T., h. 145, V. 1667-1691. Cf. ch. XI, XII
l66 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS
engage trois mailles) que de risquer de mettre son corps dans les flammes, et peut-être son âme '. Le repentir alors ne sert à rien ; il n'empêche pas de mourir ignominieusement. Celui qui gagne, qui a toutes les joies de la terre, ne possède pas pour cela la reine de Carthage, la beauté elle-même \ En somme on perd toujours à ce jeu. Il faut être fou et infâme pour risquer sa damnation contre des joies si illusoires. Mais on dit que tout le chargement du charretier qui transporte des tonneaux de vin doit se boire, l'hiver au coin du feu, Tété dans la campagne, au bois : c'est vrai. Si vous avez de l'argent, il n'est pas fixé pour toujours; vous le dépenserez : or, s'il est mal acquis, où va-t-il ^ ?
Tout aux tavernes et aux filles.
Compagnons de plaisir, méditez bien cela ; évitez aussi d'être exposés à ce mauvais air qui rend les pendus tout noirs !
Sur quoi François revient à ses legs aux hôpitaux '^. Aux Quinze-Vingts aveugles, il laissera ses lunettes ^ Comme ils ont le privilège de se tenir au cimetière des Innocents, pour y faire la quête, les jours de fête, ces non-voyants auront loisir d'en user afin de reconnaître, parmi les défunts, les bons des mauvais ! Que de têtes dans ces charniers, combien de morts tombent en poussière ! Que Dieu les absolve tous : tel est le legs que Villon fait aux pauvres trépassés. Or François le fera connaître à toutes les juridictions du royaume (cours, sièges, palais), à tous ces juges qu'il assure, ironiquement, abhorrer l'avarice et
!. On a vu là un trait d'esprit fort ! Villon n'est cependant que l'écho de la doctrine de tous les théologiens, depuis saint Thomas jusqu'aux pères du Concile de Trente {Somme, III, question 59, art. 5). A l'heure de la mort, Dieu juge seulement l'âme. Au jour du jugement final, le corps sera jugé aussi (Cf. E. Mâle, L'art de la Un du moyen âge, p. 477).