‹ François Villon; drame historique en cinq actes et six tableauxChapitre 28 sur 92 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LES MÊMES. — VILLON, entrant |«r la gauche.

villon, souriaut. — Je vous dérauge ?

ulricu. — Non, maître ! Je suis toujours heureux de vous voir. (A Yolande.) Vouslereconiiaissez,n'est-ccpas?C'estlui qui m'a prêté main-forte, hier soir, contre les brigands qui avaient osé vous attaquer, à votre sortie de l'église Saint-Jacques.

villon. — La parlie a été rude.

yolande. — Oh! j'ai eu bien peur.

villon, à part. — Je n'en doute pas... Mes drôles avaient parfaitement compris la leçon, et ma petite comédie a été jouée par eux avec un naturel des mieux réussis.

yolande, à Yiiiou. — Messire, je vous serai reconnaissante toute ma vie. Permettez-moi de vous demander encore une faveur.

villon. — A moi?... Parlez, noble demoiselle... Je suis à vos ordres.

yolande. — Eh bien!... votre nom?... pour que je l'unisse, dans mes prières, à celui de maître Ulrich.

villon. — A coup sûr, voilà qui me portera bonheur... et j'en ai besoin.

Ou m'appelle François Villon... jadis écolier de l'Université de Paris...

maintenant poète... etc.. Je passe les titres et qualités.

' ulrich, à Yolande. — Oui, poète... et grand poète, quand il veut.

yolande. — Vous avez raison. En voici la preuve : •

On sont les beautés de jadis :

Flora, la charmante Romaine; La reine Blanche, comme un lis, Qui chantait à voix de sirène:

Jehanne, la bonne Lorraine, Qu'Anglais brûlèrent à Rouen ?

Ou sont-ils, Vierge souveraine?

Mais oii sont le» neiges d'autan ?

(A Viiiou, avec un gracieux sourire.) Vous le voyez, maître : ce n'est pas d'hier, ni d'aujourd'hui, que l'on vous connaît.

3* FBANÇOIS VILLON.

villon, àUirich, après s'éire incliné. — Elle est charmante !... (Haut.) Je venais céans m'informer de vous, noble damoiselle ; mais je m'aperçois que c'est inutile, à présent. Vous n'êtes plus évanouie, vous n'êtes plus effrayée.

tolàni>e. — Pourrais-je l'être, en présence de mes deux sauveurs? •

villon. — Or çà, mes enfants... car je puis vous appeler ainsi... mon âge, mon expérience, ma sagesse, m'en donnent le droit... Or çà, mes enfants, vous avez eu ie temps de faire connaissance, m'est avis... Jeunes et beaux tous les deux, vous devez vous convenir... Par saint François, mon benoit patron ! pourquoi ne vous aimeriez-vous pas? (Ulrich et Yolande se regardent en souriant.) Je devine... C'est déjà fait... Que j'étais naïf!

Ulrich. — Oh! mon ami, rien n'égalerait mon bonheur, si

villon. — S'il n'y avait pas, de par le monde, un certain monseigneur Charles de Meulan... que Belzébuth emporte!... un tuteur, un tyran jaloux...

ulbich. — Un assassin ! (Montrant Yolande.) Il a fait mourir son père.

villon. — Vraiment? La rumeur publique est donc fondée? (A part.) Conspirateur et assassin ! Quel luxe!... Après cela, un grand seigneur!... (Haut.) Soyez tranquilles, mes gentils amoureux : d'ici à très-peu de temps, cet homme ne sera plus à craindre pour vous.

ulbich. — Que voulez-vous dire?

villon. — Je veux dire que haut et puissant seigneur Charles, comte de Meulan, recevra-tout en bloc... et grâce à moi... ce qu'il mérite et ce que je lui souhaite de tout mon cœur...

ulrich. — Dieu le veuille! Mais comment cela?

villon. — Vous le saurez plus tard. En attendant, je vous le répète, espoir et courage !

gertrude, se réveillant eu sursaut. — Ah!... est-ce que j'aurais dormi?

volande, souriant. — Mais oui, ma bonne Gertrude... un peu... et tu a* eu raison... cela a dû te l'aire du bien...

villon, à part. — Par Apollon ! le dieu Morphée est parfois bien complaisant... Il a envoyé à cette vénérable duègne un sommeil qui ne pouvait venir plus à propos...

gertrude , à Yolande. — Allons, mon enfant!... voici l'heure de nous re- . tirer.

ULRICH. — Déjà?

Yolande. — Il le faut, mon ami. (A sa nourrice.) Je suis prête, ma bonne Gertrude.

ulrich. — Oh ! dame Gertrude... attendez encore... une minute seulement.

gertrude. — Impossible, messire !

villon, à Ulrich, avec une gravité comique. — Dame Gertrude a raison... Les convenances...

gertrude, à part, en regardant Villon. — Je ne connais pas ce seigneur... mais il me semble bien respectable.

villon, à Ulrich. — Nous allons, d'ailleurs, comme c'est notre devoir, accompagner ces dames jusqu'à l'hôtel du sire de Meulan. (Bas, à Ulrich eià Yolande.) Encore un peu de patience, et... je vous le jure... tout ira bien.

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