SCÈNE VIII
[La chambre à coacher d'Imogèoe. Ameablement dans le goût le plus riche delà Renaissance. Tout autour de la chambre, une tapisserie soie et argent représentant la rencontre d'Antoine et de Cléopâtre snr le Cydnos. Au fond, une cheminée sur le mantean de laquelle est sculptée une Diane au bain, et dont les chenets sont sarmooté^K de deux Cupidons d'argent se tenant sur un pied. Çà et \k qnelque^a tableaux. Plafond couvert de chérubins en ronde-bosse. Dans ass coin est un coffre. Imogéne est dans son lit, occupée à lire à L^ clarté d'un flambeau qui brûle sur une table à côté d'elle.] (3^ •
Entre Hélène^ nne de ses Suivantes.
BfOGÈNE.
— Qui est là ? une de mes femmes ? Hélène !
HÉLÈNE
Oui, Madame, à vos ordres.
KÈSÈ IX. 123
GYMMiniE.
— L'exil de son mignon est trop récent : — elle ne Ta pas encore oublié ; il faut quelque temps encore — pour effacer ce souvenir de son esprit, -' et alors elle est à vous.
LA REINB.
Tous êtes fort obligé au roi — qui ne néglige aucun moyen de vous- servir auprès de sa fille» Faites- votre cour en règle ; recherchez — les occasions ; augmentez votre empressement — en raison des refus ; faites comme si — votre cœur même vous inspirait les devoirs que ~ vous lui rendez ; obéissez-lui en tout, — excepté quand ses ordres ont pour but votre éloignement : — pour ça, soyez insensible.
CLOTEN.
Insensible ! je ne puis l'être.
Arrive an Messager.
LE IfESSAGER.
- Permettez, Sire ! une ambassade arrive de Rome ; — Caius Lucius en fait partie.
CTMBELINE.
C'est un digne compagnon, — quoiqu'il vienne avec des iotentions menaçantes; — mais ce n'est pas sa faute. Nous devons le recevoir — avec tous les honneurs dus à celui qui l'envoie - et avec toutes les prévenances qu'il a méritées lui-même — par les services qu'il nous a rendus.
▲ Cloten.
Mon cher fils, - quand vous aurez souhaité le bonjour i votre maîtresse, — venez nous rejoindre ; nous aurons besoin — de vous pour la réception de ce Romain. Venez, ma reine !
Cyml>eline, la Reine, les Seigneurs et le Messager sortent.
120 GYMBELINE.
Le sujet qu'elle représente.,. — Ah! quelques notes prises d'après nature sur son corps — en diraient dix mille fois plus que la description — de tous les meubles, et enrichiraieni beaucoup mon inventaire. — 0 toi, sommeil, singe de la mort, accable-la de toute ta léthargie ! — Que ses sens soient comme une tombe — étendue ainsi dans une chapelle!...
Il lai défait soo bracelet.
A moi ! à moi ! — Aussi aisé que le nœud gordien était difficile ! — Je le tiens. Voilà une preuve extérieure — aussi convaincante que la conscience intime — pour le désespoir du mari. Sur son sein gauche — est un signe composé de cinq taches pareilles à ces gouttes de pourpre - qu'on voit dans le calice d'une primevère. Voici une garantie — telle que la loi elle-même n'en pourrait obtenir. La connaissance de ce secret — va le forcer à croire que j'ai crocheté la serrure et ravi — le trésor de son honneur. Il suffit.
U fait le geste d*écrire, pois s'arrête.
A quoi bon ? — Pourquoi prendre note de ce qui est rivé, — chevillé dans ma mémoire?
Prenant le livre sur la table.
Elle lisait — l'histoire de ïérée : la feuille est pliée — à l'endroit où Philomèle céda. C'est assez ; — rentrons dans le coffre, et fermons-en le ressort. — Hâtez-vous, hfttezvous, dragons de la nuit ! que l'aurore — vienne vite dessiller l'œil du corbeau! Je loge chez la frayeur! — bien qu'il y ait un ange du ciel, l'enfer est ici.
L*horloge sonne.
— Un, deux, trois... Il est temps! il est temps ! —
11 rentre dans le coflfre.
SCBNK IX. 121