‹ François VillonChapitre 37 sur 50 · Ce n'est pas moi. — 2. Ce sont. — 3. Récompense · texte numérisé non relu

Ce n'est pas moi. — 2. Ce sont. — 3. Récompense

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L'ŒUVRE. 135 soupir, sous la grille de Meun; — il autorise les valets et chambrières de bonne maison à faire ripaille la nuit quand leurs maîtres dorment; — il trouverait bon que les pauvres filles honnêtes pussent profiter de « ce qui se perd » chez les Chartreux et les Célestins et dont ceux-ci ont trop; — au « sénéchal », qui jadis paya ses dettes, il accorde de sa grâce le titre de maréchal... « pour ferrer les oies et les canes »; — à maître Lomer il fait le don d'être aimé des femmes, et gratuitement, mais de ne Jamais pouvoir aimer luimême, et à maître Jacques James celui de fiancer autant de femmes qu'il voudra, mais, malgré ses richesses, de n’arriver à en épouser aucune, allusion sans doute aux mésaventures successives du personnage dans ses velléités matrimoniales f,

La nouveauté la plus frappante des legs du Testament, c'est que plusieurs consistent en pièces de vers insérées dans le poème. Il donne à sa mère la ballade à la Vierge, à « s’amie » une ballade d'amour, à « l'âme du bon feu Cotart » la fameuse ballade qui célèbre ses exploits bachiques, à Robert d'Estouteville la ballade sur son mariage, à André Courault les Contredits de Franc Gontier, à la grosse Margot la ballade trop connue, aux enfants perdus — à la suite d’une « leçon » en huitains ordinaires — la ballade qui en est la conclusion. Il laisse encore une « ber-

1. Rappelons encore qu’il donne la tour de Billy au seigneur de Grigny, auquel il avait judis laissé Bicêtre et Nijon, et qu'il va jusqu’à faire un de ses légataires du « mont de Montmartre », auquel il « adjoint » le mont Valérien. Citons enfin le legs de Michaut du Four au Prince des Sots et du gros Marquet avec Philibert, comme pages, au Chevalier du guet.

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geronnette » à Jaquet Cardon, à Ithier Marchant un « lai » sur la mort de sa bien-aimée *. |

D'autres pièces de rapport ont été insérées par Villon dans son T'estament sans qu'il leur ait donné la forme de legs : les trois ballades sur les morts illustres, les Regrets de la belle heaumière avec la balladè qui les suit, la double ballade sur la folie de l'amour, la ballade des langues envieuses, la ballade du « bon bec » des Parisiennes, le rondeau qui termine l’épitaphe, enfin les deux ballades qui ferment le poème, celle où il « crie à toutes gens merci » et la ballade de conclusion.

Villon n'est pas l'inventeur de ce procédé. On le trouve déjà, nous l'avons vu, sans parler d'œuvres plus anciennes, dans le Voir dit de Machaut, dans divers poèmes de Froissart et surtout dans le Livre de La prison de Charles d'Orléans, dont il avait dû prendre connaissance pendant son séjour à Blois. Mais il en a très habilement tiré parti, soit pour faire entrer dans le souple cadre de son œuvre des pièces auxquelles il tenait, soit pour varier, par des ballades ou rondeaux composés expressément à cet effet, la forme qu'il avait adoptée. Le poème présente ainsi dans sa marche, qui risquerait d’être monotone, une série de haltes adroitement ménagées qui reposent le lecteur et qui n’en sont pas le moindre attrait.

Ce n’est pas seulement dans la forme que le Testament présente une heureuse diversité. Le ton en

1. Il envoie aussi, — mais le procédé n’est plus le mème, — tout son poème, qu’il qualifie de « sornettes », au « sénéchal » « pour le désennuyer », et aux magistrats équitables la prière qu'il vient de faire pour les trépassés.

L'ŒUVRE. 137 change à chaque instant, passant, avec l’imprévu qui caractérise tous les vrais humoristes, — et Villon est assurément l'un des premiers du genre, — du pathétique au bouffon, du sérieux au badin, du solennel au trivial. Dans la partie proprement testamentaire, que je viens de soumettre à une minutieuse analyse, le poète s’espace beaucoup plus librement que dans son premier ouvrage. J’ai cité quelques-uns des croquis, tracés avec la sûreté de plume d’un caricaturiste de génie, dont il sème l’énumération de ses libéralités posthumes ; en voici encore un tout à fait vivant, et d'autant plus gai que les « trois pauvres orphelins » que le poëte y représente tels qu'il espère les voir après la bonne éducation qu’il demande pour éux étaient des hommes d'âge, et fort éloignés de l'innocence qu'il leur attribue :

Et vueil qu'ilz soient informés

En meurs, quoi que couste bature {; Chaperons auront enfourmés ?

Et les pouces sous la ceinture ; Humbles a toute creature,

Disans : « Hen? quoi? il n’en est rien. »

Si diront gens, par aventure :

« Veci enfans de lieu de bien! »

Il serait impossible de relever ici tous les traits comiques dont il émaille son dispositif : allusions rapides, figurines esquissées dans une parenthèse, jeux de mots, plaisanteries parfois grivoises; tout

1. Sans regarder à ce que coûteront les coups : on sait qu’au moyen âge l'éducation avait la verge pour principal instrument. £

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