Le plus grand, le plus parfait des amants
et de Marthe. Il aurait eu toute la mièvrerie d'un Vaillant, la grâce d'un Alain Chartier, la tendresse, la douceur d'un Charles d'Orléans, et peut-être, de temps à autre, le tour d'esprit du gamin de Paris, gouailleur et lyrique, la mâle gravité qui était sa manière à lui :
Ung temps viendra qui fera dessechier, Jaunir, flestrir vostrc espanyc fleur...
Il y a parfois dans la vie un instant rapide dont les conséquences se feront sentir sur tout le reste de notre existence ; une minute mystérieuse la domine, un accident en modifie toute la suite. Il est un destin qui nous ferme une route et en indique irrévocablement une autre : ainsi l'éprouva Villon quand il rencontra un prêtre amoureux et colérique.
C'était le soir de la Fête-Dieu, le 5 juin de Tan 1455. Aux vêpres, suivant la coutume, on avait porté en procession, à travers le quartier Saint-Benoît, le corps de Notre-Seigneur sous le dais, couronné d'un chapeau de roses vermeilles et enrubanné d'or. Une bonne fête pour tout le populaire de contempler ce triomphe, les ecclésiastiques, les marguilliers, les porteurs, couronnés eux aussi de chapeaux de fleurs, de marjolaines, de violettes blanches et coiffés de bourrelets dorés, les maisons tendues de draps ! Le plus indifférent eût été gagné par cette fièvre légère qui accompagne toutes les réjouissances publiques '.
Ce soir-là il faisait bon prendre du repos : et l'on devisait, suivant la coutume des Parisiens, sur le banc, devant sa maison.
11 y avait encore dans l'air le parfum de l'encens et des roses. Le soir fraîchissait. M^ François, qui avait dû suivre la procession, était assis sur un banc de pierre situé sous l'horloge de Saint-Benoît, dans la grand'rue Saint-Jacques : par crainte
I. L'abbé Villain, Essai d" une histoire de la paroisse de Saint-Jacques de la Boucherie, 1758, p. 140 et s. ; Dom Martène, De antiquis ecclesix ritihus, op. cit.