VI. — RONDEAU
Jenin l'Avenu, Va-t-en aux estuves; Et toy la venu, Jenin l'Avenu,
Si te lave nu Et te baigne es cuves.
Jenin l'Avenu, Va-t-en aux estuves.
[B. du concours VII. — BALLADE
de Blois.]
Je meurs de seuf au près de la fontaine, ^ Chault comme feu, et tremble dent a dent ; En mon païs suis en terre loingtaine ; Lez ung brasier frissonne tout ardent ; 5 Nu comme ung ver, vestu en président, Je ris en pleurs et attens sans espoir; Confort reprens en triste desespoir ; Je m'esjouys et n'ay plaisir aucun ; Puissant je suis sans force et sans povoir, 10 Bien recueully, débouté de chascun.
Rien ne m'est seur que la chose incertaine ; Obscur, fors ce qui est tout évident ; Doubte ne fais, fors en chose certaine ;
v, 36 — vin, 5 85
Science tiens a soudain accident; 15 Je gaigne tout et demeure perdent;
Au point du jour dis : « Dieu vous doint bon soir ! »
Gisant envers, j'ay grant paour de cheoir ;
J'ay bien de quoy et si n'en ay pas ung ;
Eschoitte attens et d'omme ne suis hoir, 20 Bien recueully, débouté de chascun.
De riens n'ay soing, si mectz toute ma paine
D'acquérir biens et n'y suis prétendent;
Qui mieulx me dit, c'est cil qui plus m'attaine,
Et qui plus vray, lors plus me va bourdent ; 25 Mon amy est, qui me fait entendent
D'ung cigne blanc que c'est ung corbeau noir ;
Et qui me nuyst, croy qu'il m'ayde a povoir ;
Bourde, verte, au jour d'uy m'est tout un ;
Je retiens tout, rien ne sçay concepvoir, 30 Bien recueully, débouté de chascun.
Prince clément, or vous plaise sçavoir Que j'entens moult et n'ay sens ne sçavoir :
Parcial suis, a toutes loys commun.
Que sais je plus ? Quoy ? Les gaiges ravoir, 35 Bien recueully, débouté de chascun.
[Dit de la VIII. — ÉPITRE A MARIE D'ORLÉANS naissance Marie rf'O.] Jam nova progenies celo demittitur alto.
1 O louée conception
Envoiee ça jus des cieulx,
Du noble lis digne syon, 4 Don de Jhesus très precieulx,
Marie, nom très gracieulx,
Fons de pitié, source de grâce, La joye, confort de mes yeulx, 8 Qui nostre paix bastist et brasse !
n La paix, c'est assavoir, des riches,
Des povres le substantement, Le rebours des félons et chiches,
12 ' Très nécessaire enfantement, Conceu, porté honnestement, Hors le péché originel, Que dire je puis sainctement
16 Souvrain bien de Dieu éternel !
in Nom recouvré, joye de peuple,
Confort des bons, de maulx retraicte ; Du doulx seigneur première et seule
20 Fille, de son cler sang extraicte,
Du dextre costé Clovis traicte ; Glorieuse ymage en tous fais, Ou hault ciel créée et pourtraicte
24 Pour esjouyr et donner paix !
iv En l'amour et crainte de Dieu
Es nobles flans César conceue, Des petis et grans en tout lieu
28 A très grande joye receue,
De l'amour Dieu traicte, tissue, Pour les discordez ralier Et aux enclos donner yssue,
32 Leurs lians et fers délier.
v Aucunes gens, qui bien peu sentent,
Nourris en simplesse et confis, Contre le vouloir Dieu attentent, 36 Par ignorance desconfis,
Desirans que feussiez ung fils ;
vin, 6 — 67 8/
Mais qu'ainsi soit, ainsi m'aist Dieu, Je croy que ce soit grans proufis.
40 Raison : Dieu fait tout pour le mieulx.
vi Du Psalmiste je prens les dis :
Delectasti me, Domine,
In factura tua ; si dis :
44 Noble enfant, de bonne heure né,
A toute doulceur destiné,
Manne du Ciel, céleste don,
De tous bienfais le guerdonné, 48 Et de noz maulx le vray pardon !
[double ballade]
Combien que j'ay leu en ung dit :
Inimicum putes, y a,
Qui te présentent laudabit ; S 2 Toutesfois, non obstant cela,
Oncques vray homme ne cela
En son courage aucun grant bien,
Qui ne le montrast ça et la :
s6 On doit dire du bien le bien.
Saint Jehan Baptiste ainsy le fist,
Quand PAignel de Dieu descela.
En ce faisant pas ne mesfist, 60 Dont sa voix es tourbes vola ;
De quoy saint Andry Dieu loua,
Qui de lui cy ne sçavoit rien,
Et au Fils de Dieu s'aloua :
64 On doit dire du bien le bien.
Envoiee de Jhesuschrist, Rappeliez ça jus par deçà Les povres que Rigueur proscript
68 Et que Fortune betourna.
Si sçay bien comment il m'en va :
De Dieu, de vous, vie je tien.
Benoist celle qui vous porta !
72 On doit dire du bien le bien.
Cy, devant Dieu, fais congnoissance
Que créature feusse morte,
Ne feust vostre doulce naissance,
76 En charité puissant et forte,
Qui ressuscite et reconforte Ce que Mort avoit prins pour sien.
Vostre présence me conforte :
80 On doit dire du bien le bien.
Cy vous rans toute pbeyssance, Ad ce faire raison m'exorte, De toute ma povre puissance ; .
84 Plus n'est deul qui me desconforte,
N'aultre ennuy de quelconque sorte.
Vostre je suis et non plus mien ; Àd ce, droit et devoir m'enhorte :
88 On doit dire du bien le bien.
O grâce et pitié très immense, « L'entrée de paix et la porte, Some de bénigne clémence,
92 Qui noz faultes toult et supporte,
Si de vous louer me déporte, Ingrat suis, et je le maintien, Dont en ce refrain me transporte :
96 On doit dire du bien le bien.
Princesse, ce loz je vous porte, Que sans vous je ne feusse rien.
vin, 68 — 129 %9
A vous et a tous m'en rapporte :
ioo On doit dire du bien le bien.
vu Euvre de Dieu, digne, louée
Autant que nulle créature,
De tous biens et vertus douée, 104 Tant d'esperit que de nature
Que de ceulx qu'on dit d'adventure,
Plus que rubis noble ou balais ;
Selon de Caton l'escripture :
108 Patrem insequitur proies.
vin Port asseuré, maintien rassiz,
Plus que ne peut nature humaine,
Et eussiez des ans trente six ; 112 Enfance en riens ne vous demaine.
Que jour ne le die et sepmaine,
Je ne sçay qui me le'deffant.
Ad ce propos ung dit ramaine :
116 De saige mère saige enfant.
ix Dont résume ce que j'ay dit :
Nova progenies celo, Car c'est du poëte le dit, 120 Jamjam demittitur alto.
Saige Cassandre, belle Echo, Digne Judith, caste Lucresse, Je vous cognois, noble Dido, 124 A ma seule dame et maistresse.
x En priant Dieu, digne pucelle,
Que vous doint longue et bonne vie ; Qui vous ayrae, ma damoiselle, 128 Ja ne coure sur luy envie.
Entière dame et assouvie,
J'espoir de vous servir ainçoys,
Certes, se Dieu plaist, que dévie
132 Vostre povre escolier Françoys.