Cf. le ch. XIV (suite
LE TESTAxMENT 165
reux. Les riches ont coutume de leur envoyer ce qui reste sur leur table, les reliefs, les « os », les carcasses des volailles '. Au fait, les frères Mendiants ont eu « mon oye », pense François qui leur a légué de grasses « souppes jacobines » et aussi de <c grasses gelines » : les hôpitaux en auront les « os », la carcasse. Et il conclut : « à menue gent, menue monnoye », équivoquant sur ce don d'une oie et la « monnoie » dont les riches Mendiants ne manquaient pas, en effet ^
Mais François a oublié de laisser quelque chose à Colin Galerne, son barbier, qui demeurait non loin de l'Hôtel-Dieu, rue de l'Herberie : jouant encore sur son nom de « galerne », qui désignait le vent froid de la glace, Villon lui laisse un gros glaçon qu'il devra conserver comme emplâtre sur l'estomac, tout un hiver : l'été suivant Galerne n'aura plus à souffrir de la chaleur. En effet il sera mort, entre temps, d'une fluxion de poitrine \ Après cette incidence, François revient à ses legs aux pieuses communautés.
Parmi elles, les « Enfants Trouvés » n'auront rien ; Villon ne s'intéresse qu'aux enfants perdus, comme lui^. On les retrouvera facilement d'ailleurs dans Tune de ces écoles d'amour que tient la fille Marion l'Idole. Qu'on leur lise tout de même cette leçon : et Villon leur adresse des conseils, où il évoque la triste fin de Colin de Cayeux.
L'enfer se présente certainement à son esprit, car François se dit sagement : ce n'est pas un petit enjeu (un jeu où l'on
1. Aux Mendiens qui ne prennent monnoye — Mais pain et vin, aussi leur en donnoye... — Qu'on leur baille la grandie de mon oye.
{Testament fin Riiby, dans Montaiglon, Ane. poésies françaises, XIII, p. 8).
2. T., h. 143. — G. Paris (Roniania, XXX, p. 392) a adopté le point de vue de Marcel Schwob qui trouvait dans ce legs un souvenir du trait bien connu de Pathelin (antérieur dans ce cas à 1461) : Et si niangere^ de mon oye (y. 300). J'avoue ne pas partager cette opinion. Faire wii «o-^r defoeest ailleurs employé par l'auteur de Prt//;^/»;, corame une façon proverbiale de dire : berner quelqu'un (Ed. Schneegans, v. 1577. Cf. Les oisons mainent les oes paistre,\'. 1587). Et il y a par contre dans le Pathelin des souvenirs du Testament (v. 367, 747). L'admirable farce paraît bien dater de la seconde partie du règne de Louis XI et n'a rien à voir avec Villon.
3. T., h. 144. — Cf. ch. VIII (suite) et la notice i l'appendice.