SCÈNE VI
HIFFLE-PÉCOE. — GIRARD GOSSOIN. — PERROT LANGLEUX.
RiFFLE-PÉCDNE. — Ah ! Louis XI veut pendre Villon I" ! Le roi de France veut pendre le roi desribauds !... Il a compté sans nous.
girard. — Mort-Mahom ! Qu'il fasse donc pendre, plutôt, tous ces grands seigneurs qui le trahissent!
perrot. — Or ça! les compaings, qu'allons-nous faire ici, en attendant que cet autre revienne?... Je m'ennuie au milieu de toutes ces vieilles armures. Encore, s'il y avait à boire!
girard. — Ivrogne ! Tu chantes toujours le même refrain.
RiFFLE-PÉciNE. — Par saint Bacchus! il n'a 'pas torf... Le liquide... vois-tu, Girard !... le liquide ici-bas .. c'est le solide!. ... Cherchons bien...
peut-être finirons-nous par découvrir dans quelque coin un respectable flacon de nos amis.
PERROT. apercevant la porte du fond, à droite. — Tiens !... Voyons donCSÎ, par
hasard, cette porte ne conduirait pas à la cave?
RIFFLE-PÉCCNE, alla,,, ouvrir la porte. -C'est une inspiration ! (Après «voir ou-
ve„.) Nous sommes volés!... Ce n'est qu'une armoire ! (L'armoire est «„ fouillis; elle contient le> objets les plus hétérogènes.;
PERROT, retirant une vieille bouteille poudreuse. — Oui... mais regarde donc ! RIFFLE-PÉCUNE, amenant une échelle de soie. — Qu'est-ce que Cela?
girard. — l'arbleu 1 ne le vois-tu pas? - C'est une échelle de soie...
riffle-pécune. — Oui, ma foi !... vrai meuble de grand seigneur !
girard. — Dame! écoule donc... cela peut être utile en bonne fortune.
riffle-pécune, laissant tomber réchelle à terre. — Celte armoire m'a tout l'air d'être la boite à la malice... et je serais fort trompé si elle ne contenait pas aussi quelques jolis petits écus bien jaunets et bien reluisants... Cherchons, les amis, cherchons !...
perrot. — Buvons d'abord ; nous chercherons ensuite.
girard. — Justemenl ! voici des coupes de vermeil.
riffle-pécune. — Comme ça doit être bon de boire là-dedans! (ils boivent.) C'est égal !... ce petit vin-là vaut mieux que la piquette de la mère la Heaulmière !
perrot. - Tu n'es pas difficile, loi ! et j'avoue que mon gosier sympathise avec le lien.
r.ffle-pbcine. - Oh ! si cette fine bouteille avait une sœur, voiremême une sœur aînée !
perrot, rapportant une antre bouteille. — La seconde bouteille demandée voilà !
RIFFLE-PÉCUNE, tendant sou hanap. — Victoire !
perrot. — Tiens ! buvons et rebuvons à la santé de maître François.
riffle-pécune.— Hum !... la santé de maître François?... Elle me parait singulièrement compromise en ce moment... C'est égal... nous nous portons bien, nous autres... Et, pardieu! nous ne laisserons pas dépérir, on 'haut de la potence, un aussi charmant compagnon, amoureux comme r.ous de la dive bouteille. (A Perrot.) A propos de bouteille, regarde donc au fond de l'armoire. Il doit y en avoir une troisième. Ce vin est si bon!
Girard. — Avec ça que c'est un grand seigneur qui paye.
RIFFLE-PÉCUNE, à Perrot, qui cherche dans l'armoire. — Eh bien? PERROT, se retournant avec désespoir. — Plus ! les amis!... plus !
riffle pécune. — Ventre du pape!... s'arrêter en si belle soif!... quel malheur!
GIRARD, apercevant la porte du second plan, à droite. — Voici peut-être une Seconde armoire.
riffle-pécune. — Ouvre vite!
GIRARD, après avoir ouvert la porte et regardé. — Ce n'est qu'un Corridor.
rïffle-pécune. — Entrons. Nous trouverons peut-être le chemin de la
cave. (Il emporte la lampe. Ils s'élancent tous les trois dans le corridor. La porte se referme sur eux.)
girârd, de la coulisse. — Bon ! nous voilà enfermés maintenant. Qu'allonsnous faire?
rïffle-pécune. — Suivez-moi !... Nous verrons bien où nous irons.