‹ François; V. Hugo traducteur. Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 128 sur 305 · SCÈNE XVI · texte numérisé non relu

SCÈNE XVI

ne le laissen pas sortir, — tuez-le plutôt. Moi, je cours après le fujraidt — car c'est un misérable damné !

MonUno et Gratiano sortent.

Je ne suis même plus vaillant. — Le premier marmoaset venu me prend mon épée ! - Mais de quel droit l'honneur survivrait-il à Tbonnéteté ? - Que tout finisse à la fois !

ËMIUâ, d*aDe voii mouraDte.

Que présageait ta chanson, maltresse?... - Écoute I peux -tu m'entendre? Je vais faire comme le cygne— et expirer en musique... Le satdel Le saule! Le saule!.., — More, elle était chaste; elle t*aimait, cruel More. — Puisse ^OQ Ame n'aller à la béatitude que si je dis vrai I — En di- ^nt ce que je pense, je meurs, je meurs!

Elle expire.

OTHELLO

-- J*ai une autre arme dans cette chambre : — c'est une 'P^ d'Espagne trempée dans l'eau glacée. — Oh ! la ^ici.

S*aTançant fers la porte.

Mon oncle, il faut que je sorte I

GRATIANO, da dehors.

— Si tu essayes, il t'en coûtera cher. -Tu n'as pas ^*^rme; il faut te résigner forcément.

OTHELLO

— Regarde-moi donc et parle-moi ; —sinon, tout désar- "^ que je suis, je me jette sur toi !

Rentre Gratiano.

GRATIANO

-Qu'yat-il?

OTHELLO

— Regardez! j'ai une arme : - jamais meilleure épée D appuya - sur la cuisse d'un soldat. J'ai vu le jour — où.

380 OTHELLO

avec ce faible bras et cette bonne lame, — je me suis Ai un chemin à travers des obstacles — vingt fois plus paissants que votre résistance. Mais, ô vaine foiùinterie! - qi0 peut maîtriser sa destinée ? U n*en est plus ainsi à présent ! — Ne vous effrayez pas, même en me voyant armé. -Toid le terme de mon voyage, en voici le but, — voici le point de repère de ma voile épuisée ! — Vous reculez d*eSroiî Crainte superDue! - Menacez seulement d'un roseau la poitrine d'Othello, — et il reculera... Où donc irait Othello?

Contemplant Desdémona.

— Ah ! quelle mine tu as maintenant, fille de mauvaise étoile ! —Pâle comme ta chemise ! Quand nous nous renooBtreronsaujour du jugement, - ton apparition précipitera moi flme du ciel, — et les démons l'attraperont. Froide ! Froide, ma fille ? - Froide comme ta chasteté ! ... - 0 maudit, madit scélérat ! Fouettez-moi , démons, — loin des jouissances de cette vision céleste ! - Soufflez-moi dans vos oongans ! Rôtissez-moi dans le soufre ! — Lavez-moi aux torrents profonds de la flamme liquide ! — 0 Desdémona !

Desdémona ! Morte ! — morte I Oh ! oh ! oh !

Entrent LoDOVlco, Montano, Cassio, porté «ior qd brancard, paii des officiers conduisant sons escorte Iago prisonnier.

LODOVICO

— Où est ce forcené ? où est ce malheureux ?

OTHELLO

— Voici celui qui fut Othello : me voici.

LODOMCO, cherchant Iago.

— Et où est cette vipère ? Faites avancer ce scélérat !

OTHELLO, apercevant Iago.

— Je regarde ses pieds... Mais c'est une fable. - Silufi^ un diable, je ne puis te tuer.

Il blesse Iago.

SCtRE XVI. 381

UMWYMX).

Amchez-lui son épée:^

UGO

D SMig coule, monsieur ; mais je ne suis pas tué.

OTHSLLO.

Je ti*eo suis pas fiché : je souhaite que tu Yifes ; — 1 mon sens, c'est un bonheur de mourir.

LODOVICO

} Othello, toi qui, si bon jadis, ~ es ainsi tombé dans ge d'un scélérat maudit, — que peut-on te dire ?

OTHELLO

Ht! tout! — Appelez-moi honorable meurtrier, si vous i; - car je n'ai rien lait par haine, j'ai fait tout par

LODOVICO

Ce misérable a en partie confessé son crime. — Étiezf accord avec lui pour la mort de Cassio ?

OTHELLO

Oui.

CASSIO

ar général, je ne vous ai jamais donné sujet de

OTHEIXO.

Je le crois, et j'implore votre pardon... - Voulezje vous prie, demander h ce demi-démon — pourquoi I ainsi englué corps et &me ?

