‹ François Villon (1431-1463), sa vie son œuvreChapitre 73 sur 83 · I. Voir la note 5, page · texte numérisé non relu

I. Voir la note 5, page

qu'après la mort il n'y a point de remise et que ie m'en vais en pays éloigné, j 'établis donc les legs ci-dessous.

g. — Premièrement, — au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit, et de sa glorieuse Mère, grâce à qui riea n'est perdu, — je laisse, de par Dieu! à maître Guillaume de Villon, ma renommée qui propage l'honneur de son nom, ainsi qvie mes tentes.., et mon pavillon.

10. — liem, à celle que j'ai dit, qui m'a chassé, si durement que me voici privé de toute joie et de tout plaisir, je laisse mon cœur enchâssé, pâle, pitoyable, mort et glacé. Elle est la cause de tout ce mal, mais que Dieu lui pardonne !

11. — Item, je laisse et donne, en pur don, mes gants et mon capuchon de soie à mon ami Jacques Cardon ; je lui donne aussi la glandée d'une saulaie i, un chap)on bien gras, dix muids de via, blanc comme craie... et deux procès aussi, afin qu'il n'engraisse pas trop !

12. — Item, je laisse aux hôpitaux les châssis de mon lit pleins de toiles d'araignée, et à chacun de ceux qui sont couchés sous les étalages un bon coup de poing sur le groin! Qu'ils tremblent! le visage refrogné, maigres, velus et morfondus, robes rognées et chausses courtes, gelés, meurtris et trempés...

13. — Finalement, en écrivant, ce soir, tout seul et plein de verve, dictant ces legs et décrivant mes légataires,, j'entendis la cloche de la Sorbonne qui toujours, à neuf heures, sonne la salutation que l'Ange fit à la Vierge; aussi je m'arrêtai et mis un terme à mes strophes pour prier ainsi que le cœur l'exige.

14. — Puis, lorsque mon esprit fut reposé et mon cerveau bien net, je pensai terminer mes propos; mais mon encre s'était gelée, et je retrouvai ma bougie soufflée. Comme je n'aurais pu découvrir de feu, je m'endormis tout emmitouflé et je ne pus achever.

15. — Fait, à ladite date, par le bien renommé Villon, qui ne mange ni datte ni figue, sec et noir comme un balai de four ! Il n'a tente ni pavillon qu'il n'ait laissés à ses amis; il n'a plus qu'un peu de monnaie qui sera bientôt dépensé.

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