‹ François Villon; drame historique en cinq actes et six tableauxChapitre 62 sur 92 · DE LA SCÈNE III · texte numérisé non relu

DE LA SCÈNE III

RIFFLE-PÉCUNE, poussant en scène Louis XI et Tristan parla porte du fond. — Don-

nez-vous donc la peine d'entrer, mes compères ! , . . sans façon. . . et ne ne criez pas surtout... nous avons le tympan délicat... et le poignet solide.

louis xi, bas, à Tristan. — Eh bien ! grand prévôt ! qu'en dites-vous?. . . Vous voyez comme votre police est faite !

VILLON, à part, en s'écartant vers la gauche.. — En voici bien d'une autre, à

présent!. . . Vrai ! je ne m'attendais pas à celle-là. . . tbistan, aux truands. — Misérables ribauds! vous payerez demain votre

audace de la corde !

RiFFLE-PÉccNE. — La corde!... demain!... c'est possible... je n'ai jamais dit non. . . mais aujourd'hui, mes gentilshommes, c'est la bourse qu'il nous faut ... et un peu vite !

louis xi. — Drôle! . . . est-ce que tu ne reconnais pas ton roi?. . . le roi de France?

riffle-pécune, iocrédule. — Ah ! ah ! ah ! le roi de France !

les autres TRUANDS. — Ah ! ah ! ah ! la bonne plaisanterie! riffle-pécune. — Le roi de France ! . . . Comment le trouvez-vous? perrot. — C'est de l'aplomb. . . ou je ne m'y connais pas.

RIFFLE-PÉCUNE, se croisant les bras devant Louis XI. — Eh bien ! l'ami. . . quand

tu serais /e roi de France, comme tu prétends nous le faire accroire. .. après?. . . Le roi de France! . . . est-ce que nous connaissons ça?. . . nous autres truands ?. . . Nous ne connaissons qu'un roi, nous ! ... le vrai !... le boni... et celui-là, vois-tu, ce n'est pas toi... C'est notre homme, à nous... c'est notre compaing... c'est François Villon, le roi des ribauds ! . . .

villon s'avançant. — François Villon est là qui vous écoute... et François Villon vient vous dire à tous : — Arrière, insolents! ... et respect à Louis

Onze, notre sire. (Il les écarte d'un geste. — Saluant humblement le roi.) Pardon,

Monseigneur. . . pardon pour eux, ils ne savent pas ce qu'ils font. . . Mais par suite de quelle incroyable aventure Votre Majesté se trouve-t-elle ici , au Trou de la Pomme de Pin ?

louis xi, brusquement. — Pâques-Dieu l ribaud ! je vais peut-être te rendre des comptes, à présent !

riffle-pécune. — Tiens! maître. . . moi qui ne suis pas lier. . . attendu que je ne suis pas roi de France... je m'en vais te conter la chose en deux mots.

villon. — Parle.

riffle-pécune. — En sortant d'ici , pour aller chercher maître Ulrich comme lu nous l'avais commandé, nous avons rencontré ces deux nobles personnages, qui se dissimulaient le long des murailles, ni plus ni moins que des galants en bonne fortune... ou des espions de la prévôté... Conformément à tes instructions, nous avons incontinent lié connaissance. . . et nous leur avons offert l'hospitalité.

LOUIS XI, à Tristan. — Sortons !

VILLON. — Un instant, Monseigneur! (Il fait un signe aux ribauds; ceux-ci barrent le passage.)

louis xi. — Comment, misérable!... tu prétendrais nous retenir prisonnier!... nous I... le roi de France !

villon. — Pourquoi pas ?

les truands. — Oui !... au fait! Pourquoi pas? (A Villon.) Bravo, maître!

villon. — Savez-vous bien, Monseigneur, que nous sommes ici deux Majestés en présence?... Nous pouvons traiter d'égal à égal. Si vous êtes le roi de France, je suis le roi des ribauds,... et je ne changerais pas ma couronne contre la vôtre.

louis xi. — Bandit! (A part.) 11 a peut-être raison.

villon. — Oh! bandit tant que vous voudrez... Mais je vous le déclare... au Trou de la Pomme de Pin, la puissance du roi très-chrétien est nulle. Mes ribauds vous l'ont déjà dit tout à l'heure... Ici, l'on ne reconnaît d'autre royauté que la mienne... celle de François Villon, premier et

dernier de sa dynastie,... et François Villon... à l'heure qu'il est... d'un mot, d'un signe, peut vous faire tuer !

louis xi, tressaillant — Tu ne l'oserais pas.

villon. — Dites que je ne le veux pas... Ce sera plus juste et plus vrai. louis xi. — Ah !... et pourquoi ne le veux-tu pas? villon. — Pardieu! mon roi... parce que je vous aime. louis xi. — Tu m'aimes, toi?

villon. — Autant que vous détestent tous vos grands vassaux.

louis xi, à part. — En vérité! le drôle a des reparties ! (Haut.) Pourraiton savoir, mon maître, pourquoi tu nous aimes ainsi?... Est-ce parce que le roi de France a donné l'ordre à son grand prévôt de te pendre le plus tôt qu'il pourra?

villon. — Oh! cet ordre-la, Monseigneur... vous me permettrez de n pas m'en chaloir beaucoup.

louis xi. — Vraiment!... Et pourquoi ?

villon. — Parce qu'il sera nul.

louis xi. — Que veux-tu dire?

villon. — Je veux dire que monseigneur Louis le Onzième va me signer incontinent ma grâce pleine et entière.

louis xi. — Est-ce une prière ou une menace?

villon. — Ce que vous voudrez, Sire.

louis xi. — Et, si je refusais?

villon. — Je vous forcerais la main.

louis xi. — Vrai Dieu! je voudrais bien voir cela... Je refuse.

villon. — Vous refusez?... Diable!... ça n'est pas prudent, ce que vous faites là, Monseigneur ! Mais soit ! Vous ne parlerez pas toujours ainsi, je l'espère.

LOUIS XI, se dirigeant vers la porte du fond où se trouvent les truands. — Arrière, manants ! place au roi de France ! (Les truands lui présentent la pointe de leurs rapières.)

villon. — Encore une fois, Monseigneur !... vous ne sortirez pas!

louis xi. — Par le Christ !... Voilà une audace qui te coûtera cher.

villon. — Elle ne me coûtera rien... Au contraire !... elle me vaudra ma grâce... et c'est précieux.

louis xi. — Ta grâce !... Jamais! v

villon. — En ce cas, Monseigneur, je vous retiens prisonnier. (Louis XI fait un mouvemeut.) Oh ! ne craignez rien. Vous êtes toujours mon roi, le roi de France... et j'en userai dignement avec vous. (Gaiement.) Allons, Monseigneur, prenez votre mal en patience... Pour mon compte, je vais essayer d'adoucir les ennuis de votre captivité. (Il remonte la scène.) Ohé ! 4àbas!... ici!... tout le monde!

louis xi, bas à Tristan. — Si nous pouvions avoir du secours !... Tâche de t'échapper.

TRISTAN, de même. — O n'est guère possible 011 ce moment. (Il montre au roi les truands qui ne les quittent pas des yeux.)

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