XIV. — L'EPITAPHE VILLON
Frères humains qui après nous vivez, N'ayez les cuers contre nous endurcis, Car, se pitié de nous povres avez, Dieu en aura plus tost de vous mercis.
S Vous nous voiez cy attachez cinq, six :
Quant de la chair, que trop avons nourrie, Elle est pieça dévorée et pourrie, Et nous, les os, devenons cendre et pouldre.
De nostre mal personne ne s'en rie ; 10 Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre !
Se vous clamons frères, pas n'en devez Avoir desdaing, quoy que fusmes occis Par justice. Toutesfois, vous sçavez Que tous hommes n'ont pas bon sens assis;
15 Excusez nous, puis que sommes transsis, Envers le fils de la Vierge Marie, Que sa grâce ne soit pour nous tarie, Nous préservant de l'infernale fouldre.
Nous sommes mors, ame ne nous harie ;
20 Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre !
La pluye nous a bùez et lavez,
Et le soleil desséchiez et noircis ;
Pies, corbeaulx, nous ont les yeux cavez,
Et arrachié la barbe et les sourcis.
25 Jamais nul temps nous ne sommes assis ;
Puis ça, puis la, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charie,
Plus becquetez d'oiseaulx que dez a couldre.
Ne soiez donc de nostre confrairie ; 30 Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre !
xiv, i — xv, 23 97
Prince Jhesus, qui sur tous a maistrie, Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie :
A luy n'ayons que faire ne que souldre.
Hommes, icy n'a point de mocquerie ; îS Mais priez Dieu que tous nous vueille absôuldre !
\ Raques te à la cour de XV. — LOUENGE A LA COURT
Parlement.]
Tous mes cinq sens : yeulx, oreilles et bouche, Le nez, et vous, le sensitif, aussi ; Tous mes membres ou il y a reprouche, En son endroit ung chascun die ainsi :
5 « Souvraine Court, par qui sommes icy, Vous nous avez gardé de desconfire.
Or la langue ne peut assez souffire A vous rendre souffisantes louenges ; Si parlons tous, fille du souvrain Sire, io Mère des bons et seur des benois anges ! »
Cuer, fendez vous, ou percez d'une .broche, Et ne soyez, au moins, plus endurcy Qu'en ung désert fut la fort bise roche Dont le peuple des Juifs fut adoulcy :
i s Fondez lermes et venez a mercy ;
Comme humble cuer qui tendrement souspire, Louez la Court, conjointe au Saint Empire, L'eur des Françoys, le confort des estranges, Procréée lassus ou ciel empire,
20 Mère des bons et seur des benois anges !
Et vous, mes dens, chascune si s'esloche ;
Saillez avant, rendez a tous mercy,
Plus hautement qu'orgue, trompe, ne cloche,
Villon, Œuvres. \
Et de maschier n'ayez ores soussy ;
25 Considérez que je feusse transsy, Foye, pommon, et rate qui respire; Et vous, mon corps, qui vil estes et pire Qu'ours ne pourceau qui fait son nyt es fanges, Louez la Court, avant qu'il vous empire,
30 Mère des bons et seur des benois anges !
Prince, trois jours ne vueillez m'escondire, Pour moy pourveoir et aux miens « a Dieu » dire ; Sans eulx argent je n'ay, icy n'aux changes.
Court triumphant, fiât, sans me desdire, 55 Mère des bons et seur des benois anges !
\B. de XVI. — QUESTION AU CLERC DU GUICHET Vappel]
Que vous semble de mon appel, Garnier ? Feis je sens ou folie ?
Toute beste garde sa pel ;
4 Qui la contraint, efforce ou lie,
S'elle peult, elle se deslie.
Quant donc par plaisir voluntaire Chantée me fut ceste omelie,
8 Estoit il lors temps de moy taire ?
Se feusse des hoirs Hue Cappel, Qui fut extrait de boucherie, On ne m'eust, parmy ce drappel,
12 Fait boire en ceste escorcherie.
Vous entendez bien joncherie ?
Mais quant ceste paine arbitraire On me jugea par tricherie,
16 Estoit il lors temps de moy taire ?
xv, 24 — xvi 99
Cuidiez vous que soubz mon cappel
Y eust tant de philosophie
Comme de dire : « J'en appel » ?
20 Si avoit, je vous certiffie,
Combien que point trop ne m'y fie.
Quant on me dist, présent notaire :
« Pendu serez ! », je vous affie, 24 Estoit il lors temps de moy taire ?
Prince, se j'eusse eu la pépie, Pieça je feusse ou est Clotaire, Aux champs debout comme un espie.
28 Estoit il lors temps de moy taire ?
Les Lais. — Sources : ABCFI, cj. Introduction, p. vi-vii.
Titre : Le lais François Villon A, Le testament de maistre F. V. B, Le premier testament m. F. V. F, Le petit testament V. C, Le petit test. m. F. V. // cf. Test. 755-68.
11 se om. BCL — 14 vint vouloir C, v. le vouloir F, v. voulenté /, Me prinst le vouloir A — 16 Qui me souloit bien debrr ser A, Qui faisoit C.
iv-ix om. CI. — 29 Bien s'ils A, Amours si ont les p. bl. F — 35 j'aye A, que j'eusse riens m. F — 44 elle BF — 64 ce présent 1. ABF 9 Paris corr.
75 Que de joye suis i. F — 86 cincq solz B, sept s. C, six s. / — 87 Je v. BCI — 88 Qu'on luy B — 90 blanc voire ou la A, Le bel ch. bl. bu F, bl. ou la B, bl. avec la Cl — 92 Ou l'Asne ABF y Et l'A. CI — 99 Qui entend A, n'entent BC, ne tend I — 102 trumillieres C, tremillieres A, turmelieres F, troumelieres /, cramillieres B — 126 Ou ung F/, Ou d'un B, Et ung AC — 129 a noble h. ABF, a ce jeune h. CI — 130 Deux ch. B, six ch. F — 133 Je ne c. AF — 136 requérir AF — 142 Qui le tient ABCFI — 147 Paiches, poires, sucre, figuier A, Perches, poires, gras f. F, Par ses paouvres seurs gras signier B, Perches, possins au blanc menger CI — 155-6 // s'agit de Robert à'Estouteviïle y prévôt de Paris. — 157 pour mon A, ches m. B 7 chiez m. F, cheuz m. / — 159 par mon A, chez mon BFI — 165 Ou la V. AB, Et la V. CF, La V. /; que pourra F, qu'on pourra /, qu'on ne peult C — 168 assommer d'un CF.
LAIS — TESTAMENT I-5I IOI
xxii om. A, entre xviii et xix BC, à la suite de xxvi F; — dans F, les huïtains xxnd xxxiv sont placés dans Tordre suivant : xxiv,