‹ François Villon; drame historique en cinq actes et six tableauxChapitre 41 sur 92 · CONJURÉS · texte numérisé non relu

CONJURÉS

charles, aux conjurés. — Nobles seigneurs! vous pouvez sans crainte vous débarrasser de vos masques. Vous n'avez à redouter, céans , ni découverte, ni trahison.

engierrakd. — Eh bien ! avez-vous enfin des nouvelles ? chaules. — Qui, et de très-importantes. D'abord, je dois vous dire que Chabannes s'est échappé de la Bastille.

godefroy. — Nous savons cela.

enguerhand. — Nous savons également qu'il a trouvé asile auprès de monseigneur le duc de Bourbon... Grâce à Dieu ! la tyrannie touche à sa fin. '

charles. — Et bientôt Louis XI apprendra qu'on ne^'attaque jamais en vain à la noblesse de France.

enguerrand , à Charles. — Le ;luc de Bourgogne vous a-t-il écrit?

charles. — Voici sa lettre. Je vais vous communiquer le plan qu'il nous trace.

les conjurés. — Nous écoulons.

charles. — Le duc de Bourbon marche sur le ■Berri , donnant la main, d'un côté, aux princes d'Allemagne, qui feront révolter la Guyenne et le Languedoc; de l'autre, aux troupes des deux Bourgognes. Le duc de Bretagne arrivera par l'Anjou, à la tête de dix mille soldats; le comte de Charolais débouchera par la Picardie, avec les forces de l'Artois et de la Flandre. Enfin le duc de Calabre amènera par la Champagne une armée de Lorrains et d'Italiens. •

ekguerrand. — A merveille !... De cette manière, Louis XI se trouvera enfermé dans sa bonne ville de Paris par plus de soixante mille assaillants.

charles. — Sans doute... la combinaison n'est pas mauvaise... mais, comme tout plan de bataille sur la carte, elle' peut échouer... par suite de telle ou telle circonstance qu'on ne prévoit jamais. Ne vaudrait-il pas mieux surprendre le roi avant qu'il ait eu le temps de se préparera la défense?

godefroy. — Ce serait hardi !

enguerrand. — Oui... mais avec un homme comme Louis XI , ce sérail peut-être plus habile et plus sûr.

charles. — Écoulez, messeigneurs ! le roi... je le tiens de 'bonne source... doit aller demain soir, fort tard, accomplir dans une chapelle de Notre-Dame certain vœu qu'il a fait dernièrement à la sainte Vierge... Qui vous empêche de vous rencontrer sur son passage, et de le faire prisonnier?

in conjuré. — Prisonnier?... le roi ?

charles. — Pourquoi pas?... Bien de plus facile. D'abord, son escorte sera peu nombreuse; ensuite, elle sera commandée par moi... et je vous promets bien que pas un de mes archers ne vous opposera la moindre résistance... Une fois Louis en notre pouvoir, ncus le forçons à signer son abdication en faveur àu duc de Berri , son frère. . Celui-là, vous le savez, nous a promis le rétablissement de tous nos auciens droits et privilèges. Ce sera une nouvelle dynastie, Messeigneurs ! une dynastie vraiment féodale... Plus de bourgeois au conseil royal! plus de parlement roturier! plus de communes affranchies ! Nous redeviendrons les maîtres.. Et si le

duc manque à ses engagements, nous lui dirons, comme un des nôtres à Hugues Capet : « Qui t'a fait roi ?... » Et nous en serons quittes pour le défaire.

les conjurés. — Oui ! oui!... il a raison... A demain soir!... à Notre- Dame! (E niir un ;i relier. )

CHARLES , à l'archer. — Eh bien?

L'ARCHER. — Les Voici. (Sur un signe de Charles, il ouvre la porte.) Entrez! (Fuirent Riffle-Pécune, Girard Gossoin, Perrot Laugleux. Les conjurés remettent leurs masques. )

Charles. — Landry !

l'archer. — Monseigneur !

charles. — Maintenant, prends quelques hommes avec toi, et fais ce que je t'ai dit.

l'archrr. — Oui , monseigneur... et vous pouvez compter que nous ne larderons pas à vous l'amener solidement garrotté, (il sort.) '

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