SCÈNE X
[Dans le château des comtes de Roossillon.]
Entrent la Comtesse et le Clown.
UGOIITESSE.
Tout est arrivé comme je le désirais, sauf qu'il ne reneot point avec elle.
us CLOWN.
Sur ma parole , je tiens mon jeune seigneur pour oo homme fort mélancolique. »
U GOlfTESSB.
Et vos raisons pour cela, je vous prie?
LE CLOWN
Par exemple, il regarde sa botte et il chante ; il en rajuste le revers et il chante ; il fait une question et il chante ; 3 se cure les dents et il chante. Je connais un homme qui, ajaot ce tic de mélancolie, a vendu un superbe manoir pour une chanson...
LÀ COKTESSE, dépliant an papier.
Voyons ce qu'il écrit et quand il compte venir.
LE CLOWN
Je n'ai plus de goût pour Isabeau depuis que j'ai été à la cour ; notre fretin et nos Isabeaux de la campagne ne sont rien auprès de votre fretin et de vos Isabeaux de h cour. Mon Cupidon a la cervelle fêlée ; et je commeoee i
SCÂME X. 247
ime un vieillard qui aime l'argent, sans ardeur !
U GQlfTSâSB.
s-DOusici?
u OOWN.
roua aTea là.
U QOMTESSK, UmbU
US envoie une beUe-fUle; elle a sauvé le ilôt, et i a perdu. Je l'ai épousée, mais non possédée^ et te ce Non du moins serait étemel. Vous entenpie je me suis enfui; sachez-le par mot, avant de ; par le bruit pubUc, Si le monde est assen'vaste^ intenir entre elle et moi une large distance. I A vous wum hommage.
• Votre fUs infortuné
« Bertiuiid. »
i eu tort, jeune et intraitable étourdi, — de fuir les in si bon roi» — et d'attirer son indignation sur méprisant une fille trop vertueuse — pour être d'un empereur. —
Rêotre LE Clown.
Ll CLOWN.*
me! quelles tristes nouvelles nous arrÎTent avec oattresae et deux cavaliers!
UQOimSSE.
-il?
LB CLOWN
l, il j a une consolation dans ces nouvelles, il j votre fils ne sera pas tué sitôt que je l'aurais
u COMTESSE.
idooe serait-il tué?
248 TOUT EST Bi£N QUI FIMIT BIEN.
LB CLOWN
Il ne le sera pas, madame» s'il continue à s'enfuir, comme j'apprends qu'il l'a fiait. Pour courir des risques, il fout que les combattants ne se débandent pas ; alors seulement il peut y avoir perte d'homme ou naissance d'enfont... Les voici; ils vous en diront davantage; pour ma part, tout ce que je sais, c'est que votre fils s'est enfui.
Il aort Entrent Hélène et deux GBimLSHomfBS.
PREMIER 6EMTILH01I1IE, à la ComlMsa.
— Dieu vous garde, madame !
HfaLÈNB.
— Madame, monseigneur est parti, parti pour toujours.
DEUXIÈME GENTILHOMME
Nedites pas cela.,.
U COMTESSE
— Armez-vous de patience... Pardon, messieurs... - J'ai éprouvé si souvent les alternatives de la joie et de h douleur *- que ni l'une ni l'autre ne peuvent plus, an premier choc, — m'efféminer... Où est mon fils, je toos prie?
DEUXIÈME GENTILHOMME
— Madame, il est pafti pour aenrir le duc de Florence: — nous l'avons rencontré en route. Nous venons ooosmèmes de ce pays, — et, après avoir remis quelques dépêches à la cour, — nous y retournons.
HÉLÈNE
— Jetez les yeux sur cette lettre, madame; voici dod passe-port.
EUe lit.
« Quand tu auras obtenu Vanneau que je parte à mon doigt et qui ne le quittera jamais; quand tu me montrer unenfantnide tes entraUles et dont je serai le père; skn
SCÉNB X. M
afpéUe-fiuA ton mari ; mais cet alors, je le nomme jamais. •
— Toilà une terrible sentence !
u GOimSSB,
— Est-ce Yoas qui avez apporté cette lettre, messieurs?
PREMIER GENTILHOMME
Oui, madame ; — et, en raison de son contenu, nous regrettons nos peines.
u COMTESSE.
" Je t*en prie, chère dame, reprends courage ; — en accaparant toutes tes douleurs à toi seule, — tu m'en dérobes la moitié, n était mon fils ; — mais je rature son nom de ma race, — et tu es désormais mon unique enfant... C'est à Florence qu'il va?
deuxAms gbnthhomme.
