‹ François Villon (1431-1463), sa vie son œuvreChapitre 2 sur 83 · SA JEUNESSE ET SON ADOLESCENCE (14J · texte numérisé non relu

SA JEUNESSE ET SON ADOLESCENCE (14J

FRANÇOIS de Moutcorbier, dit de Villon, est né à Paris l'an 1431. De très bonne heure il perdit son père et fut recueilli par Guillaume de Villon, chapelain de l'église Saint-Benoit le Bétourné. Ce religieux, âgé de près de quarante .ms, possédait, au cloître même, plusieurs maisons. C'est là que giandit le poète. (Sa mère habitait dans le quartier des Célestins.) Après avoir pris quelques leçons avec le bon chapelain, Villon dut obtenir une bourse et entra à l'Université.

Bien qu'il ait été trop jeune pour en souffrir lui-même, il ne manqua pas de subir les malheureuses conséquences des troubles profonds au milieu desquels Paris venait de se débattre. Jusqu'en 1436 l'Anglais régnait dans la capitale, et son arrogance de vainqueur indignait les Parisiens. Puis, l'envahisseur éloigné, c'étaient les continuelles discordes, les incessantes querelles et bagarres entre Armagnacs et Bourguignons. Après l'étranger et la guerre civile, voici, en 1438, l'atroce famine pendant laquelle « toute nuit et tout jour criaient petits enfants et femmes et hommes : Je meurs I hélas ! doux Dieu, je meurs de faim et de froid M » et les loups eux-mêmes d'entrer dans la citél « Ils étaient si enragés de manger chair d'hommes, de femmes et d'enfants que, en la dernière semaine de septembre, étranglèrent et mangèrent quatorze personnes que grandes que petites, entre la porte Montmartre et la porte Saint- Antoine *, » Avec les

I et 2. Journal d'un Bourgeois à$ Paris sous Charles VII.

s — FRANÇOIS VILLON

loups et derrière eux surgissent de tempsà autre, jusqu'en 14+4, les bandes des « Écorcheurs » 1

Villon avait treize ans et depuis peu il étudiait, lorsque des différends s'élevèrent entre l'Université et le pouvoir royal. Pendant environ six mois tous les cours furent suspendus. Profitant de ces vacances obligées, François Villon se rendit peutêtre chez un de ses oncles, ecclésiastique à Angers. De cette ville il dut aller assister, en 1446, au fameux tournoi de Saumur, organisé par René, roi de Sicile. Il y connut sans doute Robert d'Estouteville, prévôt de Paris, qui dans cette joute conquit à l'épéeson épciise Ambroise de Loré. Pour louer le prévôt, Villon composa, plus tard, une ballade fort médiocre et assez plate.

Grâce à son père adoptif, Guillaume de Villon, l'écolier pénétra dans divers milieux bourgeois et religieux : il connut Michault Culdou, prévôt de la grande confrérie des bourgeois de Paris ; Andry Couraud, procureur du roi de Sicile ; Nicolas de Louviers, receveur des aides de la ville ; Saint-Amand, clerc du trésor; les chanoines Guillaume Cotin, Thibault de Vitry... et tant d'autres ! Grâce au prévôt Robert d'Estouteville, il put faire une première connaissance — toute amicale celle-là! — avec les gens de justice, de robe et d'armes. C'était le bon et beau tîmps : celui du travail; en 1449, c'est-à-dire à dix-huit ans, il était bachelier. De cette époque date probablement la Ballade de Bon Conseil, qui sent l'école et le sermon.

HOMMES failliz, despourveuz de raison, Desnaturez et hors de congnoissance, Desmis de sens, comblez de desraison; Fols abusez, plains de descongnoissance.

Qui procurez contre vostre naissance.

Vous soubzmettant à détestable mort Par lascheté, las! que ne vous remort ^ L'orribleté qui à honte vous maine?

Voyez comment maint jeune homs en est mort Par offencer et prendre autruy demaine» .

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