‹ François VillonChapitre 38 sur 50 · Enfoncés sur la tête · texte numérisé non relu

Enfoncés sur la tête

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cela ne peut se goûter que dans le texte, et ne sy goûte pas facilement, car le sens de ces facéties nous échappe souvent, sans compter que notre 1gn07 rance de la condition exacte de chacun des personnages auxquels elles s'appliquent nous empêche de les comprendre comme faisaient les contemporains. Déjà Marot était arrêté par cette difficulté : « Quant à l'industrie des legs qu'il fait en ses testaments, pour suffisamment la connaître et entendre il faudrait : avoir été de son temps à Paris, et avoir connu les lieux, les choses et les hommes dont il parle. » Il s’est trompé en ajoutant : « La mémoire desquels tant plus se passera, tant moins se connaîtra icelle industrie de ses legs ». Quand Marot écrivait, soixante ans après le 7'estament, la mémoire des particularités visées par Villon était aussi complètement abolie qu’elle l’est de nos jours; mais aujourd'hui, grâce aux sagaces et laborieuses fouilles pratiquées par nos érudits dans les archives, nous connaissons mieux que Marot « les lieux, les choses et les hommes » dont il est parlé dans les testaments de Villon. Il n'en est pas moins vrai que beaucoup d'allusions restent obscures ou ne se laissent deviner: qu'au prix d'un effort qu'on ne peut demander au lecteur ordinaire.

Heureusement au milieu de ces personnalités le poète a admis des digressions de tout genre. Celle qui concerne l’état où durent être, jusqu'à la venue du Christ, les justes de l’ancienne loi n’est intéressante que parce qu'elle nous atteste un certain goût pour les questions théologiques demeuré chez l'écolier débauché. Plus piquante est celle où il raille les

L'ŒUVRE. 439 religieux mendiants et leurs dévotes et se rétracte ensuite avec une feinte repentance :

L'homme bien fol est d’en mesdire; Car, soit a part eu a preschier Ou ailleurs, il ne faut pas dire Se gens sont pour eux revenchier !.

Après la vive ballade sur le caquet des Parisiennes, il ajoute ce huitain si pittoresquement descriptif :

Regarde m’en deux, trois, assises

Sur le bas du pli de leurs robes,

En ces moustiers, en ces eglises;

Tire toi près, et si ne hobes 2:

Tu trouveras la que Macrobes

Ne fist oncques tels jugemens ;

Entens ; quelque chose en desrobes :

Ge sont tresbeaux enseignemens!

Quel dommage qu'il ne nous ait pas communiqué quelqu'un des « beaux enseignements » qu'il avait ainsi « dérobés » !

La plus belle, comme la plus longue de ces digressions est celle qui concerne le charnier des Innocents. On y trouve réunis en un degré éminent tous les dons du poète, l'humour, l'émotion et le réalisme pittoresque. Il débute par un trait de la plus folle fantaisie. Il lègue ses grandes lunettes, à qui? aux Quinze-Vingts,

Qu’autant yaudroit nommer trois cens,

et pour quoi faire ?

Pour mettre a part, aux Innocens, Les gens de bien des deshonnestes.

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