— Oui, madame.
u COMTESSE.
Pour être soldat?
DEUXIÈME GENTILHOMME
— Telle est sa noble intention; et croyez-moi, — le due loi conférera tous les honneurs — que réclame son rang.
u COMTESSE.
Retournez-vous U-bas?
PREMIER GENTH^HOMME.
— Oui, madame, sur l'aile de la plus rapide diligence.
HÈL^, lisant.
• Jusqu'à ee que je n'aie plus de femme, la France ne me mrurien! »
— C'est bien amer !
u COMTESSE.
T a-t-il cela dans la lettre?
HÉLÈNE
Oui, madame.
$50 TOI]T EST BIEN QUI Wm BIEN.
— Ce D*est sans doute qu'une vivacité de sa main, - à laquelle son cœur n'a point consenti.
Là GOlfTESSE.
— La France ne lui sera rien jusqu'à ce qu'il n'ait plus de femme ! ^ Ah ! s'il y a ici un être qui vaut mieux que lui, — c'est justement elle ; elle mériterait d'avoir un nutri — servi par vingt jeunes impertinents comme lui, — qui la Mineraient è toute heure comme leur maltresse ! ... Qui donc était avec lui?
PREMIER GENTILHOMME
— tin valet seulement, et un gentilhomme - que j'ai connu jadis.
U (SOMTESSE.
Paroles, n'est-ce pas?
PREMIER GERTUBOMME.
— Oui, ma bonne dame, lui-même !
U COMTESSE
— tJn garçon très-taré et plein de vilenie. — Mon fils laisse corrompre son honnête nature — par une telle iofluence.
PREMIER GENTILHOMME
En effet, bonne dame, — le gaillard a une surabondance de défauts -- auxquels il ferait bien de renoncer.
U œMTESSE.
— Vous êtes les bienvenus, messieurs; — je tous prie, quand vous verrez mon fils, — de lui dire que sonépéeoe pourra jamais reconquérir — Thonneur qu'U a perdu : au surplus, je vous prierai — de vous charger d'une lettre pour lui.
DEUXIÈME GENTILHOMME
Nous sommes à votre service, madame, — pour cette mission comme pour toute autre affaire sérieuse.
SGÉNK X. 251
U œMTESSE.
— J'accepte tos courtoisies» mais à condition d'échange.
— Voulez-vous Tenir?
Sortent U Comtesse et les Gentilshommes. HÉLÈNE, seale.
— JuêqvLk ce que je n'aie plus de femme^ la France ne me sera rien! — La France ne lui sera rien, jusqu'à ce qu'il n'ait plus de femme ! — Tu n'en auras plus, RoussilloD, tu n'en auras plus en France : — reprends donc ici tous tes droits. Pauvre seigneur! C*est moi — qui te chasse de ton pays et qui expose — tes membres délicats à l'événement — d'une guerre sans merci ! C'est par moi — que tu es banni d'une cour joyeuse où tu — étais le point de mire des plus beaux yeux, pour devenir la cible — des mousquets enfumés ! 0 vous, messagers de plomb — qui volez sur l'aile violente de la flamme, — faites fausse route; percez l'air qui se referme — sans cesse sur vous en chantant, et ne touchez pas mon seigneur!... — L'homme qui tire sur lui, c'est moi qui l'aposte : — l'homme qui s'élance contre son sein aventureux, — je suis la misérable qui l'excite !
— Et, si je ne le tue pas, c'est moi qui suis la cause — de sa mort! Ah! que plutôt — je rencontre le lion carnassier au moment où il rugit — sous la rude étreinte de la faim! que plutôt — toutes les misères dont dispose la nature — me soient infligées à la fois ! Non, reviens chez toi, Roussillon.
— Quitte ces lieux où l'honneur, pour une cicatrice qu'il
peut gagner au danger, — risque de perdre une existence !
Je veux partir. - Ma présence ici est ce qui t'éloigne : —
estH^que je peux rester? Non, non, quand — cette maison
serait aérée par les brises du Paradis, — quand on y serait
servi par des anges, je veux partir, — afin qu'une rumeur
miséricordieuse, en t'apprenant ma fuite, — aille consoler
ton oreille!... Viens, nuit! Jour, disparais! — car je veux,
triste voleuse, me dérober dans les ténèbres !
Elle sort.
Ki TOUT EST BIEN QUI PIHIT BIIH.