LES SALONS DE
Aux Champs-Elysées
En vue de l'Exposition de Chicago, le Comité a convié tout le ban anglo-américain, annonçant à ki foule étonnée l'avènement glorieux du cosmopolitisme. C'en est fait du triomphe « art-français » tant chanté sur la Lyre des Patriotes ; dans une de ses plus imposantes manifestations, chez lui-môme, le voila débordé : la concurrence étrangère va s'imposer, Messieurs de la peinture !
Nous en plaindre 'i Oh ! que non. Ils ont du bon, ces petits anglais qui vous torchent gentiment un paysage a la Whistler, ces américains dont les marines vigoureuses et enténébrées sentent le vent du large, ces suédois-nouveaux-venus dont l'inspiration semi-hollandaise évoque l'ombre du maître de Haarlcm, avec leurs toiles pleines d'émotion, où la nature, dans une teinte presque mystérieuse, vibre et s'agite, et dont le souvenir vous poursuivra, et dont vous rôverez « solitaire, par les crépisculcs pales, dans les automnes froids déjà, surtout en ces jours d'averse où le moi frissonnant retrouve auprès des toiles du peintre taciturne Jusqu'au sombre plaisir d'un cœur mélancolique''... » (1) Ils ont du talent ces envahisseurs, ils le font bien voir, et je ne sais pas jusqu'à quel point l'Kcolc du Bord de l'Eau a le droit de s'en ennorgueillir.
Ce n'est pas en ces quelques lignes que je puis étudier par le menu une somme aussi considérable de toiles. Si je m'en tenais aux seules vraiment dignes d'éloges je n'en causerais pas. Retirons d'abord les énormes tartines, peintes au décamètre, des industriels du lieu, après avoir brièvement cité — j'ai le malheur d'être un sensilif — les Conquérants de M. Pierre Fritel. dans une sorte de vallée apocalyptique, au milieu d'une nuit incommensurable, qui ne sont pas sans causer une impression de stupeur, la sortie de la garnison de Huningue (émoi patriotique et naïf chefd'œuvre) de M. Edouard Détaille, où défilent, tambour en tète, des soldats qui rappellent cette définition des légionnaires romains <t énergiques et réfléchis, incapables d'enthous r asme, mais endurcis à toutes les fatigues, sobres, obéissants, courageux, ils ont conquis le monde et sont rentrés chez eux n'ayant pour toute richesse que le nom de citoyen...» (2)
(I) Raymond Uouyer, Paijsujc ni.vique, Jakob cun Jiutiyxlel.
W Maxime Rigault.
L'Entrée de Louis X/ à Paris (curieuse archéologie) de M. Tattegrain, Paris conviant le monde à ses fêtes (belle affiche bleue de Chéret) par M. Benjamin Constant, les Conspirateurs d'une malicieuse chuchotterie, de M. Jean-Paul Laurcns, le corps de Marceau rendu à l'armée française, où Hotte une attente solennelle, par M. Geo.
Roussel, le Réve de Car peaux, de M. Albert Maignan, qui. s'il ne rappelait par trop le Beethoven endormi du Musée de Vienne, serait un tableau à admirer, quo qu'endiseM. Emile Bergerat dans sa critique du Figaro.
Puis un radeau de Francs d'une jolie facture, de M. Luminais, avec une sorte de chef hiératique qui domine l'ensemble, un énorme Ciel d'Hotelde-Ville de M. Moreau-Neret (ne pas confondre avec La Danse à travers les Ages de M. Morcau de Tours, qui nous avait habitués à des toiles plus personnelles), l'Olympe mythologique de M. François Klameng, bien de convention, trop, hélas ! pour le peintre de la belb enfance du Christ aux tons levantins qu'on trouve dans une salle voisine, si particulière d'aspect et de couleur, Arius au Concile de Aicée, de M. Paul Sallé, monstrueux entassement, en quelques mètres, de personnages grandeur nature.
