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François Villon et ses légataires

Parmi nos vieux poètes, il n'en est pas dont la destinée excite autant la curiosité que celle de Villon, Pécolier du xv'' siècle. Cet auteur, en nous révélant quelques-unes des plus tristes circonstances de sa vie, semble pris dans son dernier ouvrage d'un si vif regret de sa « jeunesse folle », ses sentiments sont exprimés d'une façon si touchante qu'on ne peut se défendre d'une certaine sympathie pour lui. On voudrait avoir des renseignements plus précis sur cette existence dont on ignore la durée, savoir enfin s'il était véritablement aussi coupable qu'on s'est souvent plu à le croire. Nous avons entrepris déjà depuis longtemps des recherches à ce sujet aux Archives Nationales, en vue d'une édition que nous espérons publier bientôt, et bien qu'elles n'aient pas eu tout le succès que nous souhaitions, nous croyons pouvoir en faire connaître dès à présent les principaux résultats.

Les biographes de Villon se préoccupent tout d'abord de connaître son nom de famille. Pendant plus d'un siècle, on ne paraît pas avoir douté que Villon n'ait été son véritable nom ; mais il faut dire qu'au xv!*^ siècle, les savants s'occupèrent peu du malheureux poète. Ce n'est qu'en 1 599 qu'apparaît pour la première fois la question du nom de Villon, dans le passage suivant du président Fauchet : « Maistre François Corbueil <c fut surnommé Vuillon pour les tromperies qu'il fit en sa vie, l'épitaphe <c duquel j'ay dans un de mes livres escrit à la main qui dit :

Je sui Françoys, dont ce me poise.

Nommé Corbueil en mon surnom, Natif d'Auvers emprès Pontoise, Et du commun nommé Vuillon.

Or, une corde d'une toise, Sçaliroit mon col que mon cul poise.

Se ne fut un joly apel.

Le jeu ne me sembloit point bel '.

Cette épigraphe, ou plutôt cette épigramme, au sens ancien du mot, semble, on le voit, n'être qu'une amplification du quatrain suivant :

Je suis Françoys, dont ce me poise, Né de Paris emprès Ponthoise; Qui, d'une corde d'une toise, Sçaura mon col que mon cul poise,

qui se lit dans toutes les anciennes éditions de Villon.

Fauchet n'a pas converti tout le monde à son opinion. Le Père du Cerceau attaqua en 1725 avec une certaine vivacité l'authenticité de l'épigramme, en raison de l'entrelacement des rimes masculines et féminines qui s'y remarque, et dont l'emploi régulier est bien postérieur, suivant lui, à Villon ^ ; mais son objection tombe nécessairement si l'on observe, avec M. Antoine Campaux 5, que cet entrelacement se retrouve dans plusieurs des ballades de Villon, et notamment dans la requête au duc de Bourbon. Dans notre siècle, Daunou a également contesté le nom Corbueil 4 et tout récemment encore P. Jannet se rangeait à son sentiment en formulant une nouvelle objection contre le huitain publié par Fauchet. « Une preuve certaine^, dit-il, de la composition tardive de cette )) pièce, c'est qu'on ne trouverait probablement pas dans la seconde )) moitié du xv' siècle, et certainement pas dans les œuvres de Villon, )) un huitain dont les rimes soient distribuées comme dans celui-là. » Et, en effet, tous les huitains de Villon riment 1-3, 2-4, 5-7, 6-8, tandis que dans celui de Fauchet, les quatre derniers vers riment 5-6^ 7-8. « Les faussaires, conclut-il, ne pensent jamais à tout 5. » Nous n'aurions certainement pas songé à répondre à cette judicieuse observation, si nous n'avions eu le bonheur de retrouver la pièce suspecte dans le manuscrit autrefois possédé par Fauchet et dont la trace était perdue depuis longtemps ^. Or, l'objection de Jannet est réduite à néant, car on discutait sur des vers copiés quelque peu inexactement par Fauchet,

1. Origines des chevaliers, armoiries et hêraux dans les Œuvres de M. Claude Fauchet, édition de 1610, f»* 508 v», 509 r".

2. Lettre à Monsieur de *** en lui envoyant la nouvelle édition des Œuvres de François Villon. Cette lettre est jointe à l'édition de Coustelier, Paris, 1723.

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