Accueilli, — 2, Repoussé
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LA VIE. ; 61 d'origine bourbonnaise, et il paraît avoir cherché, quand il perdit la faveur du duc d'Orléans, un nouveau protecteur dans le duc Jean I*, qui venait de succéder à son père. Il est probable que c’est Moulins, résidence du duc, qu'il désigne quand il dit dans son T'estament que, « au plus fort de ses maux », comme il « cheminait sans croix ni pile », Dieu lui
.. monstra une bonne ville Et pourveut du don d’esperance :
Espérance était la devise des Bourbons, et le poète joue ici sur les mots, suivant son usage. Nous savons en tout cas sûrement que le duc lui « prêta » six écus, et nous avons une très jolie ballade, qui doit remonter à 1458, dans laquelle, l'appelant « le mien seigneur », 1l lui demande de renouveler ce prêt et lui promet de le payer quelque jour :
Vous n’y perdrez seulement que l'attente!
Malgré les bonnes relations qu'atteste le ton de cette pièce, Villon, soit par inquiétude naturelle, soit à la suite de quelque nouvelle incartade, ne resta pas auprès du duc Jean. Nous ne pouvons rien dire sur ses courses errantes, si ce n’est qu'elles durent être poussées, au hasard, de tous côtés * : nous savons par lui qu'il visita le Berry, où il trouva sans doute encore vivant l’odieux souvenir de Taque Thibaud, où il recueillit à Saint-Satur, près de Sancerre, une
1. S'il fallait prendre au sérieux le passage où il parle des indulgences qu’il a rapportées de Rome, il faudrait croire qu'il passa même les monts; mais ce n’est qu’une plaisanterie : un tel voyage aurait laissé bien d’autres traces dans
son œuvre,
facétieuse épitaphe, et où il paraît avoir eu, à -
Bourges, des démêlés avec la justice (dont le tira un vieil ami parisien, son « compère » François Perdrier, rencontré là par quelque bonne chance). Enfin il se retrouva dans l’Orléanais, en 1461, pour se faire arrêter près de Meun-sur-Loire.
C'est dans cette vie nomade et besogneuse qu'il dut connaître de près l'association des « coquillards », association soumise à un « roi de la Coquille », composée d’escrocs, de pipeurs aux dés et aux cartes, de voleurs de chevaux, de « crocheteurs » et de souteneurs de filles, qui enlaçait presque toute la France et dont nous connaissons les coutumes et le langage par une curieuse enquête faite à Dijon en 1455. C'est dans le « jargon » des coquillards que Villon composa plus tard quelques ballades, où il les nomme plusieurs fois; il les connaissait d’ailleurs antérieurement, car nous savons que ses amis Regnier de Montigny et Colin des Cayeux étaient des Suppôts de la Coquille. Il fut bien probablement amené, pour soutenir sa vie, à s’affilier à cette étrange confrérie et à en exercer les diverses industries. Il dut se répéter alors plus d’une fois les vers de la cynique ballade où il avait jadis tracé le tableau de l'une de ces industries, de celle que les ribauds
exerçaient, nous dit l'enquête, aux dépens des « pauvres filles communes » :
Il eut toutefois dans sa lamentable odyssée des moments plus doux et moins souillés. Il nous raconte