‹ François; V. Hugo traducteur. Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 84 sur 305 · LE D06B · texte numérisé non relu

LE D06B

Cette Buit même.

OÎHBLLÛ.

^ tout mon cœur.

256 OTIIKLLO.

LE D06E, aax sënatears.

— A neuf heures du matin, nous nous retrouverons ici. — Othello, laissez derrière vous un officier, — il vous portera notre brevet — et toutes les concessions de titres et d'honneurs — qui vous importent.

OTHELLO

— S'il plaît à Votre Grâce, ce sera mon enseigne, - un homme de probité et de confiance. — C'est lui que je charge d'escorter ma femme — et de me remettre tout ce que Votre Gracieuse Seigneurie jugera nécessaire — de m'envoyer.

LE DOGE

— Soit ! Bonne nuit à tous !

A BiabaDtio.

Eh ! noble signor, — s'il est vrai que la vertu a tout l'éclat de la beauté, — vous avez un gendre plus brillant qu'il n'est noir.

PREMIER SÉNATEUR

— Adieu, brave More ! Rendez heureuse Desdémona.

BBABANTIO.

— Veille sur elle. More. Aie l'œil prompt à tout voir. — Elle a trompé son père, elle pourrait bien te tromper.

Le doge, les sénateurs et les ofllciers sortent. OTHELLO.

— Ma vie sur sa foi ! Honnête lago, — il faut que je te laisse ma Desdémona; — mets, je te prie, ta femme à son service, — et amène-les au premier moment favorable. — Viens, Desdémona, je n'ai qu'une — heure d'amour, de loisirs et de soins intérieurs — à passer avec toi. Nous devons obéir au temps. —

Othello et Desdémona sortent.

RODERIGO

SGÉNB m. 257

IÂ60.

Que dis-tu, noble cœur ?

RODERIGO

Que crois-lu que je vais faire?

lAGO.

Pardieu ! te coucher et dormir.

« RODERIGO

Je vais incontinent me noyer.

lÂGO.

Si tu le fois, je ne t'aimerai plus après. Niais que tu es !

RODERIGO

La niaiserie est de vivre quand la vie est un tourment. Nous avons pour prescription de mourir quand la mort est notre médecin.

lAGO.

Oh ! le lâche! voilà quatre fois sept ans que je considère le monde ; et, depuis que je peux distinguer un bienfait d'une injure, je n'ai jamais trouvé un homme qui sût s'aimer. Avant de pouvoir dire que je vais me noyer pour Tamour de quelque guenon, je consens à être changé en babouin.

RODERIGO

Que faire ? J'avoue ma honte d'être ainsi épris ; mais il ne dépend pas de ma vertu d'y remédier.

lAGO.

Ta vertu pour une figue ! Il dépend de nous-mêmes d'être d'une façon ou d'une autre. Notre corps est notre jardin, et notre volonté en est le jardinier. Voulons-nous y cultiver des orties ou y semer la laitue, y planter l'hysope et en sarcler le thym, le garnir d'une seule espèce d'herbes ou d'un choix varié, le stériliser par la paresse ou l'engraisser par l'industrie ? Eh bien I le pouvoir de tout modifier souverainement est dans notre volonté. Si la balance de la vie n'avait pas le plateau de la raison pour contre-poids à celui de la sensualité, notre tempérament et la bassesse de nos instincts nous

conduiraient aux {ilus l'âclieuses conséquences. Mais nous avons la raison pour refroidir nos passioas furieuses, nos élans charnels, nos désirs effrénés. D'où je conclus que ce que vous appelez l'amour n'est qu'une végétation greffée ou parasite.

ROIŒRIGO.

Impossible !

IkUO.

