‹ François Villon (1431-1463), sa vie son œuvreChapitre 12 sur 83 · V11.LON · texte numérisé non relu

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commis son vol. Mais Colin n'était pas de ces oiseaux que l'on peut tenir longtemps en cage. Il s'échappa; puis, rassemblant ses hommes dispersés, il se mit en devoir de piller l'Orléanais.

François Villon, heureux de retrouver de vieux amis, prit part à quelques vols, qui lui permirent de vivre encore un temps. Mais un jour la bande entière tomba entre les mains des gens d'armes. Colin, cette fois, sommairement jugé, fut pendu à Montpipeau même. Quant à Villon, l'évêque d'Orléans Thibault d'Aussigny l'envoya méditer à Meung et composer ballades au fond d'un cul de basse-fosse. Tout l'été le poète demeura prisonnier. Le régime, exclusivement composé de pain et d'eau, auquel il était astreint n'était pas fait pour l'engraisser. L'humidité de la prison lui donnait le frisson et pour jamais lui retirait cette santé qu'il voulait vendre aux usuriers ! Régulièrement le geôlier lui venait raser le crâne, la barbe et les moustaches. Villon s'apercevait bien que l'heure approchait où il lui faudrait rejoindre Colin de Cayeux et Régnier de Montigny. Et des regrets lui torturaient le cœur et le cerveau lorsqu'il songeait aux amis d'autrefois. Piteusement il leur adressait cette épître en forme de ballade, mi-raiileuse, mi-désespérée :

AIEZ pitié, aiez pitié de moy A tout le moins, si vous plaist, mes amis ! En fosse giz, non pas sous houx ne may ^ , En cest exil ouquel je suis transmis Par Fortune, comme Dieu l'a permis.

Filles, amans, jeunes gens et nouveaulx; Danceurs, saulteurs, faisans les pies de veaulx*. Vifz comme dars, aguz comme aguillon ; Gousiers tintans cler comme cascaveaux 3; Le lesserez là, le povre Villon ?

Chantres chantans à plaisance, sans loy; Galans, rians, plaisans en faiz et diz;

I. Arbre que l'on plantait, au premier mai, devant la maison de celui qu'on voulait honorer. — 2. Danse (?). — 3. Grelots.

Courens alans, francs de faulx or, d'aloy» ; Gens d'esperit, ung petit estourdiz; Trop dcmourez, car il meurt entandiz « . Faiseurs de laiz, de motcs et rondeaux, Quant mort sera vous luy ferez chaudeaux 3 . Où gist, il n'entre escler ne tourbillon ; De murs espoix on luy a fait bandeaux : Le lesserez là, le pauvre Villon ?

Venez le veoir en ce piteux arroy, Nobles hommes, francs •* de quart et de dix, Qui ne tenez d'empereur ne de roy, Mais seulement de Dieu de Paradiz.

Jeûner lui fault dimenches et merdiz, Dont les dens a plus longues que ratteaux. Après pain sec — non pas après gasteaux — En ses boyaulx verse eau à gros bouillon; Bas en terre, table n'a, ne tresteaulx : Le lesserez là, le povre Villon ?

Envoi

Princes nommez, anciens et jouvenceaux, Impetrez5 moy grâces et royaulx seaux.

Et me montez en quelque corbillon.

Ainsi le font, l'un à l'autre, pourceaux, Car, où l'ung brait, ilz fuyent à monceaux. Le lesserez là, le povre Villon?

D'autres jours il méditait sérieusement sur sa vie et se promettait, si Dieu le voulait bien secourir, de s'amender et de racheter enfin ses fautes passées. Puis le dégoût s'emparait de lui; il se surprenait à souhaiter avec ardeur le matin, où, en

I. Expression populaire dont le sens est pareil à celle d'aujourd'hui : il vaut son pesant d'or. — 2. Pendant ce temps. — 3. Boisson faite avec de l'eau chaude, des œufs et du sucre, — 4. Exempts de. — 5. Accordez-moi.

plein soleil, il s'irait balancer au bout d'une corde. Deux hommes en lui ne cessaient de se gourmer, au milieu de l'obscurité et du silence.

QU'EST-CE que j'oy?

— Ce suis-je.

-Qui?

— Ton cuer Qui ne tient mais ' qu'à ung petit filet. Force n'ay plus, substance ne liqueur, Quand je te voy retraict ainsi seulet, Cora povre chien tappy en reculet * .

— Pour quoy est-ce ?

— Pour ta folle plaisance.

— Que t'en chault-il?

— J'en ay la déplaisance.

— Laisse m'en paix !

— Pour quoy ?

— J'y penseray.

— Quand sera-ce?

— Quand seray hors d'enfance.

— Plus ne t'en dis.

— Et je m'en passeray.

— Que penses tu ?

— Estre homme de valeur.

— Tu as trente ans.

— C'est l'aage d'un mulet.

— Est-ce enfance ?

— Nennil.

— C'est donc folleur

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