‹ François Villon (1431-1463), sa vie son œuvreChapitre 66 sur 83 · JUGEMEÎ^TS SUR VILLON · texte numérisé non relu

JUGEMEÎ^TS SUR VILLON

« Le reste des œuvres de nostre Villon est de tel artifice, tant plein de bonne doctrine et tellement painct de mille couleurs, que le temps, qui tout efface, jusques icy ne l'a sceu effacer, et moins encores l'effacera ores et d'icy en avant que les bonnes cscriptures françoises sont et seront mieulx congnues et recueillies que jamais »

Clément Mardi {Préface aux Poésies de Villon, 1532)

Un seul mot, une seule touche suffiâent à Villon pour indiquer un personnage ; il saisit le caractère distinctif avec une singulière sagacité; un nom et une épithète, et voilà un homme reconstruit de toutes pièces ; les attitudes de ses figures soni indiquées d'une manière fine et précise qui rappelle Aîberl Diirer.

Théophile Gautier [les Grotesques, 1844).

La bouffonnerie, dans ses vers, se mêle à la gravité, l'émotion à la raillerie, la tristesse à la débauche ; le trait piquant se termine avec mélancolie; le sentiment du néant des choses et des êtres est mêlé d'un burlesque soudain qui en augmente l'effet, Et tout cela est si naturel, si net, si franc, si spirituel ; le style suit la pensée avec une justesse si vive que vous n'avez pas le temps d'admirer comment le corps qu'il revêt est habillé par le vêtement. C'est bien mieux que l'esprit bourgeois, toujours un peu mesquin, c'est l'esprit populaire que cet enfant des Halles, qui écrivait : // n'est bon bec que de Paris, a recueilli dans les rues et qu'il épure en l'aiguisant. Il en a le sentiment, il en prend les mots, mais il les encadre, il les incruste dans une phrase si vive, si nette, si bien construite, si énergique ou si légère, que cette langue colorée reçoit de son génie l'élégance et même le goût, sans rien perdre de sa force. Il a tout : la vigueur et le charme, la clarté et l'éclat, la variété et l'unité, la gravité et l'esprit, la brièveté incisive du trait et la plénitude du sens, la souplesse capricieuse et la fougue violente, la qualité contemporaine et l'étemelle humanité. Il faut aller jusqu'à Rabelais pour trouver un maître qu'on puisse lui comparer, et qui écrive le français avec la science et l'instinct, avec la pureté et la

fantaisie, avec la grâce délicate et la rudesse souveraine que l'on admire dans Villon, et qu'il a seul parmi les gens de son temps.

A. DE MoNTAiGLON [les Poètcs français, t. I, 1861-62).

Il passa dans des sociétés bien différentes, fut écolier de l'Université, ami des procureurs, du prévôt de Paris et reçu chez sa femme, et mena une vie paisible avec le chapelain de Saint- Benoît. En même temps il fréquentait les écoliers turbulents et les compagnons de la Coquille. Devenu criminel, il sut pourtant se faire accueillir chez Charles d'Orléans et Jean de Bourbon. Deux ans après qu'il avait écrit une œuvre de repentir, il se faisait encore venger par ses compagnons d'un souvenir rancunier de sa mauvaise vie. La complication d'une pareille existence, la difficulté de composer des attitudes pour ces différentes sociétés, le goût même pour une mascarade continuelle, font voir que François Villon n'avait pas l'âme naïve. Il posséda au plus haut point la belle expression littéraire. C'était un gra: d poète. Dans un siècle où la force, le pouvoir et le courage avaient seuls quelque valeur, il fut petit, faible, lâche, il eut l'art du mensonge. S'il fut subtil par perversité, c'est de sa perversité même que sont nés ses plus beaux vers.

Marcel ScHWOB {Spicilège, 1896).

S'il est vrai que le moi, en un certain sens, soit haïssable, il n'est pas moins vrai, dans un autre sens, qu'il possède un singulier et impérissable attrait. Ce qui a le plus charmé les lecteurs des xvi« et xvii^ siècles, dans l'œuvre du poète parisien, c'est son habileté à manier la langue et le vers, sa fantaisie imprévue, sa malice, son enjouement, son talent de description; aujourd'hui — sans que tous ces dons octroyés à l'auteur du Testament par la fée dont il se dit « extrait » aient perdu de leur prix à nos yeux, — ce qui nous attache le plus à lui, c'est ce qu'il nous a révélé de son cœur faible et ardent, de son âme mobile, de ses passions, de ses souffrances et de ses remords. Aux générations qui viendront après nous, d'autres aspects encore s'offriront pput-être qui les captiveront d'une façon nouvelle. Gaston Paris {François Villon, 1901).

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