LOUIS THUASNE
Au xive siècle, Jacques de Cessoles intercalait cette anecdote dans son Liber Scachorum qui fut traduit en français, à peu près à la même époque, par Jean de Vignay et par Jean Ferron. Bien que Jacques de Cessoles se soit contenté de démarquer le texte du Polycralicus, il n’en déclare pas moins lenir son récit de saint Augustin. Comme dans le Polycralicus, le nom du pirate est «a Dyonides ».
La traduction de Jean Ferron donne toujours, comme l'original de Jacques de Cessales « Dyouides » ; au contraire, Jean de Vignay l'appelle, comme plus tard Villon, « Diomedès ». Toutefois, dans le texte latin de Jacques de Cessoles, de même que dans les deux traductions françaises, les idées contenues dans le huitain XIX ne se trouvent pas rendues, alors qu'elles le sont dans le texte latin du Polycralicus et dans la traduction française de ce dernier ouvrage faile au quatorzième siècle par Denis Foullechat.
11 résulte de ces différentes remarques que Villon a suivi soit le texte latin, soit la traduction française du Polycraticus, de même qu'il a connu la traduction française du traité de Jacques de Cessoles faite par Jean de Vignay. Mais, si Jacques de Cessoles avait déclaré — à tort — lenir son récit de saint Augustin, Villon lui aussi, sans plus de raison, croyait devair attribuer le sien à « Valère le Granl». Cette dernière méprise peut sans doute s'expliquer ainsi. La plupart des exemples cités par Jacques de Cessoles dans son Liber Scachorum (ainsi que dans les traductions françaises) sont empruntés à Valère Maxime. Il est vraisemblable que Villon, qui écrivait de mémoire, aura par erreur attribué la paternité de ce récit à «a Valere le Grant » parce que ce dernier nom, qui revient sans cesse sous la plume de Jacques de Cessoles, l'avait plus particulièrement frappé.
Pour l'intelligence des remarques qui précèdent, je donne successivement d'abord le texte de Villon, puis ceux de Cicéron, de saint Augustin, de Cæcilius Balbus, de Jean de Salisbury, la traduction frauçaise du Potyrralicus, le texte latin de Jacques de Cessoles, et les deux traductions françaises de ce passage.
1! n’y aura plus eusuite qu'à tirer la conclusion qui se dégage de la comparaison de ces differents morceaux.
1. Bibl, nat., fr. 978, fol, Ta; id ; 8ld ; S?a ; « Valerien racompte » ; — fol. 89a; 894 ; « Valerien le Giant », etc.
Tete de Villon.