LES MÊMES. — VILLON
VILLON, entraul par le fond. Apercevant Charles et Isabelle, il s'arrête sur le seuil de
la porte. A part. — Isabelle !..'. avec un inconnu ! Écoutons un peu.
charles, sVfforrant de sourire. — Eh bien!... Madame... vous ne répondez pas?
Isabelle. — Que puis-je vous dire? J'ignore si Villon consentira. charles. — Il le faut, pourtant 1 A cette condition seule je me tairai. Isabelle. — Mais si je ne puis réussir?
charles. — Tant pis alors! Le comte saura tout... et maître François sera pendu.
vjllon, à part. — Pendu?... Moi?... Morl-Mahom! c'est ce qu'il faudra
voir. (Haut, en «'approchant de Charles.) Merci, mon maître ! (Charles et Isabelle font un mouvement de surprise. Villon se trouve entre eux deux.)
Isabelle, à part. — Villon !... ah ! je respire...
villon, à Charles. — Il paraît, messire, que vous trouvez la vie un fardeau trop lourd pour moi; et vous voulez m'en délivrer. C'est fort charitable. Mais, je vous en prie, montrez-moi donc un peu votre figure. Vous êtes trop mon ami, pour que je ne vous embrasse pas. (il fait un pas vers
Charles.)
Charles. — Arrière, truand !
villon. — Vous êtes fier!... Ça m'est égal... A bas ce masque!'..-. Ce n'est pas l'étiquette en cette maison... Chacun, ici, se montre à visage découvert. (11 lui arrache son masque.)
CHARLES, furieux, l'épée à la main. — Misérable !
FRANÇOIS VILLON. 27 VILLON, lui arrachant son épée, qu'il brise en deux, et dont il jette les tronçons loin de
lui. — Tenez ! voilà ce qu'on en fait, de voire épée de cour!... Et maintenant, à nOUS deux ! (Il tire sa dague.)
Isabelle, à part. — Oh! mon Dieu ! que va-t-il faire?
Villon. — Puisque monseigneur ne craint pas de déroger en se mesurant avec un homme du peuple, qu'il se place donc aussi sur le môme terrain. Nous autres truands, nous n'avons jamais de duel qu'au couteau. On se bat, chez nous, poitrine contre poitrine. C'est plus brave... et plus sûr.
chaw.es. — Maître Villon ! vous apprendrez bientôt ce qu'il en coûte d'insulter un seigneur de mon rang. Ma vengeance... villon. — Votre vengeance! Je m'en soucie bien!... je... Charles. — Silence, manant!
villon. — Ce manant-là, mon gentilhomme, va vous tuer !
ISABELLE, se plaçant entre eux. — Arrêtez, de grâce ! (Bas, à Villon.) Monami !
du calme... il peut me perdre.
villon, bas. — Raison de plus pour le tuer.
Isabelle, bas. — Je vous en prie. (Bas, à Charles.) Soyez prudent, monseigneur... ici, vous êtes au pouvoir de Villon. Ne vous faites pas un ennemi, quand c'est un complice qu'il vous faut.
Charles. — Vous avez raison. Qu'il soit des nôtres, et j'oublie tout. (a part.) Pour me ressouvenir ensuite. (Haut, à Villon.) Nous nous reverrons\ maître !
villon, s'inclinant avec ironie. — Quand vous voudrez, monseigneur !
CHARLES, bas, à Isabelle, après avoir remis sou masque. — Je VOUS laisse avecluj.
Mais tenez-moi parole, ou malheur à vous! (il sort par le fond.)