UGO

Ne me demandez rien : ce que vous savez, vous le sa- - Désormais je ne dis plus une parole.

LODOVIGO.

Quoi ! pas même pour prier?

6RATIÂN0.

> torture vous ouvrira les lèvres.

382 OTHELLO

OTHELLO, à ligo.

- Tu fais bien^.après tout.

LODOVIOO.

- MoDsieur, vous allez apprendre ce qui est arriié; ear vous l'igDoreZy je pense. Toici une lettre - qu'on i trouvée dans la poche de Roderigo assassiné, - élan léi une seconde. L'une prouve — que Roderigo devait se d»* ger — du meurtre de Cassio.

OTHELLO

- 0 scélérat !

GÀSSIO.

Abomination païenne !

LODOVIOO.

- L*autre est une lettre de reproches — trouvée aussi dN| la poche du mort, que sans doute — Roderigo voulait éi* voyer à ce damné scélérat, — mais il paratt que dans Hitervalle lago — est survenu et Ta satisfait.

OTHELLO.'

0 le pernicieux drôle ! — Comment, Cassio, avei-mi eu ce mouchoir — qui était à ma femme ?

CASSIO

Je l'ai trouvé dans ma chambre ; — et lui-même yM d'avouer à l'instant - qu'il l'avait laissé tomber pour lepiûjet spécial - qui a réussi selon ses désirs.

OTHELLO

0 fou ! fou I fou !

CASSIO

- En outre, dans celte même lettre, Roderigo - «• proche à lago de l'avoir poussé — à me braver sur la f]^ de garde. Et tout à l'heure encore, — quand on le crojfii' mort depuis longtemps, il a dit qu'Iago l'avait aposté - ^ qu'Iago l'avait frappé.

LODOVICO9 à OtheUo.

- Vous allez quitter cette chambre et nous suivre. -

SGÉNK XVI. 383

Votre pouToir, votre commandement vous sont enlevés, et c'est Cassio qui gouverné à Chypre. Quant à ce gueux, — s'il est quelque savant supplice — qui puisse le torturer en le laissant vivre longtemps, — il lui est réservé.

A OUiello.

Vous, vous resterez prisonnier —jusqu'à ce que la nature de votre faute soit connue — du sénat de Venise. . . Allons ! qu'on l'emmène I

- Doucement, vous ! Un mot ou deux avant que vous partiez ! — J'ai rendu à l'État quelques services, on le sait ; n'en parlons plus. Je vous en prie, dans vos lettres, —quand vous raconterez ces faits lamentables, — parlez de moi tel qwje sais; n'atténuez rien, — mais n'aggravez rien . Alors mus aurez à parler— d'un homme qui a aimé sans sagesse, mais qui n'a que trop aimé ! — d'un homme peu accessible h la jalousie, mais qui, une fois travaillé par elle, — a été entraîné jusqu'au bout ! d'un homme dont la main, — commo •^^kirx Juif immonde, a jeté au loin une perle— plus richo que toute »u ^k,i i d'un homme dont les yeux vaincus, — quoique inaccoutumeb - -..i.ndrissement, - versent des larmes aussi abondamment que iw ^

gomme salutaire ! Racontez cela, - et dites ei\ 6tt..

Ibis, dans Alep, -voyant un Turc, un mécréant en turban battre un Vénitien et insulter l'État, - je saisis ce chien de cireoncis à la gorge, -et le frappai ainsi.

Il se perce de »oa epée.

LODOYICO.

^ 0 conclusion sanglante !

GRATUNO.

Toute parole serait perdue.

OTHELLO, s'affaisMOl sur Desdéraona.

-Je t'ai embrassée avant de te tuer. .. Il ne me reste plus ^ qu'à mourir en me tuant sur un baiser !

Il eipirc eo l'embrassant.

384 OTHKLLO.

CASSIO

— Yoilà ce que je craignais» mais je croyais qu'il o'atai pas d'arme ; — car il était grand de cœur !

LODOVIGO, h lago.

0 limier de Sparte ! — plus féroce que l'angoisse, la faim ou la mer! — Regarde le fardeau tragique de ce lit! — Voilà ton œuvre!... Ce spectacle empoisonne la vael - Qu'on le voile !

On tire les rideaox tnr le lit

Gratiano, gardez la maison, — et saisissesE-TOus des bieM du More, — car vous en héritez.

A Cassio.

A vous, seigneur gouverneur, — revient le châtiment ^ cet infernal scélérat. — Décidez l'heure , le lieu» k i^l plice. . . Oh ! qu'il soit terrible ! — Quant à moi, je m'embarque à l'instant et je vais au sénat — raconter, le cm accablé, cette accablante aventure.

Ut tofteni (88).

FIN DOrnSLI.O.

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