LOUIS XI. - CHARLES. — CONJURÉS
(Les conjurés, masqués, l'épée nue à la main, entourent le roi.)
louis xi. — Qui êtes-vous?
les conjurés. — Bourgogne !
louis xi. — Que voulez-vous?
les conjurés. — Le bien public !
louis xj. — Trahison !... à moi !
charles. — Vous appelez en vaiu, monseigneur... Votre escorte est prisonnière... comme vous...
louis xi. — Et que prétendez-vous faire, maintenant?
CHARLES, lui remettant un papier. — Lisez !
LOUIS XI, après avoir lu, à la lueur d'un des cierges de l'autel. — Mon abdication !...
en faveur du duc de Berri, mon frère !... Et vous avez cru, rebelles! que je
consentirais à celte lâcheté ! (Il froisse le papier entre ses mains, (e jette à terre et
le foule aux pieds.) Jamais!... Quand on a l'honneur de s'appeler le roi de France... on ne cède pas ainsi son titre et sa couronne au premier venu... on n'abdique pas ! ... on meurt ! . . .
CHARLES. — Eh! bien! çoit!... tyran! tu vas mourir! (Les conjurés se rapprochent du roi.)
louis xi. — Frappez donc, parjures etfois-menties!... ramas misérable de petits ambitieux... qui cachez votre néant derrière un mot... le bien public !... comme vous cachez votre félonie derrière un masque... Osez donc me frapper, moi,roint du Seigneur!... moi, la France faite homme!... Ma mort ne changera rien... Vous n'êtes que l'impuissance, je suis le pouvoir; vous n'êtes que le brigandage, je suis la justice; vous n'êtes que l'anarchie, je suis la loi !...
charles. — C'en est trop!... et tu nous insultes pour la dernière fois. (Il jette son masque et s'avance.) Regarde-moi bien en face, roi qui nous égorges et nous pilles, roi sanguinaire et voleur!... Regarde et écoute!... Nous tous, la noblesse de France, nous t'avons condamné à mort... et c'est moi...
louis xi. — Oui... c'est vous... Charles, comte de Me u Lan... c'est vous
qui serez le bourreau? A merveille!... C'est un rôle qui vous revenait de droit !
CHARLES. — Oh ! (Il 1ère l'épée sur le roi, qui rate debout et immobile.)