(, 'amour n'est qu'une débauche du sang et une concession de la volonté. Allons, sois un homme Te noyer, loi ! On noie les chais et leur portée ovtiigle. J'ai fait profession d'être ton aoii et Je m'avoue atlaohé à Ion service par des câbles d'une l<^uacilé durable. Or, je ne pourrai jamais ('assister plus utilement qu'à présent... Mets de l'argent dans ta bourse, suis l'expédition, altère ta physionomie par une twbe usurpée.. Je le répèle, mets de l'argent dans la bourse... il est impossible que Desdémona conserve longtemps son amour pour le More... Mets de l'argent dan.s Ut bourse. . . et le More son amour pour elle. 1^ début a été violent, la scparulion sera h ravunanl, tu verras!. , Surtout mets de l'argent dnns la bourse... f-es .Mores ont la volonté cba^igeaote... Remplis bien la bourse... La nourj'iture qui mainlenant esl pour lui au^i savoureuse qu'une grappe d'acacia, lui sera bienldt aussi atuère que la coloquinte Quant à elle, si jeune, il faut bien qu'elle change. Dès qu'elle se sera rassasiée déco corps-là, elle reconnaître IVrr^ur de son choix. Il faut bien qu'elle change, il le faut!,., far conséquent, mets de l'argent dans ta bourse. Siludoisahsolument te damner, trouve un moAen plus délicat que de le noyer : réunis tout l'argent que tu pourras. Si la saialet4j d'un serment fragile échangé eulre un aventurier barbare et une rusée Vénitienne n'est pus chose trop dure pour mou génie et pour loulfi In Iribu de l'enfer, lu jouiras de celte femme : oussî. truiuve de l'argent. Peste soit de la nçyade! Elle est

bien loin de ton chemin* Cherche plutôt à i^ f^ire p^A4illd après ta jouissance obtenue qu'è i^Her te ^oyet Avan^.

Te dévoueras-jtu à mes espérances» si je m^ rattacl)^ à cette solution ?

Tu ^ sûr dç i»pi. Va, trouiKç d^ J'ai^ept. J^ te l'ai $IH souvent et je te l9 r^is. J/shais le Mon». Mes gri^s Qft'#i^ plissent le cœm*; tesr/ii^i;is ne sont paswoip^res. JLigu^p^ nous pour nou^ yçoig^ de loi. Si tp peux le fair^iCo^u« tl^i )9 donnejras un plaisir, eit i qaoi une r^ri^tjoip. Il )^ # 4l#§ lu majrice du temps Jûen des év^neoients do^il A',a,9iQÇ9ucl»$»r. En 4^inpagai^ ! Via, ippois-toi dVgepjt. Penpwin no^is ^epar^ lerons de c^. Adipu,

RODiRlfiO.

Où U0II8 re verrons- poius daiO^ la AMit^n^e ?

UGO

A mon logis.

RODBRIGO.

Je serai chez toi de bonne heure.

lAGO.

Bon! Adieu. M'entendez-you.si>ian, Koderigo?

RODERIGO

Que dites- vous ?

lAGO.

Plus de noyaded entendez-vous?

Je suis changé. Je vais vendre toutes mes terres.

UGO

Bon ! Adieu. Remplissez bien votre bourse.

Roderigo sort.

lAGO, seul.

— Voilà comment je fais toujours ma bourse de ma dupe. — Car ce S0mt profaner le trésor de mon expérience --que4e

260 OTHELLO

dépenser mon temps avec une pareille bécasse — sans en retirer plaisir et profit. Je hais le More. — On croit de par le monde qu'il a, entre mes draps, — rempli mon office d'époux. J*ignore si c'est vrai ; — mais, moi, sur un simple soupçon de ce genre, — j'agirai comme sur la certitude. Il fait cas de moi. — Je n'en agirai que mieux sur lui pour ce que je veux. — Cassio est un homme convenable. .. Voyons maintenant... — Obtenir sa place et donner pleine envergure à ma vengeance : — coup double ! Comment? oomment? Voyons.. . - Au bout de quelque temps» feire croire à Othello — que Cassio est trop familier avec sa femme. — Cassio a une personne, des manières caressantes, - qui prêtent au soupçon : il est bAti pour rendre les femmes infidèles. — Le More est une nature franche et ouverte — qui croit honnêtes les gens, pour peu qu'ils le paraissent ; — il se laissera mener par le nez aussi docilement — qu'un âne. — Je tiens le plan : il est conçu. Il faut que l'enfer et la nuit — produisent à la lumière du monde ce monstrueux embryon !

i\ sort.

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