que d'autres auteurs, à côté ou au dessous de lui, en recevaient de plus sensibles et de plus éclatants. Pour Suarez, on est allé aux livres, on s'est peu occupé de l'auteur. Et l'œuvre même, on l'a mise larg-ement à profit, sans se préoccuper, ou bien rarement et bien peu, de la glorifier. Elle méritait plus d'honneur, et l'ouvrier, plus de gratitude.

Cette pensée m'avait frappé, lorsque je conçus, il y a bien des années, d'abord le désir de connaître moi-même celui que je me plaisais à étudier, et bientôt le projet de le faire connaître aux autres, lui et le monument qu'il a élevé à la plus noble des sciences.

Dans ces derniers temps, quand il m'a été permis enfin de réaliser ce dessein, une autre considération m'y a plus fortement attaché.

Nous sommes loin, à notre époque, de l'âge d'or de la scolastiquc : mais nous sommes plus loin encore de l'époque où il sera vrai de dire que la scolastique a fait son temps; et la raison en est simple, c'est que cette époque ne viendra jamais. En efi"et, plus, à un moment donné, ces doctrines et ces méthodes traditionnelles sont dédaignées, plus, à ce moment, elles deviennent nécessaires ; et peut-être en sera-t-il ainsi bientôt, si déjà, à l'heure présente, il n'en est ainsi.

Sansdoute,iln'estplus démode, autant qu'autrefois, de déprécieretde railler la science de l'ancienne École. Des habitudes d'esprit plus sérieuses,

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