‹ François; V. Hugo traducteur. Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 87 sur 305 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Cris ao loin.

Une loile ! une voile !

On enlend le canon.

DEUXliMS GK5T1LH0HME.

-Ils font leur salut à la citadelle : — c'est encore un navire ami.

CASSIO» an deniième genlilhomme.

liiez aux nouvelles.

Le gentilhomme sort.

Alago. ,

- Brave enseigne, vous êtes le bienvenu.

AÉmilia.

La bienvenue, Mistress! — Que votre patience, bon lago, M se blesse pas — de la liberté de mes manières : c'est naon éducation — qui me donne cette familiarité de courtoisie.

Il embrasse Émilia.

- Monsieur, si elle était pour vous aussi généreuse de ses lèvres — qu'elle est pour moi prodigue de sa langue, — ^OQS eo auriez bien vite assez.

DESDÈMONÂ.

Hâas ! elle ne parle pas !

UGO

Beaucoup trop, ma foi ! — Je m'en aperçois toujours quand j'«i envie de dormir. — Dame ! j'avoue que devant Votre Grèce - elle renfonce un peu sa langue dans son cœur - ^ oe grogne qu'en pensée.

ÈMIUÂ.

Tous n*avez guère motif de parler ainsi.

~ Allez ! allez ! vous autres femmes, vous êtes des peintores hors de chez vous, — des sonnettes dans vos boudoirs, des chats sauvages dans vos cuisines, - des saintes quand

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VOUS injuriez, des démons quand on vous offense, — clas flâneuses dans vos ménages, des femmes de ménage dans vos lits.

DESDÈMONA.

Oh ! fi ! calomniateur !

lÂGO.

Je suis Turc, si cela n'est pas vrai ; — vous vous levez pour flâner et vous vous mettez au lit pour travailler.

ÉMILU.

— Je ne vous chargerai pas d'écrire mon éloge.

lAGO.

Certes, vous ferez bien.

DESDÈMONA.

— Qu'écrirais-tu de moi si tu avais à me louer ?

lAGO.

— Ah ! noble dame, ne m'en chargez pas. — Je ne suis qu'un critique.

DESDÈMONA.

— Allons, essaye... On est allé au port, n'est-ce pas?

— Oui, Madame.

DESDÈMONA.

— Je suis loin d'être gaie; mais je trompe — ce que je suis, en affectant d'être le contraire. — Voyons, que diraistu à mon éloge ?

lAGO.

— Je cherche, mais en vérité, mon idée — tient à ma caboche, comme la glu à la frisure ; — elle arrache la cervelle et le reste. Enfin, ma muse est en travail — et voici œ dont elle accouche :

Si une femme a le teint et i*esprit clairs,

Elle montre sou esprit eu faisant montre de son teint.

DESDÈMONA.

Bien loué ! Et si elle est noire et spirituelle?

SGÉnS 1¥. 267

Si die est Doire et qu'elle ait de Tesprit,

Klle trooTera certaio blanc qoi ira bien è sa noirceur.

DESDËHONÂ.

De pire en pire !

ËHIUÂ.

Et si la belle est béte ?

Celte qoi est belle n'est janaais bête :

Car elle a toujours assez d'esprit pour avoir un héritier.

DESDÊMONA.

Ce sont de vieux paradoxes absurdes pour faire rire les sots dans un cabaret. Quel misérable éloge as-tu pour celle qui est laide et bète?

II n'est pas de laide si bête

Qai ne fasse d'aussi Tilalnes farces qu'une belle d'esprit.

DESDÊMONA.

Oh! la lourde bévue! La pire est celle que tu vantes le mieux ! Mais quel éloge accorderas-tu donc à une femme réellement méritante ? à une femme qui» en attestation de sa vertu, peut à juste titre invoquer le témoignage de la malveillance elle-même?

UGO

Celle qui, toujours jolie, ne fut jamais coquette,

Qui, ayant la parole libre, n'a jamais eu le verbe haut,

Qui, ayant toujours de l'or, ne s'est jamais montrée fnstiieuse,

Celle qui s'est détournée d'un désir en disant : Je pourrais bien !

Qui, étant en colère et tenant sa vengeance,

A gardé son oflense et chassé son déplaisir,

Celle qui ne fut jamais assez frêle eu sagesse

Pour échanger une tète de morue contre une queue de s.iumon (29),

Celle qui a pu penser et n'a pas révélé son idée,

Qui s'est vu suivre par des galants et n'a pas tourné la tète »

Cette créature-là est bonne, s'il y eut jamais créature pareille. .

268 OTHELLO

DESDËMONA.

A quoi ?

À faire téter des niais et à tenir un compte de petite bière.

DESDÈMONA.

