LES CINQ BALLADES
DU
manuscrit de Stockholm
Ballade VII.
En Parouart, la grant masse gaudie Ou accoliez sont caulx et agarcis, Nopces ce sont ; c'est belle mélodie.
Là sont beffleurs au plus hault bout assis, Et vendangeurs des ances circuncis ; Comme servis sur ce jour gracieux, Dance plaisante et mets délicieux.
Car coquillart n'y remaint grant espace, Que veuille ou non ne soit fait des sieurs.
Mais le pis est mariage : m'en passe.
Reboursez tous quoy que l'on vous en dyc, Car on n'aura beaucoup de vous mercis.
Ronde n'y vault nen plus que en Lombardie.
Eschec, eschec pour ces coffres massis !
De gros barreaulx de fer sont les châssis.
Puisque à Gaultier si serez ung peu mieulx, Plantez picons sur ces beaux sires uieulx.
Luez au bec, que roastre ne passe, Et n'abattez de ces grains neufz ou viculx.
Mais le pis est mariage : m'en passe.
Que faictes-vous ? toute menestrandie.
Antonnez poix et marques six à six
Et les plantez au bien en paillardic.
Sur la sorne que sires sont rassis,
Sornillcz-moy ces georgetz si farciz,
Puis eschequez sur gourds passans tous neufz.
Si scyme oyez, soiez beaucoup brouculx ;
Plantez vos histz jusqu'elle repasse,
Car qui est grup, il est tout roupieulx.
Mais le pis est mariage : m'en passe.
ENVOI
Prince planteur, dire verté vous veulx :
Maint coquillart, pour les dessus dis veulx Avant ses jours piteusement trespassc Et à la fin en tire ses cheveulx :
Mais le pis est mariage ; m'en passe.
Ballade VIII.
Vous qui tenez vos terres et vos fiefz Du gentil roy Davyot appelé, Brouez au large et vous esquarissez Et gourdement aiguizez le pellé
Pour les esclas qui en peuvent issir.
Regardz ce jour où l'on fait maint souppir, Ajuicz, taillez et chaussez vos besicles.
Car en aguet sont pour vous engloutir Anges bossus, rouastres et stariclcs.
Ballade VII.
A l'èchafaud, la gravd' place gaudie
OU gens sont cois et hagards au col pris
Noces ce sont, c'est belle mélodie.
Là sont hâbleurs au plus haut bout assis ;
Et détrousseurs d'oreilles circoncis,
Ont pour supptice, en ce jour gracieux,
Danse plaisante et mets délicieux.
Car propre à rien n 'y trouve longtemps grâce,
Le veuille ou non, sera des hauts messieurs.
Mais le pis est pendais m, je m'en passe.
Sauvez-vous tous, çtui que l'on vous en die, Car on n'aura beaucoup de vous mercis.
Pendre ne vaut plus qu'or de Lombardie.
Echec, échec, gare aux cachots massis !
De gros barreaux de fer sont les châssis.
Gueux des chemins vous serez un peu mieux, Pour agripper beaux ùcus précieux.
Veilles au cas que le roueur ne passe, El ne montrez ces grains d'or neufs ou vieux. Mais le pis est pendaison, je m'en passe.
Que faites-vous .' Chansons de gueuserie.
Entez voleurs et flics six à six, Et laissez les heureux en paillardie.
Sur le soir quand pendus sont secs, rassis, Dépouillez-moi les pourpoints bien farcis Puis détales, vos souliers n'étant vieux.
Si guet oyez, disparaisses, ombreux ; Demeures cois, attendant qu'il repasse.
Quiconque est pris en devient tout piteux.
Mais le pis est pendaison, je m'en passe.
ENVOI
Prince trompeur, vous dire vrai je veux.- Maint pèlerin pour avoir fait tels vœux Avant le temps piteusement trép.tsse Et pour finir s'arrache les cheveux:
Mais le pis est pendaison, je m'en passe.
Ballade VIII.
Vous qui tenez vos terres et vos fiefs Du gentil roi qui David est nommé, Fuyez au large et disparaisses, brefs, Que vivement chemin soit arpenté
Pour les éclats qui peuvent en sortir.
Craignez le jour où l'on fait maint soupir, Ajustes donc besicles nécessaires Car aux aguets sont, pour vous engloutir, Sergents malsains, roueurs et leurs sicajrcs.
LA PLUME
Croqueurs de pain et plommeurs affectez, Gaîgneurs aussi, vendangeurs de costé, Bélislricns perpétuels des prez, Qui sur la roc avez lardons clamez En jobelin, où vous avez esté Par le terrant, pour le franc ront quérir, Et qui aussi, pour la marque fournir, Avez tendu au pain et aux municles :
Four tant se f jnt adoubter et cremir Anges bossus, rouastres et staricles.
Rouges goujons, fargez, embabillez.
Quant abrouart sur la sorne a brouez,
Gueulx gourgourans p ir qui gueulx sont gourez,
Luez les sous et si tastez les coys.
Qu'ange n'y ait des claves empouè
En cestc vergne où v>stre an veult loirrir.
Car des sieurs pourriez bien devenir
Si vous estiez happez en tels bouticlcs.
