‹ François Suarez, de la Compagnie de JésusChapitre 5 sur 38 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

des procédés plus équitables de critique ont réformé les jugements sur ce point, comme sur l'artet sur bien des institutions du moyen-âg-e. Mais si on attaque moins la scolastique, si on lui rend mieux justice qu'à un autre âge, toutefois on est exposé, et ceux-là surtout le sont à qui l'étude en conviendrait le plus, à la laisser de côté, du moins à ne lui faire dans leur travail qu'une part de plus en plus diminuée, entraînés qu'ils sont par des g-oûts et par des exemples de jour en jour prédominants. L'esprit de notre ère contemporaine envahit le domaine de la théolog"ie après les autres : on se porte de plus en plus vers la positive ; on veut des faits plus que des idées, des documents plus que des théories : la spéculation fait place à l'enqucte. Tendance louable et heureuse, si elle se renferme dans de sages limites, non seulement parce qu'elle place la défense là où se porte de préférence l'attaque, mais aussi parce qu'elle répond à la nature spéciale de la théolog-ie. Science révélée, en effet, la théolog"ie est née de la parole de Dieu, et, science traditionnelle, elle se perpétue et vit par la parole de l'Ég-lise. Dès lors, les textes qui conservent cette double parole, les actes qui l'ont réalisée de siècle en siècle, les œuvres artistiques même qui l'ont exprimée, constituent bien le premier et le plus indispensable objet des études théolog-iques, mais ni le seul ni le plus élevé. Le dog-me trouvé, il faut, autant que l'homme le peut ici-bas, en chercher Tintellig-ence, en fixer le sens exact, en pénétrer les raisons intimes, en montrer l'harmonie avec les principes certains de la philosophie : c'est l'objet, aussi sublime que profond, de la scolastique : Fides quœrens intelleclum.

Sans elle, le théologien le plus érudit sera-t-il en état de garder le dogme dans sa vérité et sa pureté, quand, au cours de ses études d'histoire ou de littérature ecclésiastiques, il le rencontrera, à chaque instant, altéré par de subtiles interprétations des hérétiques, dénaturé sous couleur de piété par les faux mystiques, subtilement plié aux systèmes des philosophes, formulé en une langue nouvelle par d'imprudents apologistes qui prétendent le rajeunir, et partout, même chez les auteurs catholiques, présenté avec des nuances de pensée ou d'expression qui peuvent facilement troubler et égarer un esprit trop peu exercé.

De là le danger des études approfondies de théologie positive et d'histoire ecclésiastique, quand elles sont trop exclusives ou prématurées. Et plut à Dieu que de tristes égarements doctrinaux n'en eussent pas trop souvent prouvé la réalité.

Mais de là aussi, à une époque où on donne volontiers, où il est nécessaire même de donner plus d'importance et plus de temps à cette érudition théologique, l'opportunité plus pressante que jamais de tout ce qui peut ramener aussi l'attention vers les maîtres et les monuments de la scolastique. Et dès lors n"a-t-on pas sujet de croire qu'on ne se livre pas à un travail inutile, quand on l'emploie à faire connaître le docteur, de qui on s'est plu à dire qu'en lui on entend toute l'école?

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