Ibid., LL 223, f" 178 v
par son titre, ni par son nom; cependant il est impossible de ne pas le reconnaître dans « le seigneur qui sert saint Cristofle', » le même que le Petit Testament appelle « le seigneur qui attainct troubles, forfaits, sans espargnier-. » On a remarqué, en effet, que les deux premiers huitains de la ballade que Villon composa pour ce gentilhomme et à l'intention de sa femme donnent en acrostiche le nom à'Ambraise de Lorede et on a supposé que ce pouvait être le nom de l'époux'. Cette conjecture n'est pas heureuse, car Ambraise ou plutôt Ambroise'^ était alors un nom féminin dont l'analogue masculin était Ambrais. Or, Ambroise de Loré (il ne faut pas tenir compte des initiales des vers 1 5 et 1 6 de la ballade) était le nom de la femme de Robert d'Estouteville, prévôt de Paris depuis 1446, sous les ordres duquel se trouvaient justement P. Le Basanier, J. Mautaint et Rosnel que Villon indique comme les serviteurs de ce « seigneur » jusqu'ici inconnu. Suivant notre auteur, Robert d'Estouteville aurait fait la conquête d'Ambroise de Loré à un des pas d'armes du roi René, sans doute à celui de Saumur tenu en 1448 et dans lequel Robert d'Estouteville était au nombre des assaillants!. Nous avons fait observer que le titre de la ballade de Robert {ballade que Villon donna à un gentilhomme, nouvellement marié, pour l'envoyer à son espouse, par luy conquise à l'espée) n'était pas antérieur à 153? et qu'il paraissait inexact en partie ^; mais on peut croire cependant que Villon la composa dans sa jeunesse, peut-être même étant encore sur les bancs de l'école7. En tout cas, cette pièce porte témoignage de relations intimes et anciennes du prévôt de Paris et du poète qui dut être traduit plusieurs fois devant lui. Les vers par lesquels Villon annonce cette ballade montrent l'estime en laquelle il tenait Ambroise^, et, rapprochés de l'éloge que la Chronique médisante fait de cette dame 9, peuvent faire juger de l'exactitude des jugements de notre auteur.
1. C'était une croyance alors généralement répandue que la vue d'une image de saint Christophe préservait de mort subite ; de là la dévotion particulière de certaines personnes pour ce martyr.