Nous avons devancé, en pressant le pas, les flots de la goujaterie contempora'ne,qui s'extasie longuement devant le Guêpier du peintre de toiles cirées qu'est M. Bougucreau. Bon Dieu ! qu'elle est jolie, votre jeune fille demi-nue se défendant contre l'essaim des amours. Est-elle rose, est-elle blanche, est-elle passée à la pierre ponce! Ah ! M. Bouguercau, les femmes ne rêvent plus que bains de lait, frictions de crème, onctions de parfums, et meurent de dépit de; ne pouvoir posséder un si mignon nombril. Je vous vois d'ici, travaillant avec votre œil brillant, la langue sur le bord des lèvres, délicieusement ravi vous-même de pouvoir loucher, même du bout du pinceau, d'aussi exquises choses! « Ses Vénus sont innombrables : naissance, toilette, bain, jeux, il a pris et repris cent fois ce sujet, toujours nouveau et toujours varié, montrant une dextérité et une aisance inouïes à mettre en œuvre le matériel mythologique : amours potelés, draperies aux cassures luisantes, guirlandes de fleurs, couples de colombes, nuages propices aux poses voluptueuses. Comme il a su en jouer de ces illusions charmantes ! Ses petits génies sont à croquer ; au reste, il semble bien qu'il aimait beaucoup les enfants et on n'en fit jamais de plus beaux que les siens. Lors même qu'il est Jas de peindre la
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femme, l'enfant lui rend toujours la vivacité et l'entrain... Après les amours des déesses, ceux des bergères. Mais je ne connais rien de plus franchement ennuyeux et, généralement, de plus rflal peint que ces pastorales. De telles fadeurs nous dégoûtent : le XVIII P siècle les vivait: seigneurs et grandes dames jouaient la comédie :
« Amusons nous. Sur la terre et sur l'onde Malheureux qui se fait un nom.
Richesse, honneurs, faux éclat de ce monde, Tout n'est que boules de savon... »
On pourrait croire que c'est de M. Bouguercau que parle ainsi M. Maxime Rigault : non c'est de François Boucher.
Et nous sommes arrivés au Portrait de M. Renan, dont on cause beaucoup et qui est de M. I.eon Bonnat. Je ne discuterai pas la science du peintre, elle est avérée et de bon aloi. Pourtant, combien je préfère ces deux portraits de Roybet, qui garnissent la cimaise à quelques pas de là ! Combien je préfère, à pontife égal, dans une autre salle, le merveilleux portrait du Léon XIII que M. Chartran a été brosser l'année dernière au Vatican ! Certes ! la ressemblance de celui du Collège de France est parfaite, c'est bien lù son attitude ordinaire de poule qui va pondre, sa fausse bonhomie, sa fausse grâce essoufflée de ruminant spirituel, sa fausse onction de regard... J'allais dire son faux ventre ! Oh ! que non, pour le ventre, il est bien vrai : c'est la seule chose réelle qui reste en l'homme. Kt c'est pourquoi sans doute le Léon XIII, qui n'est que malicieux, me conquiert plus facilement.
D'aucuns, qui essaient d'être eux et ne le sont qu'à demi — mais tenons compte au moins de l'effort — réussissent à faire reculer d'horreur les bourgeois amis de M. Bouguereau. Voici un renouveau de M. Franc Lamy délicieusement peint, avec son atmosphère vibrant de pr intanières effluves, avec des formes flottantes de femmes inespérées, dans l'entre-grillement d'une clairière où les futs d'arbres rectilignes coupent agréablement le fond. F.t tout cela est maçonné d'une solide lumière qui ne noircira pas avec le temps, soyez en sûrs. Mais voilà : c'est du Puvis de Chavannes et nous goûtons une tranche du Bois sacré cher aux Arts et aux muses. L'influence d'un maître aimé s'y fait incontestablement sentir.
J'observe la même allure, mais je sers la même admiration, à la toile de M. René Ravaut :
Nau frage de saint Paul à l'Ile de Malte.
