‹ François Villon (volume 2)Chapitre 111 sur 402 · Voir la notice à l'appendice · texte numérisé non relu

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targes bretonnes (des pièces de monnaie et aussi des pièces du tournoi d'amour... '), et pour un grand ange (monnaie d'or), deux de ces petits fromages qu'on vend dans les rues de Paris, les angelots \ Voilà qui fera bientôt la fortune du riche fils de Marie :

Amans si doivent cstrc larges !

La pensée du riche Marie amène Villon à parler de trois autres richards, qu'il se garde de nommer autrement que ses trois pauvres orphelins : Jean Marcel, Gossouyn et Colin Laurens \ Il a su de leurs nouvelles en arrivant à Paris, sans doute : car François constate d'abord que ces pauvres enfants, qui sont déjà des hommes âgés, ont encore quelques années de plus sur les épaules. Oh ! ils apprennent bien, ils n'ont pas la tète dure"^ : de Paris jusqu'à Salins^ (c'est là un joli trait s'adressant à de vieux usuriers qui spéculent sur le sel), personne ne connaît mieux qu'eux leur tour d'école. Par l'ordre des Mathurins (ces fols Mathelineux, comme on disait''), ils sont bien sages! Qu'ils aillent étudier chez Pierre Richer le pédagogue '. Le douai, toutefois, est trop difficile pour ces vieux avares, (et Villon équivoque ici sur le titre de la grammaire latine que l'on mettait alors entre les mains des jeunes enfants, dont l'auteur était ^Elius Donatus, le Douai ou Donet, et le verbe donner)^ : ils préfèrent épeler ^w sains tibi decus (je vous salue,

1. Targes, esciis sont che^ les fourhisseurs (Bibl. Nat., fr. 2375), les équivoques fottrhisseurs de harnois (Parnasse satyrique, p. 156). Cf. Le tournoi amoureux du ms. fr. LUI de Stockholm.

2. Parnasse satyrique, p. 156. — 3. T., h. 1 18-120. Cf. les notices à l'appendice.

4. « Testes de belins », têtes de moutons ironiquement. Les diables s'appellent souvent ainsi (Eloi d'Amerval, 1- I, ch. 23).

5. On tirait des eaux de Salins, qu'on faisait évaporer dans des chaudières de fer, de grandes quantités de sel. Cf. Le Dialogue de Micliault Taillevent sur son vovage à Saint-Claude (Bibl. de Stockholm, ms, fr. LUI, fol. 159) :

De Salins, de Salins, quel pars As tu point veu la saunerie ?

6. Cf. ch. VIII, § I. — 7. Voira l'appendice la notice sur ce personnage.

8. On disait proverbialement : Douât est mort, et restaurât dort (Cf. Le Roux de Lincv, Proverbes français, II, p. 33).

bons saluts d'or ; à toi la gloire, les écus) '. Ils s'arrêteront à ces rudiments ; Villon ne veut pas qu'ils aillent plus avant : ce serait trop dur pour eux de savoir le grant Credo ^ (ces vieux usuriers ne donnaient rien en effet à long crédit). Mais puisque la jeunesse est gourmande, comme un autre saint Martin, le pauvre poète, qui a eu à souffrir de ces richards, coupera en deux son long manteau et il en vendra la moitié : ce sera pour leur acheter des flans, c'est-à-dire des tartes à la crème (Villon équivoque sur le mot « flaon », qui désignait aussi le disque de métal servant à frapper la monnaie) \ Et François demandait encore, comme les parents le faisaientinsérer dans les contrats qu'ils passaient avec les pédagogues, que ces pauvres enfants fussent bien formés aux bonnes mœurs ^, au besoin par les coups ; qu'ils missent des « chaperons enformés ♦ », c'est-à-dire encapuchonnés, tels que les portaient les plus pauvres gens, les jours de froid et de pluie ; ils tiendront sagement leurs pouces sur la ceinture, comme on représentait les avares désirant empêcher leur argent de s'envoler ^ ; ils se

1. Et les sahili aux piedz des nobles princes (Parnasse satyrique, p. 156).

2. « Ou se je l'ay eu a credo » (Moralité de Tout le Monde dans Le Roux de Lincy, Recueil de Farces, III, p. 11). Cf. Collerye, p. 258 :

Prendre .1 credo les marchaiis font un groing — Mesgre et plus sec qu'ung vici boyteau de foing — S'argent content on ne leur donne ou baille.

On rencontre déjà cette vieille plaisanterie dans Rutebeuf, éd. Jubinal, p. 4.

3. C'était une pièce de métal propre à monnayer, coupée de la grandeur du diamètre, et à peu près de l'épaisseur des pièces à fabriquer. (Arch. Nat., JJ. 110, p. 215, ad. a. 1376 :, Ord., IX, 88, ad. a. 1405 ; X, 406, ad. a. 1487 ; Arch. Nat., Z'* 30, 14 mai 1480). Aujourd'hui à la Monnaie on découpe à l'emporte-pièce les flans d'argent ou disques destinés à être convertis en francs.

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