‹ François Villon (1431-1463), sa vie son œuvreChapitre 1 sur 83 · François Villon (1431-1463), sa vie son oeuvre · texte numérisé non relu

François Villon (1431-1463), sa vie son oeuvre

TITRE DE L'iDlïlON ORIGINALE DES POÉEIKS DE VllJXW rUBLIÉE A PARIS, PAR PIERRE LEVKI , EN I489

■Mr-f.^-

Tttr-*^.

ALORS qu'en attendant ie courant rénovateur de la Renaissance, la poésie française s'épuisait entre les mains des derniers rhétoriqueurs, habiles mais vains orfèvres de rythmes et de rimes, un écolier de l'Université de Paris, dans le silence de sa chambre ou le tumulte des tavernes, improvisait, au gré de sa fantaisie, des poèmes cyniques, tendres et douloureux. Certes il ne s'imaginait pas que les vers ainsi composés et bientôt après oubliés par lui, allaient, répétés de bouche en bouche d'abord, puis calligraphiés avec respect par des copistes, devenir l'objet d'un culte pieux pour une longue suite de dévots et de poètes. En efEet, ses peines et ses joies, c'était pour sa propre satisfaction qu'il se plaisait à les fixer ainsi en strophes bien cadencées et rimées; il n'avait point la prétention d'intéresser les lettrés de son temps; il se contentait de noter, en quelques mots, de menus incidents quotidiens et de dessiner, à grands traits, des silhouettes familières. Aussi devons- nous aujourd'hui, pour goûter plus complètement la saveur de ses œuvres, connaitre tout d'abord le plus complètement possible les détails de sa vie.

Avant d'être poète, Villon fut un homme; il fut poète dans la mesure même où il fut homme. Chez lui l'écrivain et l'écolier ne se peuvent séparer. Vouloir étudier l'un indépendamment de

l'autre, quelle absurdité ! Analyser l'œuvre sans approfondir la biographie, c'est volontairement se résigner à ne point comprendre la moitié des poèmes. De même ne s'attacher qu'à la seule biographie, c'est inévitablement se condamner à mettre François Villon au niveau d'un vulgaire malandrin. Au contraire, comme il grandit à nos yeux, ce vagabond, ce coureur de grands chemins, quand nous le voyons se pencher sur son cœur et, de honte, « tordre ses poings douloureux » ! Comme il nous passionne ce déhcat poète qui se lamente sur la mort des belles filles, lorsque nous apprenons qi 'il fut pipeur, larron, crocheteur, sacrilège et meurtrier 1

Aussi nous bornerons-nous ici à conter minutieusement la vie de l'écrivain, en transcrivant les fragments les plus beaux et les plus significatifs de son œuvre, au fur et à mesure des dates où ils ont été composés. En plaçant de la sorte, dans leur ordre chronologique, événements et poèmes, nous espérons pouvoir présenter aux lecteurs la physionomie réelle de maître François Villon.

Page 1