La teinte y est savamment conduite, et point banale, soul gnée d'un vigoureux trait de bitume. Le portrait en pied de la jeune dame à la robe verte, du même, indique un esprit absolument maître de lui. — Je saute de ci de là, d'une salle à l'autre, ne m'arrôtant que devant une composition intéressante. Fn voici une : La Place Clichy
far un temps de pluie, de M. Abcl Truchct.
nut le de demander si l'auteur est Montmartrois, pour avoir su rendre avec autant de vérité, et en même temps de nouveauté, l'expression « familière » de ce carrefour.
Parmi les grands tableaux, un paysage étonnant de clarté et de savoir, signé M. Le Liepvre.
Ah ! c'est une des bonnes pièces, et je m'y suis longtemps arrêté, muet et songeur, transporté je ne sais où, par delà nos gènes citadines, au milieu de la sereine quiétude de ce coin de nature, sur les ailes de la brise et de la rêverie. Je ne m'en arrache que difficilement pour citer au passage une Fuite en Egypte de M. Albert Laurcns, obscure et inquiète, avec une tournure un peu archaïque, et plus loin, violente antithèse ! un curieux paysage irradié de soleil, aux bords de l'Adriatique sans doute ou d'une mer bien bleue (je ne consulte jamais le livret) signé de M. Gagliardini. Dans le même ca- de jolie science lumineuse, M. Raymond Allègre expose A Ville franche sur mer.
l'nc délicate jeune femme, est-ce un portrait, est-ce une allégorie, de M. I^ird, est pleine de charme, sous les voiles de deuil qui laissent entrevoir sa chair où s'épandent des roses rouges. Même impression de grâce rêveuse pour ce sujet emprunté au Passant de Coppéc, par M. K.
Dupain, dans une nuit bleue et parfumée... La jeune fille assise à son clavecin, sous la flamme d'une lampe, avec sa naïve coloration violette et dans le feu de Y Improvisation, me force à complimenter Mademoiselle Camille Berlin. De curieux tableaux, bien œuvrés, de MM. Gaston Bussicrc (La mort des Preux), Lucien Berthault (Phœbc s'éveille), R. Collin (Au bord de la mer) et un très doux panneau de A. Calbet, printemps, où une guirlande de femmes rieuses danse la farandole de la jeunesse et de l'amour.
Ailleurs, M. Jean Vebernous montre St-Simèon Stylite préchant au sommet de sa colonne. La composition est rare et mérite d'être énumérec. Est-ce au fond des sables de Lybie, est-ce dans le grand désert Persique, ainsi que semblent l'indiquer les Ecritures!' Une foule attentive, noyée d'ombre, se presse parmi les cités en débris, dans lesquelles flotte seulement I'oubl' des hommes, mais non ' a désolation terrifiante des choses éternellement mortes. Tels les vestiges de la vieille Thadmor aux fabuleuses origines. Kt, encore de nos jours, perdue au sein de son désert de sable et d'incendie « au milieu d'une féconde oasis, égayée de source et de palmiers, Palmyrc étend ses ruines. Ouand les caravanes vont de Damas, le paradis des croyants, à Bagdad, la ville des millc-ct-une-nuits, elles passent par l'ancienne Thadmor, Elles s'3S3cyent au bord des fon:aincs, sur les colonnes brisées, sur le reste de ce beau temple du Soleil dont les débris annoncent ce que fut autrefois la cité de Zénobie...» (l) telles cettefoule étrange au milieu des étranges ruines de M. Jean Vebcr.
Parlerai-je des nus, des femmes Echos de M.
Jules Verdier, de la débauche de dos féminins qui régne un peu partout, de la superbe dame du monde aux fesses rouges de M. Doucet ? J'ai déjà énoncé depuis longtemps ce que j'en pensais. L'œuvre doit développer une émotion intime, l'élévation d'âme, la rêverie, et tout ce que fait surgir l'évocation de la <<, beauté », qui participe de la couleur et de la forme — La couleur s'obtient par une opposition heureuse des teintes
(i) lî. Lcdrain, Les Antiquités Palmyréti ieti nés.
