SCÈNE XIII
VILLON, seul.
villon, seul. — Pauvre femme!... elle m'aime!... Ah! j'ai bien peur que cet amour ne lui devienne fatal... Mais, bah! au diable les idées noires! Pensons à notre rencontre d'aujourd'hui, à mon frère, car c'est lui que j'ai retrouvé; c'est bien lui... mon frère, mon petit Jehan d'autrefois... j'en suis sûr, et mon cœur me le dit... Comme il est fier et beau, maintenant ! — Une minute de plus, et j'allais me trahir... Oh ! j'aurais été si heureux de l'embrasser!... L'embrasser!... Allons donc!... Tais-toi, bandit! garde ton secret... ronge-loi le cœur en silène*.. . et ne fais pas
FHANÇOlSy VILLON. 29
rougir Ion frère... Ton frère!... Il te méprise... Ne te l'a-t-H pas dit?... I/histoire te maudira... li a raison, il n'a que trop raison.
H<* Dieu ! si j'eusse étudié Au temps de ma jeunesse folle, Et à bonnes mœurs dédié, J'eusse maison et couche molle :
Mais quoi ! je fuyais l'école, Comme fait le mauvais enfant
0 ma mère ! ma mère 1 donnez-moi la force de veiller sur votre petit Jehan, de tenir ma promesse et d'assurer son bonheur. Oui ! Jehan!... oui! mon frère!... lu seras aimé, tu seras riche, tu seras noble... je le veux... Et pour cela, reprenons le rôle du truand, — ce rôle de tous les jours, que tu m'avais presque fait oublier. Toi aussi, tu aimes en haut lieu... c'est de famille... Pour un quart d'heure, pour une minute de têle à tète, m 'as-tu dit, tu donnerais ton âme au diable... Halte -là 1 monseigneur Sathanas pourrait bien conclure le marché, il n'a pas tous les jours des âmes comme la tienne... Mais j'y mettrai bon ordre, et le diable sera capot. Oui!... c'est cela ! (il remonte la scène.) A moi, Riffle-Pécune ! à moi, Robin Troussecaille ! à moi, Jehan Ri ou, Girard Gossoin, Perrot Langleux ! à moi, tous les ribauds de la ribauderie, tous les truands de la Iruanderie, à moi ! à moi !