Pour tant se font ataster et cremir
Anges bossus, r «uastres et staticîcs.
ENVOI
Punce planteur et bailleur de saffirs.
Qui sur les dois fais la perle blandir, Belislricns. porteurs de veronicles, Sur toutes riens doivent telz gens crémir Anges bossus, rouastres et staricles.
Ballade IX.
Ung gier coys de la vergne cygault Luay l'autrycr en boitant à la loirre, Ou gitremeuton macquilloit riffault.
Et tout à cop veis jouer de l'cscoirrc Ung macquereau à tous deux grappclins, Brouant au bay à tous deux walequerins, Pour avancer au polliceur de pye.
Gaultier lua la gnuldouse gaudye ; Et le macquin, qui se polyt et coins;c, Babille en gier, en pyant à la fyc, Pour les duppes faire brouer au mynsse.
Après mollcr, luay ung gueulx qui vault
Pour miculx hyer desriver la couloire ;
C'est pour livrer aux marques ung assault
Et massement maquiller à l'équerre.
Puis, dist ung gueulx, j'ai paulmé deux florins.
L'autre pollist marlins et dollequins.
Et la marque, suivant le gaing choisie,
Adraguc en gier, puis dit : * Le miculx fournie !
« Picquons au veau ! Saint-Jacques, je m'espince.
« Eschccquer faut quant la pye est juchie,
« Pour les duppes faire brouer au mynsse.
Puis, dist un gueulx qui pourluoit en haut :
« J'ai jà paulmé tout le gaing de machoirre ;
« Et m a joué la marque du giffault ;
« J'en suis mieulx piins que voilant à la foyre ;
« Elle est brouée entre ses arlonyns ;
« C'est tout son fait d'engaudrer les gaudins
* A hornangier, ains qu'elle soit lubie ;
« De la hanter ma feuille est desgaudie
« Quant de gaing n'ay plus vaillant une saince ;
« Mais toujours est gourdement entrongnie
« Pour les duppes faire brouer au mynsse. *
ENVOI
Prince planteur, quant vous sauldrez la hye,
Mangeurs d'hostie et dévots affectes, Voleurs fouillant les poches de côté, Gueux, mendiants perpétuels des près Qui, sur la roue aiguë avea clamé En jobelin, où vous avea été Par tous pays pour l'argent franc quérir Et pour pouvoir la fille entretenir, Eules pain sec, menottes tortionnaires :
C'est vous que font et rougir et pâlir Sergents malsains, roueurs et leurs sicaires.
Rusés garçons, fardeurs qui bien parle»,
Quand le brouillards sur le soir est tombé,
Gueux grommelants par qui gueux sont gourés,
Ouvre» l'ouïe, explorée coin caché.
Se rgent ne soit avec liens installé
En cette auberge où votre art veut fleurir
Car longs pendus pourries bien devenir
Si uous ètie» happés en tels repaires.
Pour quoi se font redouter et sentir
Sergents malsaius, roueurs et leurs sicaires.
ENVOI
Prince trompeur et vendeur de saphir Qui sur les doigts fait la perle blanchir, Bons imposteurs, porteurs de reliquaires, Sur tout, sur rien, doivent tels gens frémir, Sergents malsains, roueurs et leurs sicaires.
Ballade IX.
Une tonnelle à la villa-ribaud
Vis l'antre hier, chassant à grand mystère,
Où largement on mangeait souper chaud.
Et, tout-à coup, vis, jouant de l'àquerre,
L'entremetteur avec deux brocs de vins
Fuir sous le nez de deux fins argousins
Prêts à pincer qui prend vin par magie.
Lui d'aviser lieu de joyeuse vie,
Et le mignon qui s'attife et se pince,
De jargonner tout en calmant pépie,
Pour dupes gras faire réduire au mince.
Après manger, vis un mâle faraud,
Pour mieux entrer, lâcher sa ventrière ;
C'est pour livrer aux filles un assaut
Et rudement travailler de l'arrière.
Puis, dit un gueux, j'ai tâtè deux florins.
L'autre polit marteaux et dague à mains.
El la fille, suivant le gain choisie,
Boit à gogo, puis dit : « La mieux fournie !
« Piquons aux champs ! Saint-Jacques, je m'èvince.
« S esquiver faut quand boisson est finie,
« Pour dupes gras faire réduire au mince.
Puis, dit un gueux qui surveillait en haut :
« J'ai dépensé salive toute entière
« Tant a rué la fille au joufflu chaud ;
« Je ne vaux mieux que vieille nippe à terre ;
« Elle a mouillé gaaon de ses jardins ;
« C'est tout son jeu d'exciter les badins
« A l'enfourcher selon qu'elle est nantie;
«, De la hanter ma bourse est dègaudie,
« Quant à l'argent, n'ai vaillant une pince ;
« Mais fine elle a visage à comédie
« Pour dupes gras faire réduire au mince. »
ENVOI
Prince paillard, quand sortes donne-vie,
LA PLUMË
Luez la gruis s'ellc est desmaquillie, Et retraitez se le bizouart saince, Ou qu'elle soit de l'assault de Turquie Pour les duppes faire brouer au mynsse.