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ou un fondu général selon Vidée du peintre. — La forme ne s'obtient pas seulement par une harmonie des courbes et des modelés, mais aussi par la hardiesse ou la vigueur des contours, et il est parfaitement ridicule de ne voir de beauté de formes que dans la femme. Un cheval haut musclé, le garrot solide, l'œil allumé, la crinière au vent, est souvent plus beau, pour ne pas dire toujours. — Ceci n'est pas une hérésie. La beauté participant de la forme et de la couleur, comment admettre une chose perpétuellement fine de modelé, blanche et rose de teintes, dans n'importe quelle pose plastique, si ce n'est par l'effet intime que cela produit sur nos sens? Je prétends donc que cette beauté n'est pas celle d'une adm ration absolument pure et artistique, et que l'influx de nos sens s'y trouve pour beaucoup. Les artistes qui prétendent ne trouver la beauté de la ligne que dans la femme nue ne réfléchissent pas qu'ils obéissent à un sentiment de sexualité dont ils ne peuvent se débarrasser. Pour preuve, je n'en veux que leur négation absolue de ligne pour l'homme, dont la richesse plastique est cependant indéniable et superbe, quelquefois de beaucoup supérieure par son ampleur musclée à la grâce molle de la féminité — richesse plastique de l'homme que d<>s femmesartistes, obéissant elles aussi à cette inconscience de sexualité, mettront bien au-dessus de la beauté de la femme.
Les Anciens, qui comprenaient leur affaire, alliaient ces deux sources d'admiration, et sur un corps d'éphebe posaient une tète de femme.
L'androgync de Praxitèle est belle sans attrait vénérien, voila ce qu'il faut comprendre, et même en leur mettant les points sur les i, il est impossible de faire comprendre aux jeunes hommes que leur joie se déplacerait s'ils étaient femmes. D'où succès constant de ces nudités ; plus elles s'approchent de la réalité charnelle, mieux elles valent: il n'y a qu'à copier la nature...
Quoique cela, j'avoue qu'il y a du talent dans certaines natures-mortes ou bibelots. Témoins les tableaux des trois Ha I : le père et ses deux fils, Joseph et Franck. Ou bien encore les portraits, et on en rencontre de fort jolis, un peu disséminés, de Fernand Delaunay, R. Lotthé, Carlisle, Tournicr, René Ravaut, Jules Aviars. Et quelques scènes de genre, çà et là. — M. Cormon, qui semble s'être cantonné dans les représentations de l'ère gauloise, de I âge de pierre et de l'âge de fer, est resté de son avis en donnant les funérailles d'un chef, où le susdit va être calciné au sommet d'un bûcher en compagnie de son cheval. Mais il n'est plus seul : regardez M. Charrier, avec l'âge de la ficelle, cette charrue préhistorique, que t rent, au fond d'un ravin sans air, trois hommes à crêtes rouges. — M. Vibert, qui ne se complaisait qu'en la compagnie des moines joviaux et bons vivants, a fait du rose, voici des médecins, mais voici surtout un polichinelle assez drôle, vexé d'avoir répandu cet excellent vin <t qui réjouit le cœur de l'homme ^>. — Une b . Ile œuvre de Léon-Germain Pelouse, déjà prcsenlée à l'Exposition de l'Ecolcdes Beaux-Arts. — Un Des Grieux et Manon Lescaut plein d'émotion, et vraiment d'une intense expression en sa
simplicité de décor, de M. Lcloir. — Et une petite batterie d'artillerie sur route de M. Voirin. Malheureusement un peu raide.
