LES REVUES
Le Mercure publie une étude de Ch. Mariée sur le récent volume de notre collaborateur Edouard Dubus. Ledit article croit répondre à un autre paru jadis dans celte revue (Ecoles, par Ad. Rctlc). Attend: >ns sans discuter, car il nous faudrait nous répéter ; les reproches de l'auteur de Thulé à M. Moricc se justifiant plus que suffisamment. — Bon article de Veidaux dans l'Art social : trop d'adjectifs, peut-être. —
L'Ermitage se ressent un peu de l'absence forcée de son dirccleur et de l'un, de ses secrétaires généraux. Revanche à prendre — et qui le sera, n'en doutez pas ! — Par contre, série exceptionnelle de beaux numéros du Fin-de-8iècle avec bcholl, Léon Deschamps, A. ♦Boutique, Emcry. Léon Du rocher etc. et les Trottins, de Marcel Bailliot, musique de J. Bayon, illustrations de Paul Balluriau — Est-ce que Montoja et G. Rodenbach ne feraient qu'un seul homme ? On serait tenté de le croire en constatant leur ressemblance dans le portrait de l'un d'eux publié par le Nouvel Coho. — Dans Paris-Province, jolie fantaisie sur le Sourire féminin, signée Manoël de Grandfort. — Ravachol l tel est le titre d*un superbe article de Mirbeau. dans I En-dehors. — Une Revue dont |e besoin ne se faisait nullement sentir c'est celle qui s'intitule Simple — et qui l'est en effet ! son n" I fait l'éloge du... Petit Journal H! et c'est 1 article de fond. — Ernest Chebroux, tel est le titre d'un excellent article de Henti Corbel. dans la Revue Stépbanoise. — Il n'y a donc plus de Turcs littérateurs en France ? On le croirait a lire les Entretiens qui en ont après Henry Becque (et s'il faut croire mes souvenirs, louangent parfois indécemment des fabricants quelconques. Il y a mi-'ux à faire, camarades !) — La Société Nouvelle publie une autobiographie de Walt Whitman, louange ailleurs par M. Francis Vielé-Griffin.— Dans le Spartiate: Portrait de. ..Jules Simon (dit Biscuit). On est Jeune ou on ne l'est pas. — William Vogt vient de consacrer au poète Poussin une importante étude parue dans le Génevois. Même journal, étude de Louis Duchosal, le seul poète suisse, sur Louis Dumur. — La France Moderne consacre son no du iit mai au Socialisme. — Revue Jeune, n° 1. 51. rue Monsieur le Prince, Paris. — La Revue de l'Evolution publie un dialogue inédit de Villiers de l lsle Adam : Entre l'Ancien et le Nouveau.
AVIS. — Prochainement, numéro exceptionnel de La Plume consacré aux Soirées littéraires, sous la direction du spirituel poèta-chansonnierdessinaleur F.-A. Cazals. Ce numéro contiendra : Souvenirs d un président (Léon Deschamps) ; Histoire d'un Cénacle (Léon Maillard) ; les poésies et chansons qui ont obtenu le plus de succès aux Soirées ; un tableau synoptique, synthétique et alphabétique des principaux chansonniers de La Plu • e. (dressé par le chef d'orchestre) ; Opinions des célébrités littéraires sur les Soirées ; quelques pages de Musique inédite ; environ soixante croquis et portraits des habitues des Soirées et enfin une table alphabétique d? toutes les personnes qui ont assisté à Tune des Soirées, depuis la fondation. Porlra 1 ' dans le texte de Léoc Deschamps, par F.-A. Cazalr
Ce numéro sera vendu un franc. Il sera servi sai augmentation de prix aux abonnés.
LA PLUME
Numéro 74
Sifférairc, Artistique et tonale
15 Mai 1892
cSf La mèmoues
a"<£$u<jujte c Vitu é^mitié tecoanauâante
çf. de ofVo, AVANT- PROPOS
Ce petit travail, résultat de vieille intimité avec la langue maternelle en ses transformations, entrevu en 1X82. cirrepris deux ans plus lard scu'ement et vingt foi i interrompu par les à-coup de la vie, n'a été terminé q»i*en mars i8qi.
