‹ François VillonChapitre 23 sur 50 · UT MAN · texte numérisé non relu

UT MAN

appel qu’à tout hasard il avait adressé au Parlement, il n'avait qu'à se résigner à la subir.

Devant la mort imminente sa double nature trouva une suprême expression. Il composa la fameuse ballade des Pendus, empreinte d’un vrai repentir et d’un profond sentiment religieux. C’est du fond du cœur qu’il demande à ceux qui le verront, lui et ses compagnons, pendus à Montfaucon, de ne pas rire et se moquer. Ce n'était pas là une prière sans objet : les gibets et les pendus étaient alors et restèrent longtemps en France une source intarissable de plaisanteries. Villon lui-même, un moment après ou avant sa sérieuse ballade, ne donnait-il pas l'exemple de la « moquerie » qu'il voulait qu’on lui épargnât, en raillant la corde qui allait le pendre dans le quatrain fameux où il créait une facétie destinée à lui survivre pendant des siècles (Né à Paris emprès Pontoise) ?

Cependant son appel eut un succès qu’il ne prévoyait sans doute pas lui-même. Le 5 janvier 1463, le Parlement rendit un arrêt par lequel il annulait, comme excessive, la sentence du prévôt de Paris, mais, « eu regard à la vie mauvaise dudit Villon », le bannissait pour dix ans, non plus du royaume, mais seulement « de la ville, prévôté et vicomté de Paris ! »,

1. Ce genre de bannissement, par lequel une province ou une région se débarrassait sur les autres des malfaiteurs qu’elle trouvait dangereux, était très usité. La douceur de la peine (Villon pour le meurtre de Philippe Sermoise avait été banni, il est vrai par défaut, du royaume entier) semble

bien montrer que la sentence du prévôt était excessive, et que le méfait n’était pas grave ou n'était pas prouvé.

On juge de la joié du poète quand on lui annonça la bonne nouvelle. Il lança aussitôt, comme une fusée d’allégresse, uné vive ballade à l'adresse du greffier ou «clerc du guichet » de la Conciergerie, nommé Garnier, avec lequel il s'était Hé :

Que vous semble de mon appel, Garnier ? fis je sens ou folie ?..

Cuidiez vous que sous mon chapel Y eust tant de philosophie

Comme de dire : « J’en appel »? $ Si avoit, je vous certifie :

(Combien que pas trop ne m'i fie).

Quant on me dit, present notaire :

« Pendu serez », je vous affie, Estoit il lors temps de me taire?

és Def ri bre sad A Gé à nt aits

Mais il adressait aussitôt à la cour du Parlement, également en forme de ballade, une requête d’un tout autre ton. Sa reconnaissance, pour être exprimée d'une façon assez grotesque, n’en est pas moins sincère. Mais le véritable objet de la pièce est dans | l'Envoi, où il dit : |

.… Trois jours ne veuillez m’escondire !

Pour moi pourveoir et aux miens a Dieu dire :

Sans eux argent je n’ai, ici n'aux changes.

Court triomphant, fat, sans me desdire!

La cour lui accorda sans doute le sursis qui faisait l'objet de son humble requête : Villon obtint les trois: jours de libre séjour à Paris qu'il demandait; il put aller embrasser sa mère, dire adieu à Guillaume de Villon, qui bien probablement l'avait « mis hors » du plus terrible « bouillon » où il se fût jeté, et s’ache-

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