Ai-je oublié M. Henri Martin ? Non pas, je le gardais plutôt pour la bonne bouche, car il est un des rares qui m'aient étonné parmi tout ceci. Je ne m'explique même pas comment les bourgeois picturaux du sacro-saint-jury ont pu l'admettre. Prenez Pissaro, prenez* Schuffeneker, prenez Van Gogh et vous n'aurez pas l'étrangeté de rêve lumineux auquel a pu atteindre M. Henri Martin avec ses deux toiles, dont je relèverai surtout l'Homme entre le vice et la vertu. Ce qu'on l'a blaguée, cette pauvre toile ! Il ne pouvait en être autrement. Combien sont-ils actuellement ceux qui tiennent compte du vouloir » artistique et de la« maçonnerie » picturale. Tachistes, impressionnistes, les mots ne signifient rien : Considérez l'œuvre, et devancez par la pensée notre époque de cinquante, de cent ans. Le culottage du temps aura fondu les teintes, estompé les arêtes, mais la lumière, ancrée à jamais dans ces superpositions chimiques de certaines couleurs, y flottera, éternelle. Et de ces œuvres tant ridiculisées resteront des morceaux de rois.
J'aurais voulu voir, à côté de M. Henri Martin ce Christ aux outrages de Henry de Groux, qui aurait eu le don de faire hurler la foule idiote. J'aurais été heureux d'admirer cette Vierge d'Adolphe Willette que le Jury, dans son étroitesse de vision, a eu l'imbécilité de refuser. C'est à pouffer de rire, vraiment : « Suis-je peintre, ou ne le suis-je pas ? — Si oui, je conna ; s moi. métier, et peu vous importe de quelle façon j'ai traité un sujet rebattu. — Si non, pourquoi en des Salons précédents m'accordez-vous une distinction honorable, pourquoi m'avoir admis ? Pourquoi détruire vous-même le brevet de peintre que vous m'avez décerné ? » Je crois plutôt, Willette, qu'ils ont refusé ton tableau en sentant combien tu leur étais supérieur. Conçois-tu leur honte au-dessous de ta gloire r... puisqu'ils prétendent exclure quiconque apporte « une formule nouvelle, mérite vrai dans l'Art qui est forcément une abstration, qui se renouvelle sans cesse en observant tour à tour un des côtés de la nature infinie, dans l'Art, où l'on ne peut s'écrier Tout est dit ! jamais... » (i )
Descendons à la sculpture. Petit côté : des statuettes en bronze, cire rouge, cire perdue, terre cuite, des médaillons de divers, entr'aulr.-s de Wipff : le docteur Kœnig, Chanteclair, El : e Lerov et m'ssC.L.E, un bien beau de Makennad ; des bustes, dont un superbe de madame Laure Coutan, un de Came!, etc. Grand côté, plusieurs efforts à regarder soit pour la robustesse, soit pour la rareté du travail : une énorme Jeanne d'Arc à cheval, sur laquelle M. Roulleau a bien dù peiner quatre ou cinq ans au moins ; une Salammb) en deux marbres par M. Barrau ; un Saint-Jérôme au désert en bois rouge.de Savine; une Cléopàtre couchée de M. Syamoux ; une Source limpide de Mme Laure Coutan ; un bas-relief équestre de Frcmiot : le Connétable Olivier de Clisson <v figure puissante et tragique, profondément creusée, avec des mâchoires mas-
(l) Riymjnd Bîuyer, Le Paysage Rustique.
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sives, le regard menaçant, triste et méprisant..»; un beau corps de femme endormie, symbolisant Le Repos, de M. Boucher, un autre de M. Moreau- V'aulhicr ; un groupe Victoire de M. Jean Hugues, un autre, très puissant, du Déluge, par M. Paul Capellaro ; le Combat de Tigres du maître animalier, j'ai nommé Cain ; une Andromède enchaînée de Blanchard, puis deux curiosités dej. L. Gérome, en marbre teinté Pygmalion et Galathèe, et une statuette, baptisée d'un nom grec quclconquc,(i)qui hurle au ciel en brandissant un glaive et une rondache, en ivoire et bronze coloriés.
Jamais je n'ai tant ressenti l'ennui d'une telle agglomération de produits artistiques. Tous les genres s'y coudoient, s'y amalgament, et rien de nouveau ne parait. Les quelques tentatives sont amoindries par le milieu ambiant, les bonnes volontés sont écartées systématiquement ou honnies par la masse, et on sort de là persuadé, une fois de plus, que l'art ne s'impose pas, il se goûte, que la foule n'apprécie pas, elle suit...
Léon RIOTOR.