‹ François VillonChapitre 28 sur 50 · Lessivés. — 2. En repos · texte numérisé non relu

Lessivés. — 2. En repos

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L'OEUVRE. 449 broche, son foie, son poumon et sa rate à faire chorus pour remercier la cour du Parlement,

Mere des bons, et seur des benoiïs anges,

à laquelle ils doivent tous la vie. Cette pièce, qui clôt l’œuvre de Villon, nous montre, avec la ballade en l’honneur d'Ambroise de Loré, qui l’ouvre, et les poésies sur la naissance de Marie d'Orléans, qui en forment le milieu, ce qu'il aurait sans doute produit si, comme le souhaitait pour lui Marot, « il eût été nourri en la cour des rois et des princes, où les jugemens s’amendent et les langages se polissent ». Heureusement cette veine fâcheuse n’est chez lui que bien exceptionnelle, et elle ne se fait sentir nulle part dans ses deux œuvres les plus originales et en même temps les seules qui aient quelque étendue : les ZLais et le Testament.

Le caractère commun de ces deux œuvres, c’est d'être de la poésie personnelle, et cela dans un double sens : d’une part le poète lui-même en est le sujet, s'y met en scène, y expose non pas seulement ses sentiments généraux et la forme propre de sa sensibilité, mais les conditions particulières et telle ou telle circonstance de sa vie; d'autre part, il introduit dans ses vers une foule d’autres personnes avec qui il entretient des relations de tous genres, et leur adresse soit des marques de respect et d'amitié, soit, et le plus souvent, des traits plaisants et satiriques. À ce double caractère s'ajoute le cadre employé par le poète, qui consiste à se représenter comme prêt à quitter ce monde et faisant des legs à ceux qu'il y a connus.

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Ce cadre ingénieux et souple est-il de l'invention de notre poète ? On peut rapprocher des Lais les Congés des poètes artésiens Jean Bodel, Baude Fastoul et surtout Adam de la Halle : en quittant Arras, — les deux premiers pour s'enfermer dans une léproserie, le troisième pour se rendre à Paris, — ils adressent à leurs concitoyens des adieux qui ont souvent un caractère satirique; l’analogie est toutefois assez lointaine, et il n’est pas probable, en outre, que Villon ait connu ces poésies. Il connaissait le T'estament de Jean de Meun, mais cette œuvre remarquable ne contient, avec des réflexions morales et pieuses, que des traits de satire générale, et n'a pu lui servir que très vaguement de modèle. Beaucoup plus voisin du genre de nos deux poèmes est le testament que le brave Jean Regnier avait composé en 1432. Ce Jean Regnier, bailli d'Auxerre pour le duc de Bourgogne, était tombé entre les mains d’ « écorcheurs » du parti français, qui l'avaient emprisonné à Beauvais et ne le relâächèrent qu'après dix-sept mois, quand il eut payé la première partie d'une forte rançon et laissé en otage du reste sa femme et son fils. Il charma ses loisirs forcés en composant une foule de poésies, médiocres de forme, mais amusantes, et très curieuses pour la connaissance des mœurs de cette époque troublée. Dans le nombre se trouve un testament, qu'il fit à un môment où il se demandait s’il sortirait vivant de sa geôle. On y trouve quelques traits qui rappellent celui de Villon, et notamment toute l'ordonnance de ses funérailles. Mais le testament de Regnier,

quoique à moitié badin, a cependant un fond sérieux :

le pauvre bailli plaisantait, mais de vraies larmes fai-

Te

saient parfois trembler son rire. Puis il n’y a presque aucune chance pour que Villon ait connu le Livre de la prison de Regnier : c'était un recueil fait pour le poète lui-même et les siens, et qui ne dut pas sortir d’un cercle étroit; on n’en possède aucun manuscrit, et c’est par un grand hasard, — hasard heureux, car c’est un « document humain » de premier ordre, — qu'il fut imprimé à Paris en 1526. D'ailleurs aucune des œuvres antérieures à Villon ne présente l’idée toute particulière des « legs », qui fait le fond des deux poèmes de Villon, et qui lui appartient bien. Elle n’a pris chez lui tout son développement

que peu à peu, et c'est précisément ce qui montre qu'elle est bien à lui. Les Zais [legs), qu'il écrivit en 1456, n’en contiennent encore que le germe. Au moment de partir pour Angers — on sait ce qui l'y conduisait — il s’amusa à faire son testament, ce qu’on faisait souvent au moment d'entreprendre un long et périlleux voyage, dont on n'était pas sûr de revenir :

Et puis que departir me faut

Et du retour ne suis certain...

Vivre aux humains est incertain,

Et après mort n’y a relais,

Je m'en vois en païs lointain, Si establis ces presens lais.

Suivent des legs au nombre de trente-six : à maître Guillaume de Villon, à sa belle, qu'il ne nomme pas, à maître Ithier Marchant, à Saint-Amant, à Blaru, aux curés, à Robert Valée, à Jaquet Cardon, à « ce noble homme Regnier de Montigny », au seigneur de

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