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LA VIE. | 47 nomme la courtisane Flora. Il en connaissait certainement davantage, et il faut lui savoir gré de n’avoir pas, comme Eustache Deschamps, bourré ses vers d’allusions à l’histore grecque et romaine.
La littérature latine du moyen âge n’a guère laissé de traces dans les œuvres de Villon, à moins qu'il ne lui doive le nom de Thaïs, — type de la courtisane dans toute cette littérature, — dont il fait la cousine germaine d’ « Archipiada ». L’Ars memorativa n’est qu'un livre d'école. S'il cite « Mathieu », ce n’est sans doute pas d’après le texte latin, déjà devenu rare, du poème de Matheolus, mais d’après la traduction très répandue de Jean le Fèvre. Il avait lu, mais peut-être dans une traduction, le Policraticus de Jean de Salisbury, auquel il emprunte le nom du pirate qui répondit si hardiment à Alexandre. C'est probablement dans l’Æistoria septem sapientum qu'il avait trouvé l'aventure d'Octavien, auquel on fit avaler, pour le punir de sa cupidité, l'or qu'il avait préféré à tout. De l'histoire du moyen âge il connaît les noms de Clovis et de Clotaire, — sans parler de Charlemagne, — et, chose assez singulière, celui d'une comtesse du Maine au xu° siècle, qu'il doit
-avoir trouvé dans une chronique latine, puisqu'il a
conservé la forme latine Haremburgis.
Plus que dans les livres, en général, Villon, qui déclare qu'en fait de lecture il était paresseux,
avait puisé sa science historique dans la tradition orale qui circulait parmi les écoliers de Paris et dont
il nous a conservé de précieux échos. C'est là, et non dans les chroniques, qu'il a trouvé vivant le souvenir du « bon Breton » Claquin (Du Guesclin) et de la
© « bonne Lorraine » Jeanne. C’est là qu'il a recueilli l'histoire de Pierre Esbaillart {cette forme indique la transmission orale) et de ses amours avec « la très sage Héloïs »; et celle de Buridan, qu'une reine de France « fit jeter en un sac en Seine »; et la légende qui voulait que « Hue Cappel » eût été « extrait de boucherie ». Oralement aussi, en ce temps où ilny avait ni Journaux ni chronique des événements récents, il apprenait les noms et les faits de l'histoire contemporaine, comme l'hérésie de Bohème ou la ruine de Jacques Cœur. Il a réuni dans une ballade, écrite en 1461, les noms d’une dizaine de souverains ou princes morts depuis peu, et l’on voit qu'il était assez au courant de l’histoire de son temps. Il sait que le pape Calixte LIT (4 1458) avait occupé quatre ans le trône pontifical, et que Jacques II d'Écosse (4 1460) avait une large tache de vin sur la figure. Il mentionne encore, outre Charles VIT, qui venait à peine de mourir (1461), Alphonse V d'Aragon (+ 1458), Jean III de Chypre (+ 1458), Ladislas de Bohème (+ 1457), et les ducs Artus de Bretagne (+ 1458) et Charles I‘ de Bourbon (+ 1456). Toutefois son information n'était pas sûre : il avait oublié le nom du dernier roi d'Espagne (Jean de Castille, + 1454); il croyait que le duc Jean Il d'Alençon, condamné à mort en 1458, avait été réellement exécuté, tandis que sa peine avait été commuée en prison perpétuelle, et il a mêlé, on ne sait pourquoi, à ces morts récents (outre Du Guesclin), « le comte dauphin d'Auvergne », lorsque le dernier qui ait porté ce titre, Béraud II, avait cessé de vivre dès 1426.