‹ François Villon et ses légatairesChapitre 8 sur 38 · Grand Testament, huit · texte numérisé non relu

Grand Testament, huit

2. P. L. Jacob, bibliophile, Œuvres complètes de Villon, p. 127, note 2.

3. On ne doit pas s'étonner que Villon ait changé Pourrais en Pourras k cause de la rime, car on trouve un exemple d'une licence aussi grande dans le Petit Testament l'huit. 34) où N. de Louviers est appelé de Louvieulx. Il faut consulter sur l'ancien nom de Port-Royal l'Histoire de la ville et du diocèse de Paris, de l'abbé Lebeuf (t. VIII, p. 473-475). Nous devons rendre cette justice à Fauchet, qu'il avait reconnu l'abbaye de Port-Royal, sous le nom de Porras que donne son manuscrit, comme le prouve cette note écrite de sa main : " Port- Roial, près Trapes. » (f" 54 v").

4. Suivant les auteurs du Gallia Christiana, Michelle de Langres est encore nommée dans une charte du i''' février 1454, et ils n'ont rencontré Huguette qu'à partir du 12 février 1455 (Gall. Ctir.; t. VII, c. 915 et 916).

L'abbé de Chaalis la priva de l'abbaye de Port-Royal et la remplaça par Jeanne de La Fin, d'une famille forézienne, ce qui donna naissance à un long procès. Huguette, rétablie un moment dans son abbaye, fut contrainte en 1470 d'abandonner pour toujours le siège abbatial à Jeanne". Parmi les faits allégués contre elle par la partie adverse, il en est un qu'il importe de mentionner ici, parce qu'il offre un rapport étroit avec notre sujet et prouve que Villon ne fut pas le seul à mêler le nom de cette religieuse à ses vers. « Elle aloit aux festes et nopces, dit » le procureur de Jeanne de La Fin, et se desgoisoit avec les galans, et, » aucunes fois la nuit, illec se tenoit telement que les gens d'armes en » firent une balade, desquelz elle fist tant batre ung qu'il expira et en » est encore le procès pendant -. «

Rentré à Paris vers le mois de janvier 1456 (n. st.), Villon tenta sans doute de reprendre ses anciennes habitudes de travail. Il ne paraît pas y avoir réussi, préoccupé qu'il était d'un amour sans espoir dont la pensée le poursuivait encore en 1461 ' et qui, onze mois après son retour, amena son départ pour Angers 4. C'est à l'occasion de ce départ, qui eut lieu vers Noël 1456 5, qu'il composa son premier Testament.

Nous avons cru un moment que Villon était attiré en Anjou par la cour du roi René, ce prince ami des lettres et des arts et poète lui-même, et nous nous fondions sur une allusion à un des pas d'armes tenus par René ^^ allusion par laquelle est annoncée la ballade qu'il donna, suivant ses éditeurs, « à un gentilhomme nouvellement marié, pour l'envoyer à » son espouse, par luy conquise àl'espée. n Ce «gentilhomme» aurait en effet, suivant Villon, conquis sa femme à un pas d'armes du roi de Sicile, et il nous semblait que notre poète avait pu être l'un des spectateurs du tournoi et écrire sa ballade sous l'impression de son souvenir. Malheureusement, le titre que nous venons de transcrire en partie ne remonte

1. L'arrêt du Parlement intervenu en date du 2 juin 1470 n'était pas définitif. On décida seulement que Jeanne de la Fin jouirait des fruits de l'abbaye jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné par « les gens tenant les requestes du palaiz » devant lesquels le procès était pendant (Archives Nationales, X'a 1485, f 64 v°; l'arrêt est transcrit au registre X'a 102, V 245 r" à 246 r°) ; mais s'il y eut une nouvelle décision, ce fut certainement en faveur de Jeanne qui gouverna l'abbaye de Port-Royal jusqu'en 1513 (Gall. Christ., t. VII, c. 9161.

2. Archives Nationales, X''' 8311, f' 185 v". — Tous les détails qui précèdent sont tirés des plaidoiries du ]\ décembre 1469 et jours suivants, analysées dans ce même registre.

3. Cet amour lui a inspiré une double ballade et les huitains ^ à 61 du Grand Testament, et il prétend dans la ballade finale de cet ouvrage qu'il mourait martyr de l'amour.

Page 1