Dès le jour où il fut parachevé, mon premier soin fut de l'envoyer à mon très cher et regretté ami Auguste Vitu, esprit délicat parmi les plus attiquement délicats, savant artiste pieusement épris des maîtres de notre littérature et d'»nt la magistrale Etude philologique sur le yargan du XV" siècle, couronnée par l'Académie Française, était venu m'apporter en 1884 son aide lumineuse au cours d; mon entreprise.
Hélas ! quand lui arrivèrent mes onze feuillets, celui que nous aimions tous était déjà frappé par le cruel accident aux suites duquel il devait succomber, arraché à la vie on pleine vigueur intellectuelle.
Néanmoins, lui et se* amis conservaient l'espérance
Privé de l'usage de cette élégante main qui avait si bien dit de si justes et de si bonnes choses, dans le petit billet qu'il voulut bien m'adresser, la signature seule est de lui. /
Paris, le 26 avril 1*91 .
Mon cher ami,
J«ï viens île lire vos ballades avec admiration, laissezmoi dire avec domicilient. C'est un véritable tour de l'orée que d'avoir conservé la physionomie et l'accent de l'original en le l'aidant passer de la languo du quinzième sl-cle dans la nuinv
Maintenant, vous demanderez peut-être pourquoi je ne vous ai pas < cril cela beaucoup plus tôt. C'est ce que je vous expliquerai lorsque j'aurai le plaisir ires prochain, je I espère, devons serrer la main.
A vous bien affectueusement
Auguste VITU.
La lettre m'arriva le dimanche matin : à trois heures,
j'étais
de Wagram chez le très
courageux
blessé que ic trouvai ce jour-là tout vibrant et réellement gai. Au re«te, jusqu'à la dernière heure, le doux philosophe parisien conserva son sourire et sa force d'Ame .
Toujours indulgent à qui essaye, il voulut bien se montrer saiisfa't de mon interprétation et nous causâmes longtemps ou, pour dire le vrai, je laissai le féerique conteur me charmer de ses vues si neuves, si audacieuses quelquefois, si justes toujours. Auguste Vitu était plus qu'un critique savant, c'était un cerveau perspicace, un grand devineur, de la lettre obscure sachant faire jaillir la lumière, évoquant le passé, insufflant la vie, reconstituant tout un texte à l'aide de quelques lambeaux tronqués, un peu à la manière do Georges Cuvier.
Et quand nous nous séparâmes :
— Laissez-moi cela, me dit-il, et revenez; revenez bientôt, quand vous voudrez ; tenez, jeudi.
Puis, demi-souriant, demi-douloureux, il ajouta :
— Vous me trouverez toujours, je ne sors pas.
Le jeudi suivant, malgré son état, il avait lu, lu et relu et, avec une bonne grâce où je sentis le plaisir de me causer une des plus fières joies que j'aie éprouvées :
— A cela, il faut une Préface, une préface explicative qui en fasse toucher du doigt les mérites. Cette préface, voulez-vous que je vous la fasse ?
* Voulez-vous » était charmant.
— Alors, entendu, je vous la fais..., aussitôt que possible.
L<*. mal empirait. A la dernière visite que je fis au cher malade, en juillet, pour lui apprendre un petit voyage en Normandie :
— Vous partez, cher ami ? Et moi aussi !... Ah ! ce n'est pas, comme je l'aurais voulu, Vitu qui fera la préface nécessaire à ces Ballades, non. Non c'est Marthold.
Vingt jours plus tard, le 7 août, nous le conduisions à l'éternel repos.
Et voilà comment et pourquoi, au lieu de la sag3C3 et lumineuse page qu'eut pensée le Maître, vous n'allez lire qu'un froid document dont chaque phrase a été ponctuée du douloureux regret d une amitié profonde et dé\ouée.