Ballade X.
Brouez, benards, cschequez à la saulve, Car cscornez vous estes à la roue.
Fourbe, jonchour, chacun de vous se saulve.
Eschec, eschec, coquille ne s'enbrouc !
Cornette court nul planteur ne se joue.
Qui est en plant en ce coffre joyeulx, Pour ces raisons, il a, ains qu'il s'escroue, Jour verdoiant, havre du marieux.
Maint coquillart, escorné de sa sauve, Et desbousé de son cuer ou sa poue, Beau de bourdes, blandy de langue fauve, Quidam au ront faire aux gremes la moue, Pourquarro bien, afrin qu'on ne le noe.
Couplez vous trois à ces beaux sires dieux, Ou vous aurez, on le rnffle en la joue, Jour verdoiant, havre du marieux.
Que stat plain en gaudie ne se mauve.
Luez au becq que l'on ne vous encloue.
C'est mon advis, tout autre conseil sauve, Car quoy [ aulcun de la faulx ne se loue.
La fin en est telle qu'elle deloue.
Car qui est grup, il a, mais s'est au mieulx, Par la vergne, tout au long de la brouc, Jour verdoiant , havre du marieux.
ENVOI
Vive David, saint prchquant, la baboue, lehan mon amy — qui les feuilles desnoue.
Le vendangeur, beffleur comme une chouc.
LOing de son plain, de ses flots curiculx, Noue beaucoup, dont il reçoit fressoue, lour verdoiant, havre du marieux.
Ballade XI.
Ce devers coys, par un temps de vernas,
Veiz abroucr à la vergne cygault
Marques de plant, dames et audinas,
Et puis marchans tous telz que au mestier fault.
Gueulx affinez, allegrucs et floars, Mareux, arvés, pimpres, dorlotz et fars, Qui, par usaige, à la vergne jolye Abrouerent au flot de toutes pars, Pour maintenir la joyeuse folie.
Pour mieux abbatre et oster le brou II as, Adraguerent de guoble maint crupault, Du rumatin. et puis mol sucre gras, Truyc maris, sans avancer ravault.
Babillangier sur tous fais et sur ars, Tant qu'il n'y eust de larton sur les cars, Brocquans, dorlotz, grand guain, aubefloryc, Que tout ne fust desployé et en pars, Pour maintenir la joyeuse folie.
Pour mieulx polir et desbouser musars
On polua des luans bas et hault
Tant qu'il n'y eust des vivres en carias.
Voyez de près si la fille est salie, Et rengainez si flux souille province, Ou qu'elle soit de l'assaut de Turquie Pour dupes gras faire réduire au mince.
Ballade X.
Fuyez, benêts, gagne» la forêt chauve, Car écornés rous sériée par la roue.
Fourbe, trompeur, chaenu de vous se sauve.
Echec, échec, voire barque n'échoue !
Au chef du guet nul voleur ne se joue.
Quiconque est mis en ce cachot joyeux Pour ces raisons a, dès lors qu'on l'écroue, Jour verdissant, hâvre, gibet hideux.
Maint propre à rien apprauvri de sa sève, Le cœur navré, le bras privé de proue, Beau d'astuce, brûlé de langue fauve, Craignant en rond faire au gibet la moue, Répond à tout afin qu'on ne l'y noue.
Volée à trois beaux écus précieux Ou vous auree la rafale en la joue, Jour verdissant, hâvre, gibet hideux.
Qui vit son plein, gai, reste éti son alcôve. Veillez de près, qu 'aux fors on ne vous cloue. C'est mon avis, toute autre raison sauve, Car las ! aucun de la faux ne se loue.
La fin suffit pour qu'on la désavoue.
Quiconque est pris a, mettant fout au mieux, Par le charnier oit le temps vous ébroue, Jour verdissant, hàvre, gibet hideux.
ENVOI
\ive David, saint danseur, fait la moue, lean mon ami — qui les bourses s'alloue, lt'escroc, trompeur comme chouette qui floue, LOtn de la plaine et des gens curieux, Nage au plein air et reçoit veut qui frotte, lour verdissant, hâvre, gibet hideux.
Ballade XI.
Au susdit clos, quand d'hiver on est las, Vis arriver à la villa-ribaud Filles de prix, dames, gens d'embarras, Et tels marchands qu 'en notre métier faut.
Gueux affinés, allègres et pendards, Marauds, noceurs, pimpants, falots gaillards. Qui, sehn lus à l' auberge jolie, Accoururent à flot de toutes paris, Pour maintenir la joyeuse folie .
Pour mieux abattre et dissiper frimas, Entonnèrent au gobelet maint pot, Du rumatin et bonbons, sucre gras, Poisson de mer sans mettre ligne à flot.
On babilla sur tous faits, sur les arts, Tant que Ton eut du pain dans les placards; Bijoux, rubans, argent blanc, lingerie, Tout, déployé, fut mis en justes parts Pour maintenir la joyeuse folie.
Pour mieux voler et débourser musards, Ou sut piper les dés en bas, en haut, Tant qu'il resta des vivres sur les chars.