‹ François; V. Hugo traducteur. Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 22 sur 305 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

[Sous les fenêtres de rappartement d'Imogène.] Entrent Cloten et des Seignb(}RS.

PREMIER SEIGNEUR

Votre Seigneurie est, dans la perte, le joueur le plus patient, le plus froid qui ait jamais retourné un as.

11 n'y a pas d'homme que la perte ne trouve froid.

PREMIER SEIGNEUR

Mais il y en a peu qu'elle trouve aussi noblement patients que Votre Seigneurie. Ce. n'est que quand vous gagnez que TOUS êtes tout flamme et tout ardeur.

GLUTEN

Le gain donne du courage à tout le monde. Si je pouvais obtenir cette niaise d'Imogène, je serais assez riche. Le malin est proche, n'est-ce pas?

PREMIER SEIGNEUR

Il fait jour. Monseigneur.

CLOTEN.

Je voudrais que cet orchestre fût ici. On m'a conseillé de lui donner de la musique tous les matins. On dit qu'elle en sera pénétrée.

Eotrent des Musiciens.

CLOTEN.

Allons! accordez vos instruments. Si vous pouvez l'émouvoir avec vos doigts, tant mieux ; nous jouerons de la langue aussi. Si rien n'y fait, qu'elle reste ce qu'elle est ; mais moi, jamais je ne céderai. Commencez par quelque chefd'œuvre : vous nous donnerez ensuite une merveilleuse

122 CYMBELl!«E.

mélodie faite sur des paroles exquises et admirables, et alors nous la laisserons réfléchir.

CHAlfSON.

Écoute ! écoute ! Talonette chante è la porte da ciel.

Et Phébua se lève déjà Pour baigner ses coursiers aux sources Que recèle le calice des fleurs ; Et les soucis clignotants commencent À ouvrir leurs yeux d*or.

Avec tout ce qui est joli,

Ma douce dame, lève-toi.

Lève-toi, lève-toi.

CLOTENy aui musiciens.

Maintenant, décampez. Si ça lui fait de l'impression, je n'en estimerai que plus votre musique : si ça ne lui en foH pas, c*est qu'elle a dans les oreilles un vice auquel ni crins de cheval, ni boyaux de veau, ni voix même d'eunuque, ne peuvent remédier.

Les musiciens sortent.

Entrent Gymbelinb et la Reine.

DEUXIÈME SEIGNEUR

Voici le roi !

CLOTEN.

Je suis bien aise d'être debout si tard, c'est ce qui fak^ que je suis debout de si bonne heure. Le roi ne peut qu'aji^prouver paternellement tant de zèle... Salut à Votre Ma^jesté et à ma gracieuse mère.

Attendez-vous ici à la porte de notre fille? L'entêtée dc veut donc pas paraître ?

CLOTEN.

Je l'ai assaillie de musiques, mais elle ne daigne pas y faire attention.

KÈSÈ IX. 123

cniBELniE.

- L'exil de son mignon est trop récent : — elle ne l'a pas encore oublié ; il faut quelque temps encore — pour effacer ce souvenir de son esprit, — et alors elle est à ▼oas.

LA REINB.

Vous âtes fort obligé au roi — qui ne néglige aucun moyeu de vous- servir auprès de sa fille» Faites— votre cour en règle ; recherchez — les occasions ; augmentez votre empressement — en raison des refus ; faites comme si — votre cœur même vous inspirait les devoirs que — vous lui rendez ; obéissez-lui en tout, — excepté quand ses ordres ont poar but votre éloignement : — pour ça, soyez insensible.

CLOTEN.

Insensible ! je ne puis l'être.

Arrive un Messager.

LE IfESSAGER.

- Permettez, Sire ! une ambassade arrive de Rome ; — Caïus Lucius en fait partie.

CTMBELINE.

C'est un digne compagnon, — quoiqu'il vienne avec des intentions menaçantes; — mais ce n'est pas sa faute. Nous devons le recevoir — avec tous les honneurs dus à celui qui l'envoie - et avec toutes les prévenances qu'il a méritées lui-même — par les services qu'il nous a rendus.

▲ Cloten.

Mon cher fils, - quand vous aurez souhaité le bonjour à votre maîtresse, — venez nous rejoindre ; nous aurons besoin — de vous pour la réception de ce Romain. Venez, ma reine !

Cymbeline, la Reine, les Seigneurs et le Messager sortent.

124 GYMBELINE.

— Si elle est levée, je veux lui parler ; sinon, — qu'elle reste couchée et qu'elle rêve !...

11 frappe h la porle.

Holà ! permettez ! . . . — Je sais que ses femmes l'entourent. Si — je graissais la patte à Tune d'elles? C'est l'or qui procure les entrées dans maints endroits; c'est l'or qui corrompt les garde-chasse de Diane même et qui leur fait amener — la biche sous le coup du braconnier ; c'est l'or qui fait tuer l'honnête homme en sauvant le bandit, — et qui parfois envoie à la potence bandit et honnête homme. Que — ne peut- il pas faire et défaire? Je veux prendre — une de ses femmes pour procureur; car — je ne m'entends pas encore bien à plaider moi-même.

il frappe.

Permettez !

Une Suivante arrive derrière la porte.

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