‹ François Villon; drame historique en cinq actes et six tableauxChapitre 69 sur 92 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

LES MEMES, moins Tristan, les conjurés et quelques archers.

villon, à Louis XI. — Vous ai-je tenu parole, Monseigneur?

louis xi. — Pâques-Dieu!... je n'ai jamais rencontré meilleur compagnon. A la bonne heure! Tu es un homme, toi... et les hommes sont rares.

villon. — Monseigneur...

louis xi. — Voyons!... parle!... Tout à l'heure, j'ai puni... maintenant je récompense... Que veux-tu?... Tout ce qui est en mon pouvoir... je te l'accorde.

villon. — J'accepte, Monseigneur... et je vous demanderai... lotos xi. — Ne crains pas d'être trop ambitieux : je n'ai rien à te refuser.

villon. — En ce cas, Sire, je vous demanderai le mariage de ces deux

enfants. (Il montre Ulrich et Yolande.)

lotjis xi. — Leur mariage?

villon. — Oui, Monseigneur... C'est leur désir... et à moi... c'est mon vœu le plus cher... Oh! je le sais... elle... elle est de noble naissance... et lui... Ulrich... mon... (se reprenant) mon ami le plus intime... ce n'est qu'un enfant du peuple... comme moi. Mais, Sire, un mot... un seul mot de votre bouche royale... et il n'y aura plus de mésalliance.

louis xi. — Soit!... Je te l'ai déjà dit... je n'ai rien à te refuser. (A Ulrich.) Messire, j'ai commencé par accorder à l'imprimerie le droit de bourgeoisie dans mon royaume. Je prétends lui donner aujourd'hui des lettres de noblesse. .. Désormais, vous vous nommerez Ulrich de Meulan... Je vous donne le fief d'un traître... Il était tombé bien bas... à vous de le relever !

ULRICH, à genoux, en baisant la main du roi. — Ah! Sire!... ma vie pour VOUS !

LOUIS XI, à Villon, après avoir aidé Ulrich à se relever. — Maintenant que j'ai

consenti à ce que tu me demandais pour ton ami, dis-moi ce que tu veux pour toi.

villon. — Pour moi, Sire?...

louis xi. — Oui.

villon. — Je ne veux rien.

louis xi. — Comment! rien?

villon. — Mon Dieu! non... Faites-moi pendre seulement le plus tard possible... Voilà tout!

lodk xi, souriant. — En vérité, mon maître ! tu n'es pas ambitieux ! villon. — Je suis truand.

ulrich, à Villon. — Et à moi... à moi qui te dois tout... tu ne me demandes rien?

villon. — Oh! si!... Ulrich... une grâce!... une seule!... Laisse-moi, pour cette fois seulement, t'embrasser... et l'appeler : Mon frère!

ULRICH, se jetant dans ses bras. — Oh ! Oui... mon frère...

villon. — Merci !

Ulrich. — Tu pleures?

villon. — Oui... de joie... (a part.) Ma mère! êtes-vous contente ? (Haut.) Et maintenant... adieu !

Ulrich. — Comment! adieu! Non pas! frère! (Montrant Yolande.) Tu res-

teras avec nous. . . tu seras témoin de notre bonheur, qui est ton ouvrage. . . tu ne nous quitteras plus !

yolande. — Oh! oui... n'est-ce pas ?. . . Vous resterez avec nous... Nous vous aimerons tant !

villon, se faisant violence. — Non... cela ne se peut pas...

ulrich. — Que dis-tu?

villon. — Cela ne se peut pas... Cela ne se doit pas, mes enfants... séparons-nous... A chacun sa route... A vous la société... à moi la bohème... Villon le bandit ferait tache sur votre bonheur... Et puis, je ne pourrais plus, voyez- vous, moi. vieux pécheur... m'habituer à la vie régulière... à la monotonie domestique... 11 me faut la taverne... le hasard... la liberté... en attendant la potence.

LOUIS XI, qui l'a observé et écouté; à part. — Singulier homme! (Il s'entretient à voix basse avec Isabelle.)

villon, aux truands. — A moi, les compaings !... Partons ! Isabelle. — Attendez!... je suis des vôtres... Le roi le permet. villon. — Isabelle!... Comment?

Isabelle. — Oui... On me pardonnera d'avoir aimé l'homme... car je veux sauver le poète !

villon. — Noble femme ! (Aux truands.) Frères ! saluez tous ! voici votre reine !

les truands. — Noël! Noël! Vive le roi! Vive maître François ! Vive Isabelle !

Ki.\ Pt CINQUIÈME ET DERMER ACTE.

Paris. - Tjp. i* Ad. l-alnc et J. llavarcJ, r. <!es Saintt-Pèrcs, 1».

Librairie L. CONQUET, 5, rue Drouot, PARIS

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