Cf. Romania, t. XVI, p. 423-424 n
6. La suite féerique d'Ogier le Danois a été publiée par Antoine Vérard en 1498 (Bibl. Nat., Vélins 1125). C'est une grande folie, en vérité. On y voit, entre autres, Ogier soutenir la querelle de la belle Gloriande, fille de l'amiral ; car, dira-t-il, « pour les dames, je ne fuz onques las d'abandonner mon corps pour leur faire honnorable service ». Or, Ogier n'avait pas son pareil en vaillance. Il passe la nuit près d'elle,
l68 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS
Aux pauvres amants infirmes, comme ceux de VHôpital d' amour \ Villon laisse le lai de M^" Alain Chartier, qui peut être le Lai de Plaisance, mieux encore le Livre de la belle dame sans mercy que quelques manuscrits intitulent lai \ Au chevet de leur lit, ces tristes amants auront un bénitier rempli de pleurs et de larmes ; un petit brin d'églantier leur servira de goupillon : cela, à charge de dire un psautier pour l'âme du poète.
Toujours dans le même ordre de plaisanteries amoureuses, M*^ Jacques James ', le fils du maître des œuvres de la ville de Paris, qui vient d'hériter de son père de nombreuses maisons, entre autres de celle de la rue aux Truies et d'une maison à étuves qui n'est peut-être pas bien famée, recevra la permission de se fiancer avec autant de femmes qu'il voudra, mais de n'en épouser aucune : or il y a là-dessus un proverbe : « tel fiance qui n'épouse point ». Sans doute Jacques James ne cherche guère à se marier. Pour qui amasse-t-il donc ? Pour les siens. Mais il ne regrette que ce qu'il mange. Et Villon de conclure, en équivoquant vraisemblablement sur la maison qu'il possédait : ce qui a été aux truies doit revenir aux pourceaux ; ce qui vous est venu par la débauche doit y retourner.
François pense au « Sénéchal » qui paya un jour ses dettes et qui maintenant s'ennuie bien "". Pour le distraire, Villon lui adresse ses sornettes ^ c'est-à-dire ses dernières compositions. Si elles ne lui plaisent pas, il pourra en allumer son feu, en faire des allumettes. Or ce sénéchal, que Villon crée maré-
« la resconfortoit tousjours de toute sa puissance. Si passa cette nuyt le plus joyeusement que ilz peurent jusques au matin ». A la fin du roman, la fée Morgue lui dit: « Et vous ai laissé longuement faire voz vaillances en guerre et faire voz soûlas avec les dames... » — Ct. Eloi d'Amerval, La Grant Deahîeiie, ch. 49 :
Car ilz {les dames) ont la belle frontière — De velours noir nouveau prise — Q.ue je loue beaucoup et prise — Cela fait tant bien la fafée, — que Madame semble une fée.