‹ François Villon; drame historique en cinq actes et six tableauxChapitre 63 sur 92 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

LES MÊMES. — TRUANDS et R1BAIIDES. — HOHÉMIE.VS et BOHÉMIENNES, arrivant

en foule.

les truands. — Présents! présents, maître! Qu'ordonnes-ln?

villon, à Louis XI. — Voici ma cour, Monseigneur... Que vous en semble?... Elle n'est pas tout à fait aussi brillante que la vôtre... mais elle est plus sûre et plus fidèle. (A son monde.) Enfants !... nous avons l'honneur de recevoir au Trou de la Pomme de Pin le plus noble des hôtes... le roi de France !...

TOUS. — Le roi ! (Mouvement général de curiosité.)

villon. — Il s'agit maintenant de lui prouver combien vous êtes sensibles à sa gracieuse visite... Allons! truands et truandes! ribauds et ribaudes! bohémiens et bohémiennes! vite! un divertissement.

tods. — Adopté !... adopté !... Noô! !... Noël !...

villon, à Louis XL— Daignez vous asseoir, Monseigneur !

tristan, à Louis XI, bas. — Cédez, Monseigneur... Ils sont en force...

Demain, VOUS prendrez votre revanche. (Louis XI s'assied; Tristan prend place à sa droite el Villon à sa gauche.)

Ballet avec accompagnement de castagucttes et de tambours de basque.

louis xi, après le ballet. — Pâques-Dieu !... Mais c'est charmant ! villon. — Monseigneur veut-il que nous passions à d'autres exercices? louis xi. — Non, mon maître !. . C'est bien... je suis content de vous. villon, s iucliuant. — Trop heureux, Sire !... Alors, vous plairait-il de me signer ma grâce?

louis xi. — Je ne devrais peut-être pas me montrer aussi... débonnaire... Mais tu es un personnage si singulier... que... ma foi!... Bah!... As-tu du papier et des plumes, ici?

vtllon. — 11 y a ici tout ce qu'il faut pour écrire.

LOUIS XL — Donne-le moi donc, en ce cas. (Villon sert le roi, qui, après avoir écrit et signé, remet le papier à Villon et lui dit : ) Voici ta grâce... Es-tu content?.. VILLON, prenant le papier et fléchissant le genou. — Oh ! Sire... merci !... Et

maintenant, mon roi, je vous appartiens tout entier... Vous pourrez disposer de moi... à la vie, à la mort !

louis xi, à part. — Décidément, voilà un compagnon qui me plaît !

SCfcXE VU.

LES MÊMES. — ULKICII et YOLANDE, amenés par quelques truands portant

dos torches allumées.

villon, courant ^ eux. — Ulrich!... Yolande!... Oh! mes enfants!... Que je suis heureux de vous revoir!

louis xi, à Ulrich. — Ah! c'est vous , maître Ulrich l'imprimeur?... Pâques-Dieu ! mon jeune ami !... je suis bien fâché de vous le dire... mais il paraît que, depuis ce malin, vous prenez singulièrement le chemin de Montfaucon...

ulmch . — Moi, Sire?

louis xi. — Oui, vous!... Cela vous étonne?

ulrich. — Je l'avoue, Sire... et je me demande quel peut être mon crime...

louis xi. — Je vais vous le dire... Avec l'aide de vos bons amis les truands... maître Villon en tête... vous assiégez un de mes nobles, vous brûlez son hôtel, vous enlevez sa pupille !... que sais-jc encore?... Il me semble que vous n'y allez pas de main-mot te, et si tout cela ne vous parait pas criminel, je...

Villon. — Permettez, Monseigneur!... Ceci demande une explication... Quant à moi, je ne me repens pas de ce que j'ai fait cette nuit... Je n'ai qu'un regret... C'est de ne pas en avoir fait assez !

louis xi. — Par Notre-Dame ! mon maître !... est-ce que tu ne serais pas encore content ?

Villon. — Hum!... pas tout à fait, mon roi!... Je ne serai-content que le jour où Charles de Meulau recevra de votre justice le châtiment qu'il mérite... le jour où je le verrai brandiller à ma place en haut de la potence que je lui souhaite.

. les truanps, en chœur. Ainsi soit-il !

villon. — Savez-vous, Monseigneur, que ce noble comte est le dernier des hommes?

louis xi. — Oh ! oh ! compagnon... et la preuve?

villon. — La preuve?... Vous l'aurez demain soir... Ma«s pour cela, il faut qu'il soit libre... lui... et la dame de Ponthieu.

louis xi. — Ah ! çà ! tu deviens fou.

villon. — Je n'ai jamais été plus raisonnable... Oui ! Sire, dans votre intérêt, je vous eh conjure... daignez suivre mes conseils... Il y va peut-être de votre vie... Fiez-vous à qui vous aime.

louis xi. — Mais qui me prouve ta sincérité?

villon. — Sire ! ma conduite envers vous... Est-ce que si je ne vous aimais pas, est-ce que si vous n'étiez pas mon roi... le roi de mon cœur...

vous seriez encore vivant à l'heure qu'il est?... Kst-ce que vous croyez qu'il n'y a pas, dans votre bonne capitale, de grands seigneurs.... de trèsgrands seigneurs même... disposés à faire la fortune de celui qui vous livrerait à eux... mort ou vif?... Et vous êtes ici, libre et honoré ! et nul ne s'opposera plus à votre sortie... et, quand il me serait si facile de vous tuer ou de vous retenir captif, vous me demandez ce qui vous prouve ma sincérité!... Ab.! tenez, mon roi ! c'est mal... très-mal, ce que vous faiteslà... Mais je ne vous en veux pas pour cela... et la preuve, regardez! (Il s'approche d'une lumière et brûle le papier que le roi lui a donué.)

louis xi. — Comment ! tu brûles ta grâce?

villon. — Oui, Sire ! je brûle la grâce qu'il vous a plu de m'accorder... et, si demain soir je ne vous ai pas tenu parole... si, demain soir, je ne vous ai pas prouvé hautement la félonie de ce comte de Meulan... et celle de bien d'autres... eh bien! vous ferez de moi ce qu'il vous plaira... Êtesvous convaincu, maintenant?

louis xi, à pan. — Par tous les saints!... ce diable-là m'intrigue... Que faire?... Il y a longtemps que je cherche la loyauté... Faut-il, pour la trouver, descendre jusqu'au Trou de la Pomme de Pin? (Haut, à Villon.) Je réfléchirai à ce que tu me demandes. . . Es-tu content?

villon. — Oui, Sire !... et je vous remercie... pour vous et pour moi... pour vous surtout!... (Aux truands.) Et maintenant, compaings !... suivezmoi... Que mes fidèles truands accompagnent et protègent jusqu'à son Louvre... le roi Louis XI , la fortune de la France !

TOUS. — Vive le roi ! (Le roi sort entouré par les truands. Le rideau tombe.)

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