Oh! quelle conclusion boiteuse et impotente!... Ne prends pas leçon de lui, Emilia, tout ton mari qu'il est... Que dites- vous, Cassio? Voilà, n'est-ce pas ? un conseiller bien profane et bien licencieux.

CÂSSIO.

Il parle sans façon, Madame : vous trouverez en lui le soldat de meilleur goût que l'érudit.

Cassio parle à ?oix basse à Desdémona et soutient avec elle une conversation animée.

IA60, h part, les observant.

II la prend parle creux de la main... Oui, bien dit ! Chuchote, va ! Une toile d'araignée aussi mince me suffit pour attraper cette grosse mouche de Cassio. Oui, souris-lui, va : je te garrotterai dans ta propre courtoisie... Vous dites vrai, c'est bien ça. Si qes grimaces-là vous enlèvent votre grade, lieutenant, vous auriez mieux fait de ne pas baiser si souvent vos trois doigts, comme sans doute vous allez le faire encore pour jouer au beau sire!

Cassio envoie du bout des doigts un baiser à Desdémona.

Très-bien ! bien baisé ! excellente courtoisie ! c'est cela, ma foi. Oui, encore vos doigts à vos lèvres! Puissent-ils être pour vous autant de canules de cly stère !...

Fanfares.

Le More ! je reconnais sa trompette.

CASSIO

C'est vrai.

DESDËMO^^A.

Allons au-devant de lui pour le recevoir.

SGÉNB lY. }69

GASSIO.

Ah ! le voici qui vient !

Entre Othello ayec sa saile. La foule se presse derrière lui.

OTHULO.

- 0 ma belle guerrière !

DESDfeMONA.

Mon cher Othello !

OTHELLO

- C'est pour moi uue surprise égale à mon ravissement - de fous voir ici avant moi. 0 joie de mon âme ! —Si après chaque tempête viennent de pareils calmes, - puissent les ▼ents souffler jusqu'à réveiller la mort ! — Puisse ma barque s'érertuer i gravir sur les mers des sommets — hauts comme l'Oljmpe, et à replonger ensuite aussi loin — que Tenfer r«5tdu ciel ! Si le moment était venu de mourir, —ce serait wintenant le bonheur suprême; car j'ai peur, — tant le ^lentement de mon âme est absolu, — qu'il n'y ait pas ^ nfissement pareil à celui-ci — dans l'avenir inconnu <l^ ma destinée!

DESDÈMONA.

liasse le ciel — au contraire que nos amours et nos joies 'Qgioentent avec — nos années !

OTHELLO

Dites amen à cela, adorables puissances ! — Je ne puis pw expliquer ce ravissement. — Il m'étouffe, c'est trop de /oie. - Tiens ! Tiens encore !

11 l'embrasse.

Ooe ce soient li les plus grands désaccords — que fassent nos cœurs !

lAGO, è part.

Oh ! VOUS êtes en harmonie à présent ! — Mais je broierai •s clefs qui règlent ce concert, — foi d'honnête homme !

270 OTHILLO.

OTHELLO

Allons! au château!... — Vous savez la nouvelle, ami DOS guerres sont terminées, les Turcs sont nojés.

Aux gens de Chypre.

- Comment vont nos vieilles connaissances de cette tl(

À DesdémoDa.

— Rayon de miel , on va bien vous désirer h Chypre ! ~ i rencontré ici une grande sympathie. 0 ma charmante, — bavarde sans ruse, et je raffole — de mon bonheur. . . Je t't prie, bon lago, — va dans la baie, et fais débarquer m coffres ! — Ensuite amène le patron à la citadelle ; - c\ un brave, et son mérite - réclame maints égards... Alioi: Desdémona... -Encore une fois, quel bonheur de nous i trouver à Chypre !

Othello^ Desdémona, Cassio, Émilia el lear siiiu sorta IA60, è Roderigo.

Viens me rejoindre immédiatement au havre... Appi che... Situ es un vaillant, s'il est vrai, comme on le dit, q les hommes, une fois amoureux, ont dans le caractère o noblesse au-dessus de leur nature, écoute-moi. Le lieu nant est de service cette nuit dans la Cour des Garder Mais d'abord il faut que je te dise ceci... Desdémona éperdument amoureuse de lui.

RODERIGO

De lui? Bah ! ce n'est pas possible.

lAGO, meUaDl son index sur sa boache.

Mets ton doigt comme ceci, et que ton âme s'instr Remarque-moi avec quelle violence elle s'est d'abord du More^implement pour les fanfaronnades et les songes fantastiques qu'il lui disait. Continuera-t-elle mer pour son bavardage? Que ton cœur discret n'e rit»n ! Il faut que ses yeux soient assouvis ; et que^ trouvcra-t-ellc à regarder le diable? Quand le î amorti par l'action de la jouissance, pour l'enflai

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