LES MÊMES. - YOLANDE. — RIF1<LE-I>ÈCUNE. — GIRARD GOSSOIN
PERROT LANGLEUX.
RIFFLE-PÉCUNB, entraînant Yolande. — Par ici, la belle ! par ici ! (Aux deux autres truauds.) Maintenant, les compaings ! nous allons tirer au sort. . villon. — Ribaud! laisse cette jeune fille... Elle n'est ni pour toi, ni pour eux.
RIFFLE -PÉCUNE. — Villon !
villon. — Eh bien! oui, c'est moi !
Yolande, à Isabelle. — Oh ! Madame !
ISABELLE, l'embrassant. — Ne Craignez rien, mon enfant. (Elle lui parle bas.)
villon, aux truauds. — Ah çà ! qu'étes-vous venus faire ici, vous autres ?
riffle-péccne. — Et toi?... On nous a dit que tu étais en prison, et que tu serais pendu demain.
villon. — En effet, le roi l'avait ordonné ainsi... Mais cela m'ennuyait de partir sans vous avoir dit adieu... et je me suis échappé... ,
LES TROIS TRUANDS. — Noël !
riffle-pécune. — Écoute, maître! Cache-loi seulement pendant deux jours... Après cela, tu seras libre, et lu n'auras plus rien à craindre. Demain soir, Louis XI sera mort.
villon. — Tuer le roi ! Qui donc Poserait?
riffle-pécune. — Tes serviteurs, pardieu !
villon. — Vous ! mes braves truands?
riffle-pécune. — Sans doute... et c'est même pour cela que nous sommes ici. villon. — Explique-toi.
riffle-pécune. — C'est tout simple... (Avec emphase.) Nous conspirons. villon. — Vous conspirez?... Vous?
riffle-pécune. — Oui... ni plus ni moins que des grands seigneurs. villon. — Vous ne conspirerez pas.
riffle-pécune. — Oui-dà?
villon. — Je vous le défends !
LES TROIS TRUANDS. — Oh ! oh !
riffle-péccne. — Tu prends un ton un peu bien impératif, ce nie semble.
villon. — Vous ne conspirerez pas, vous dis-jc!... et je répète que je vous le défends!... Malheur à vous s'il vous arrive de vouloir toucher à Louis XI! Et d'abord, je vous en préviens, avant de l'atteindre, il vous faudrait marcher sur mon cadavre.
riffle-pécune. — Ah ça ! pourquoi prends-tu aussi chaudement sa défense 1
villon. — Pourquoi?
LES TROIS TRUANDS. — Oui ! pourquoi ?
villon. — Parce que Louis XI, c'est le salut de la France !... Un ! non ! ne touchez pas à Louis XI!... Regardez! n'est-ce pas parmi le peuple qu'il choisit ses agents et ses ministres?... S'il verse du sang, c'est toujours du sang noble. Aimez Louis XI, mes compaings, et, croyez-moi, au lieu de conspirer avec les nobles contre lui, conspirons avec lui contre les nobles. En agissant ainsi, nous travaillerons pour nous et pour nos enfants.
RIFFLE-l'ÉCINE. — Tu CI OÎS ?
mllon. — 11 faut être aveugle pour ne le point voir.
riffle-pécune. — Soit ! Au fait, ça m'est égal... je ne tiens pas à le tuer, cet homme, moi! Nous ferons comme tu voudras, et nous sommes prêts à te suivre partout.
GIRARD. — Oui, partout !
perrot. — Jusqu'à la polence, s'il le faut !
riffle-pécune. — Et inclusivement, qui mieux est.
villon, leurscnani la main. — Merci, mes fidèles... Maintenant, une petite question. D'où veniez-vous quand j'ai ouvert celte porte?
riffle-pécune. — Ah ! c'est toute une histoire. Nous étions là, comme tu vois, attendant le chef de la conspiration, qui devait nous donner les derniers détails.- . Mais attendre, les bras croisés, c'est bien long I... surtout quand on a soif... Nous avons donc ouvert cette armoire... En furetant à droite et à gauche, nous y avons trouvé une bouteille, deux bouteilles... Quel vin !... L'eau m'envient encore à la bouche.. .Tout a été lampé dans un clin d'oeil.... Deux bouteilles à trois!... Qu'est-ce que cela?... Pas de quoi seulement se mouiller le bout des lèvres.
perrot. — C'est à peine si ma moustache s'est aperçue que je buvais.
riffle-pécune. — Mis en soif par ce commencement, nous avons voulu chercher la cave. (Montrant la porte de droite.) Pensant que ce corridor pourrait nous y conduire, nous y sommes entrés. La porte s'est refermée sur nous. Au bout du corridor nous avons découvert une serrure que nous avons forcée à l'aide de ce petit outil, le meilleur des passe-partout. (Il montre
une sorte de monseigneur.) Alors nOUS avons VU Cette gente damoiselle (montrant
Yolande), qui, s'imaginant sans doute que nous venions pour l'occire, s'est jetée à nos pieds, en nous demandant grâce.
villok, à Yolande. — C'est le comte de Meulan, j'en suis sûr, qui vous tenait enfermée dans ce cachot?
yolande. — Oui... depuis ce matin.
vtllon. — Et pourquoi vous torturer ainsi ?
yolande. — Pour me contraindre à l'épouser.
LES TRUANDS, avec indignation. — Oh !
riffle-pécune. — Qu'il revienne donc ici !... Je lui...
villon, l'arrêtant. — Tu es fou...Tu ne lui feras rien.
riffle-pécune. — Est-ce qu'il serait encore ton ami, celui-là?
villon. — Non... mais je songe qu'il a cinquante archers à son service.
riffle-pécune. — Diable !... Que faut-il faire, alors?
villon. — Il faut faire comme si vous ne m'aviez pas vu... écouter tout ce qu'on vous dira.... promettre tout ce qu'on vous demandera... afin qu'on vous laisse sortir tranquillement... Puis, vous courrez au Trou de la Pomme de Pin... vous assemblerez tous nos amis, et vous leur direz que nous sommes prisonniers, ces deux dames et moi.
riffle-pécune. — C'est cela... tu as raison...
Isabelle. — Silence!.... j'ai entendu la voix de Charles de Meulan.
Yolande. — Oh ! mon Dieu ! que devenir?
villon. — Rentrez dans ce corridor, et fiez-vous à moi. (A Isabelle.) Allez avec elle. (Elles sortent à droite. — Aux truands.) Vite! fermez cette . oubliette, cette armoire... Qu'on ne s'aperçoive de rien. (Les truand* obéissent.)
RIFFLE-PÉCUNE. — Ah ! et les bouteilles ? (Il les fait passer à Perrot et a Girard qui les remettent dans l'armoire.) Maintenant, serrons les COUpeS. .. Chacun la nôtre. (Il en glisse une dans sa poche ; ses deux compagnons l'imitent.) C'est fini.. . tOUt
est rangé.
perrot, à Villon. — Et toi, maître ! où te loges-tu?
VILLON, allant se mettre derrière le rideau de la fenêtre de gauche. — Panlieil !. ..
à ma place... et ma place est ici.