‹ François Villon (1431-1463), sa vie son œuvreChapitre 72 sur 83 · TRADUCTION EN FRANÇAIS MODERNE DES POÉSIES DE F. VILLON · texte numérisé non relu

TRADUCTION EN FRANÇAIS MODERNE DES POÉSIES DE F. VILLON

Afin de faciliter l'intelligence du texte de Villon, nous présentons ici aux lecteurs un essai de traduction. Certaines locutions populaires du moyen âge ont été remplacées par des expressions contemporaines équivalentes. Enfin de nouvelles notes pourront servir, nous l'espérons, à faire mieux comprendre la plupart des plaisanteries du poète.

Ballade de Bon Conseil

(Page 8.)

HOMMES déchus, dépourvus de raison, dénaturés et sans savoir, privés de sens, pleins de folie, ô fous déçus remplis d'ignorance, vous travaillez contre vous-mêmes et, par lâcheté, vous vous soumettez à une mort détestable! Hélas! pourquoi l'horrible existence qui vous conduit à la honte ne cause-t-elle point vos remords ? Voyez comment maint jeune homme est mort pour avoir offensé autrui et pris ses biens.

Que chacun examine en soi son erreur. Ne nous vengeons point; prenons tout en patience; nous savons que ce monde est une prison. Pour tous les gens vertueux affranchis d'inquiétude, non, ce n'est pas une science que de savoir frapper, renverser dans la boue, dérober, ravir, piHei- ou assassiner sans raison ! Il ne se soucie point de Dieu, il se détourne de la vérité, celui qui passe sa jeunesse en commettant de semblables actions; mais à la fin

il se tord douloureusement les bras, de ce qu'il a offensé autrui et pris ses biens.

A quoi sert de tricher au jeu, flatter traîtreusement, mendier, mentir, prêter serment sans bonne foi, faire des farces, tromper, fabriquer des poisons, vivre en état de péché, dormir sans abandon en se défiant de son prochain ? Aussi je conclus : efforçonsnous de bien faire, reprenons courage, mettons en Dieu notre espoir; car nous n'avons un seul jour certain dans la semaine. De nos maux, d'ailleurs, nos parents subissent le contre-coup, lorsque nous offensons autrui et que nous prenons ses biens.

Envoi. — Vivons en paix, exterminons les dissentiments. Jeunes et vieux, marchons tous d'accord; la loi le veut et l'apôtre saint Paul nous le rappelle expressément dans son épître aux Romains. Il nous faut retourner à l'ordre et reprendre un état ou un métier. Notons ces points; ne perdons pas le vrai port, pour avoir offensé autrui et pris ses biens.

Rondel

(Page II.)

JENIN l'Avenu, va-t'en aux étuves !

Une fois que tu y seras, Jenin l'Avenu,

Lave-toi donc tout nu et baigne-toi dans la cuve, Jenin l'Avenu.

Le Petit Testament

(Page 20.)

I. — L'AN mil quatre cent cinquante-six, je, François Villon, écolier, considère, de sens rassis (le frein aux dents, mais franc du collier) qu'on doit soumettre ses affaires au jugement d'autrui,

comme l'expose Végèce, sage Romain et grand conseiller; sans cela on fait erreur .

2. — A l'époqu que je viens de dire, vers la Noël, — mortesaison pendant laquelle les loups se repaissent de vent et les hommes se tiennent chez eux, à cause du froid, près du foyer, — j'eus le dessein de briser la très amoureuse prison qui ne cessait de tourmenter mon cœur.

3. — Je le fis comme je l'avais décidé, ayant devant mes j^eux celle qui consentait à ma mort, sans qu'elle en eût d'ailleurs quelque avantage! Aussi je me lamente et me plains aux cieux, et je demande à tous les dieux de l'amourqu'ils me vengent d'elle cL qu'ils allègent ma peine.

4. — Si j'ai considéré comme favorables ces doux regards et ces belles apparences, de saveur très décevante et qui me coupaient la respiration, ils me font belle jambe aujourd'hui M Ils me manquent quand j'en aurais besoin. lime faut donc planter un autre arbre amoureux et frapper à un autre cœur.

5. — Celui qui m'a pris, c'est le regard de celle qui m'a été parjure et rigoureuse. Sans avoir en rien démérité, cette femme veut et ordonne que je soufire la mort, que je cesse de respirer... Je n'y vois d'autre remède que la fuite, puisqu'elle veut rompre cette vive attiiche, sans écouter mes regrets pitoyables!

6. — Pour éviter ces dangers, je ferai mieux, je crois, de partir. Adieu! je m'en vais à Angers, puisqu'elle ne me veut accorder sa grâee ni même m'en donner une part ! C'est par elle que je meurs... les membres sains. En somme, je suis un amant martyr, que l'on peut ranger au nombre des saints de l'amour!

7. — Bien que le départ me soit dur, encore faut-il que je m'éloigne d'elle. Comme ma pauvre raison le soupçonne, un autre que moi file le parfait amour! Jamais hareng saur de Boulogne-sur-Mer ne s'en est senti le gosier plus desséché! Pour moi, quelle lamentable affaire : que Dieu entende mes plaintes!

8. — Mais puisqu'il me faut partir et que je ne suis pas certain du retour (je ne suis pas un homme sans défaut et pas plus qu'autre d'acier ni d'étain!), puisque la vie humaine est indéterminée,

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