‹ François Villon (1431-1463), sa vie son œuvreChapitre 59 sur 83 · I. Craignant. — 2. Tripot et jeu de paume · texte numérisé non relu

I. Craignant. — 2. Tripot et jeu de paume

Trop plus mal me font qu'oncques mais Penil, cheveulx, barbe, sourcilz.

Mal me presse; est temps désormais Que crie à toutes gens mercis.

Ballade par laquelle Villon crye mercy a chascun

A CHARTREUX et à Celestins, A mendians et à dévotes, A musars et claquepatins * , A servans et filles mignotes Portans surcotz et justes cotes, A cuidereaux 3 d'amours transsis Chaussans sans meshaing* fauves botes.

Je crie à toutes gens mercis !

A fillettes monstrans tetins Pour avoir plus largement d'ostes, A ribleurs mouveurss de hutins, A bateleurs traynans marmotes, A folz et folles, sots et sottes Qui s'en vont siflant cinq et six, A marmosés et mariotes ^ , Je crie à toutes gens mercis !

Si non aux traistres chiens mastins Qui m'ont fait chieres dures crostes

I. Que jamais. — 2. Claquer des patins (souliers à hautes semelles). — 3. Amants, galants. — 4. Mal, peine. — 5. Débauchés qui susciteat des bagarres. — 6. A petits garçons et petites filles.

Mascher ^ , mains soirs et mains matins, Qu'ores je ne crains pas trois crotes.

Je feisse pour eulx petz et rotes; Je ne puis, car je suis assis.

Au fort pour éviter riotes ^ , Je crie à toutes gens mercis !

Envoi

Qu'on leur froisse les quinze costes De gros mailletz, forts et massis 3 , De plombées + et telz pelottes, Je crie à toutes gens mercis !

Ballade pour servir de conclusion

ICY se clost le Testament, Et finist, du povre Villon.

Venez à son enterrement, Quand vous orrez le carillon, Vestuz rouge com vermillon ; Car en amours mourut martir.

Ce jura il sur son coullon, Quand de ce monde voult partir.

Et je croy bien que pas n'en ment; Car chassé fut comme un soullon s De ses amours hayneusement.

Tant que d'icy à Roussillon

I, Qui m'ont fait mâcher de dures croûtes; allusion à ses gardes de Meung. — 2. Querelles. — 3. Massifs. — 4. Bâton plombé. — 5. Gâtc-saucc, marmiton.

Brosse n'y a ne brossillon »

Qui n'eust, ce dit-il sans mentir, Ung lambeau de son cotillon, Quant de ce monde voult partir.

Il est ainsi et tellement.

Quand mourut n'avoit qu'ung haillon.

Qui plus ? En mourant, mallement

L'espoignoit d'Amours l'esguillon :

Plus agu que le ranguillon ^

D'ung baudrier luy faisoit sentir,

— C'est de quoy nous esmerveillon —

Quant de ce monde voult partir.

Envoi

Prince, gent comme esmerillon.

Sachez qu'il fist au départir :

Ung traict but de vin morillon 3 Quant de ce monde voult partir !

I. Buisson et petit buisson. — 2. Ardillon. — 3. Vin fait avec un raisin dont les grains sont très noirs.

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