‹ François Villon (1431-1463), sa vie son œuvreChapitre 82 sur 83 · I. Taverue et jeu de paume à Paris · texte numérisé non relu

I. Taverue et jeu de paume à Paris

et aux belles filles qui portent tailles et jupes serrées, aux amoureux transis et fats, « chaussant sans blessure d'étroites bottes jaunes ' », je demande pardon à tout le monde.

Aux filles de joie qui montrent leurs seins pour avoir davantage de clients, aux débauchés qui suscitent des bagarres, aux bateleurs qui traînent leurs marmottes, aux fous et aux folles, aux sots et aux sottes, qui vont sifflant par groupes de cinq et six, aux petits garçons et aux petites filles, je demande pardon à tout le monde. ,

Excepté aux traîtres chiens mâtins qui m'ont fait mâcher de dures croûtes, tant de matins et tant de soirs, au point qu'aujourd'hui je n'aurais pas peur d'avaler des crottes. (Je lâcherais volontiers quelques pets en leur honneur; mais je ne puis, car je suis assis!) D'ailleurs, pour éviter toutes disputes, je demande pardon à tout le monde !

Envoi. — Mais qu'on leur froisse les côtes avec de bons marteaux lourds et massifs, des bâtons plombés et des balles de plomb, et je crie à tout le monde : merci - 1

Ballade pour servir de conclusion

(Page 93.)

C'EST ici que s'achève le testament du pauvre Villon. Venez à son enterrement quand vous entendrez le carillon, vêtus de rouge; car il mourut en vrai martyr de l'amour; c'est du moiiis ce qu'il jura sur son « honneur », quand il consentit à quitter ce monde.

Et je crois bien qu'il ne mentait pas, car il fut chassé avec haine par son amante, comme un valet! tant que d'ici à Roussillon il n'y a pas un buisson, voire une broussaille, qui n'ait eu (il le dit sans mentir) un lambeau de son vêtement, quand il consentit à quitter ce monde.

I. P. Champion. — 2. « Crier à toutes gens mercis » peut, en efiet, signifier : demander pardon à tous, ou : crier à tous merci.

158 — PRANÇOIS VILLON

Èpitaphe en forme de quatrain

(Page 97.)

JE suis François, dont j'ai bien du chagrin, né à Paris, près de Pontoise; grâce à une corde longue d'une toise, mon cou saura bientôt ce que pèse mon derrière !

Ballade des Pendus

(Page 97.)

FRÈRES humains, qui vivez après nous, n'ayez pas le cœur dur à notre égard, car si vous avez pitié de nous qui sommes si misérables, Dieu vous fera grâce à vous-même plus rapidement. Vous nous voyez ici, cinq ou six, qui sommes attachés ; quant à notre chair que nous avons trop entretenue, elle est dévorée et pourrie depuis longtemps ! et nous, les os, nous devenons cendre et poussière... Que personne ne se moque de notre malheur; mais priez Dieu pour qu'il consente à tous nous absoudre.

Si nous vous implorons, frères, vous ne devez pas vous montrer dédaigneux, bien que nous ayons été justement mis à mort. Vous savez bien que tous les hommes ne sont pas également sages. Intercédez pour nous — maintenant que nous sommes trépassés — auprès du fils de la Vierge Marie. Que les sources de sa grâce ne soient pas taries et qu'elles nous préservent de la foudre infernale. Nous sommes morts, plus personne, ne nous

Il en est ainsi; et à ce point que, lorsqu'il mourut, il était en

haillons. Bien plus, au moment de sa mort, l'aiguillon de l'amour >1

le tourmentait encore! Il le sentait en lui plus dur que l'ardillon |

d'un baudrier (c'est de quoi nous étonner!) quand il consentit à 5

quitter ce monde. ^

Envoi. — Prince vif comme un émerillon, sachez ce qu'il fit ]

au moment de partir : il vida d'un trait un verre de vin noir, *^

quand il consentit à quitter ce monde. î^

Fin du Grand Testament. ^

APPENDICE — lo9

importune ; mais priez Dieu pour qu'il consente à tous nous absoudre.

La pluie nous a lessivés et rincés, puis le soleil desséchés et noircis ! Pies et corbeaux nous ont creusé les yeux et arraché la barbe et les sourcils ! Pas un instant nous ne sommes en repos ; çà et là, selon le vent, l'air balance sans cesse, à son gré, nos squelettes, plus becquetés des oiseaux qu'un dé à coudre. Gardez-vous bien de venir nous tenir compagnie ; mais priez Dieu pour qu'il consente à tous nous absoudre.

Envoi. — Prince Jésus, qui nous gouvernez tous, faites que l'Enfer ne nous ait pas en sa puissance, qu'avec lui nous n'ayons pas à compter. O hommes, ce n'est point le lieu de se moquer ici ! mais priez Dieu pour qu'il consente à tous nous absoudre.

Ballade de U Appel

(Page 99.)

QUE vous semble de mon appel, Garnier? Ai-je sagement ou follement agi ? Toute bête tient à conserver sa peau. Si, par contrainte ou force, on l'attache, elle cherche à se délivrer. Aussi, lorsque par bon plaisir on m'eut fait la lecture de ma sentence, était-ce le moment de me taire ?

Si j'avais été un descendant d'Hugues Capet, issu d'une famille de bouchers, on ne m'eût pas, dans cet abattoir, fait boire de l'eau à travers un linge. Vous aimez la plaisanterie ? Mais quand on me condamna à cette peine arbitraire par erreur, était-ce le moment de me taire ?

Pensiez- vous que sous mon bonnet se cachait suffisamment de sagesse pour me permettre de dire : a J'en appelle ? » Certes oui, je vous le certifie — quoique je n'aie pas grande confiance à cet égard. Quand on m'eut dit devant notaire : 0 Vous serez pendu ! » était-ce le moment de me taire ?

Envoi. — Prince, si j'avais eu la pépie, il y a longtemps que je serais où est Clotaire, debout, au milieu d'un champ, à surveiller l'horizon l Était-ce le moment de me taire ?

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