‹ François Villon; drame historique en cinq actes et six tableauxChapitre 21 sur 92 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

LE MÊME. — ISABELLE, masquée, entrant par la gauctie. ISABELLE, à part, et se dirigeant vers la porte du foud. — Allons! il faut partir,

puisqu'il me fait dire qu'il ne, pourra me voir aujourd'hui.

LE MASQUE se retournant, à part. — Un© femme ?... C'est elle !... Ah ! (11 s'approche d'Isabelle.)

ISABELLE. (Entendant marcher, elle se retourne effrayée.) — Oh! mon Dieu! (Elle veut fuir à gauche.)

le masque, se plaçant devant la porte. - Pardon, Madame ! Vous ne passerez pas.

Isabelle. — Laissez-moi ! je ne vous connais point.

le masque. — Vous vous trompez, dame de Ponthieu, !

Isabelle, à part. — Je suis perdue ! (Haut.) Mais qui donc ôtes-vous?

CHARLES, soulevant son masque. — Regardez !

Isabelle, avec effroi. — Ciel!... Charles de Meulan !

Charles. — C'est donc ainsi, noble dame, que vous quittez votre mari,, le très-haut et très-puissant comte de Ponthieu, pour venir chercher, jusque dans cette taverne, votre amant de bas étage?... Il est donc bien séduisant, ce François Villon, ce roi desribauds, comme ils l'appellent?

Isabelle. — Ah! Monseigneur! la jalousie vous égare, et je ne sais ce que vous voulez dire.

Charles. — En vérité, Madame, vous mentez avec une grâce... de comtesse.

Isabelle. — Et vous, sire de Meulan, vous qui insultez une femme... vous êtes un lâche !

Charles. — Madame! (Se calmant.) Mais j'ai tort dem'offenser de vos paroles. Si nous continuons -de la sorte, nous n'en finirons pas... et je suis pressé. Écoulez-moi donc, et n'essayez pas de n\e donner Je change. Je

Sais tOUt. Plusieurs fois, je VOUS ai Suivie. (Isabelle fait un mouvement ) Oh !

croyez-le bien, ce n'était point par jalousie. Un motif plus sérieux m'attachait à vos pas... et, sans le vouloir, sans vous en douter même, vous aurez servi, par vos folles amours, la cause de la noblesse et de Ja féodalité. Isabelle. — Je ne vous comprends pas. Expliquez- vous.

2fi FHANÇOIS VILLON.

Charles. — Soit !' Je vais parler clairement. Vous êtes la... maîtresse de Villon. Or une femme... belle comme vous l'êtes... habile comme vous savez l'être, quand c'est votre intérêt... fait de son amant tout ce • qu'elle veut.

Isabelle. — Méssire ! . ,

Charles. — Laissez-moi achever... L'homme qui esl assez fou pour aimer ne voit plus, ne pense plus que par emprunt... J'ai trop bonne opinion de la galanterie de maître François pour le supposer capable de .vous refuser la moindre chose.

Isabelle. — Où voulez-vous en venir ?

charles. — Vous n'êtes pas sans savoir quels liens politiques m'unissent au comte, votre époux ?

, Isabelle. — En effet, j'ai entendu parler de certains projets arrêtés entre yous deux et monseigneur Charles, l'héritier du duc de Bourgogne.

charles. — Eh bien ! il faut que vous décidiez votre Villon à se mettre, lui et toute sa bande de truands et de bohémiens, au service de notre conspiration contre Louis XT.

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