‹ François VillonChapitre 35 sur 45 · XL — LE DEBAT DU CUER ET DU CORPS DE VILLON · texte numérisé non relu

XL — LE DEBAT DU CUER ET DU CORPS DE VILLON

Qu'est ce que .j'oy ? — Ce suis je ? — Qui ? — Ton

[cuer, Qui ne tient mais qu'à ung petit filet :

Force n'ay plus, substance ne liqueur.

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Quant je te voy retraict ainsi seulet, 5 Com povre chien tappy en reculet. —

Pour quoy est ce ? — Pour ta folle plaisance. — Que t'en chault il ? — J'en ay la desplaisance. — Laisse m'en paix ! — Pour quoy ? — J'y penseray. — Quant sera ce ? — Quant seray hors d'enfance. — io Plus ne t'en dis. — Et je m'en passeray. —

Que penses tu ? — Estre homme de valeur. — Tu as trente ans. — C'est l'aage d'ung mullet. — Est ce enfance ? — Nennil . — C'est donc folleur Qui te saisist ? — Par ou ? — Par le collet ;

15 Riens ne congnois. — Si fais : mouches en let; L'ung est blanc, l'autre noir, c'est la distance. — Est ce donc tout ? — Que veulx tu que je tance ? Se n'est assez, je recommenceray. — Tu es perdu ! — J'y mettray résistance. —

20 Plus ne t'en dis. — Et je m'en passeray. —

J'en ay le dueil ; toy, le mal et douleur.

Se feusses ung povre ydiot et folet, Encore eusses de t'excuser couleur :

Se n'as tu soing, tout t'est ung, bel ou let.

25 Ou la teste as plus dure qu'ung jalet,

Ou mieulx te plaist qu'onneur ceste meschance! Que respondras a ceste conséquence ? — J'en seray hors quant je trespasseray. — Dieu, quel confort ! Quelle sage éloquence !

30 Plus ne t'en dis. — Et je m'en passeray. —

Dont vient ce mal? — 11 vient de mon malenr.

Quant Saturne me feist mon fardelet, Ces maulx y meist, je le croy. — C'est foleur : Son seigneur es, et te tiens son variétés Voy que Salmon escript en son rolet :

« Homme sage, ce dit il, a puissance Sur planètes et sur leur influence. » — Je n'en croy riens ; tel qu'ilz m'ont fait seray. — Que dis tu ? — Dea ! certes, c'est ma créance. — 40 Plus ne t'en dis. — Et je m'en passeray.

Veulx tu vivre ? — Dieu m'en doint la puissance ! — Il te fault... — Quoy? — Remors de conscience; Lire sans fin. — En quoy? — Lire en science ; Laisser les folz ! — Bien j'y adviseray. — 45 Or le retien ! — J'en ay bien souvenance. — N'atens pas tant que viengne a desplaisance.

Plus ne t'en dis. — Et je m'en passeray.

[B. au nom de XII. — PROBLEME

la Fortune.]

Fortune fus par clers jadis nommée, Que toy, Françoys, crie et nomme murtriere, Qui n'es homme d'aucune renommée.

Meilleur que toy fais user en plastriere, Par povreté, et fouyr en carrière ; 6 S'a honte vis, te dois tu doncques plaindre ? Tu n'es pas seul; si ne te dois complaindre.

Regarde et voy de mes fais de jadis, Mains vaillans homs par moy mors et roidis ; Et n'es, ce sçais, envers eulx ung souillon.

Appaise toy, et mets fin en tes dis.

12 Par mon conseil prens tout en gré, Villon !

Contre grans roys me suis bien anymee, Le temps qui est passé ça en arrière :

Priam occis et toute son armée, Ne luy valut tour, donjon, ne barrière ;

xi, je — xin 95

Et Hannibal démolira il derrière ?

18 En Cartaige par Mort le feis attaindre ;

Et Scypion l'Affriquan feis estaindre ;

Julles César au sénat je vendis ;

En Egipte Pompée je perdis ;

En mer noyé Jason en ung bouillon ;

Et, une fois, Romme et Rommains ardis.

24 Par mon conseil prens tout en gré, Villon !

Alixandre, qui tant feist de hemee, Qui voulut veoir l'estoille pouciniere, Sa personne par moy fut envlimee ; Alphasar roy, en champ, sur sa baniere, Rué jus mort, cela est ma manière ;

Holofernes, l'ydolastre mauldis, Qu'occist Judith (et dormoit entandis !) De son poignart, dedens son pavillon ; Absalon, quoy ? en fuyant le pendis.

36 Par mon conseil prens tout en gré, Villon !

Pour ce, Françoys, escoute que te dis :

Se riens peusse sans Dieu de Paradis, A toy n'autre ne demourroit haillon, Car, pour ung mal, lors j'en feroye dix.

41 Par mon conseil prens tout en gré, Villon !

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