‹ François Villon (volume 2)Chapitre 12 sur 402 · Scène de meurtre · texte numérisé non relu

Scène de meurtre

(Bibl. nat., fr. 127 fol. 33", Boccace)

du serein, il portait un petit manteau. Il y avait auprès de lui un prêtre, nommé Gilles, et une femme du nom d'Isabeau '. On causait en paix : il pouvait être neuf heures du soir environ.

Or tout à coup débouchent Philippe Sermoise, un autre prêtre, et maître Jean le Mardi. Dès qu'il a aperçu Villon, Philippe s'écrie :

— Je renie Dieu ! Maître François, je vous ai trouvé : croyez que je vous courroucerai !

— Vous tiens-je tort? Que me voulez-vous? Je ne crois en rien vous avoir méfait. Beau frère, de quoi vous courroucezvous ?

Et François Villon de se lever pour céder la place au prêtre irrité. Philippe le repousse, déclinant cette politesse ; François se rassied. Mais Philippe, furieux, tire alors la dague qu'il portait sous sa robe et frappe Villon en plein visage, fendant et ensanglantant sa lèvre, douloureusement.

Cette rencontre s'annonçait décidément mal : prudemment Gilles et Isabeau leur faussent compagnie. Restés seuls, François et le prêtre descendent jusqu'à la porte du cloître. François bat en retraite, tenant une pierre dans sa main droite, et dans l'autre la dague qu'il a tirée de dessous son petit manteau : sa blessure est cruelle. M^ Jean le Mardi fait mine d'intervenir et tente de désarmer François de son arme : pour éviter la fureur du prêtre qui le poursuit toujours, l'injure et la menace à la bouche, Villon la lui plante profondément dans l'aine. Sermoise roule à terre, et François lui lance en outre au visage la pierre qu'il tenait à la main \

Sur quoi Villon laissa là son prêtre et se rendit chez un barbier, nommé Fouquet, pour se faire panser. Suivant les ordon-

1. Cf. le dit du Mireur des Moines dans Moiitaiglon, Ane. poésies françaises, XII, p. 286 :

Pour éviter 3. tclz diffames — Soiés en maintien plus rassis — Sans vous trouver avec ces femmes — Dessus un banc public assis.

Page 1