I. Rouleau, ouvrage. — 2. Exclamation : Bah
courut son royaume, accordant, dans chacune des villes qu'il traversait, de nombreuses lettres de rémission aux prisonniers. Le 2 octobre, il entrait à Meung-sur-Loirc. Villon fut gracié.
Le misérable écolier, malgré sa faiblesse, regagna Paris immédiatement. Il sentait que là, près de sa pauvre mère et de l'excellent Guillaume de Villon, il pourrait reprendre goût à la vie. Toujours sous le coup du mandat d'arrêt de 1458, il n'osa se montrer dans le quartier; d'ailleurs il était bien faible pour courir les ruelles et hanter les tavernes , il lui fallait auparavant se refaire un nouveau corps. Enfermé dans sa chambre, dorloté par les siens, au milieu de ses chers livres délaissés, ce fut pour lui une double convalescence. Mais son âme demandait plus de soins que le corps.
Dès l'hiver de 1461, il se mit à écrire les premières pages de son Grand Testament. Ah! il connaissait la vie maintenant! Qu'il était loin le jeime étourdi, vivant à l'aventure, et jetant, au hasard des vents, ses strophes malicieuses ou méchantes ! Grave aujourd'hui, il savait se juger sévèrement et n'avait plus pour lui de vaines complaisances. Les remords et les regrets savaient lui arracher du fond du cœur des cris sincères et émouvants. Autrefois c'était un jeu pour lui que d'aligner des vers. Il en avait tant écrit que sa prosodie s'était assouplie. Mais aujourd'hui le versificateur cède la place au poète. Dans des strophes parfaites, au rythme musical, aux rimes sonores, il offre au monde émerveillé sa chair, son sang, son intelligence et son cœur.
Le Grand Testament
EN l'an trentiesme de mon aage, Que toutes mes hontes j'euz beues, Ne du tout fol, ne du tout sage; Non obstant maintes peines eues,
Lesquelles j'ay toutes receues Soubz la main Thibault d'Aussigny ^ .
S'evesque il est, seignant^ les rues, Qu'il soit le mien je le regny !
2(11) Mon seigneur n'est, ne mon evesque ; Soubz luy ne tiens, s'il n'est en friche 3 ; Foy ne luy doy, n'hommage avecque : Je ne suis son serf ne sa biche.
Peu ♦ m'a d'une petite miche Et de froide eau, tout ung esté.
Large ou estroit, moult me fut chiche.
Tel luy soit Dieu qu'il m'a esté.
3 (ni)
Et s'aucun me vouloit reprendre
Et dire que je le mauldis,
Non fais, se bien le scet comprendre,
En riens de luy je ne mesdis.
Vecy tout le mal que j'en dis :
S'il m'a esté misericors,
Jhesus, le roy de Paradis,
Tel luy soit à l'âme et au corps !